MobLand (Saison 2, épisodes 5 et 6) : les Harrigan face à leurs propres démons
La saison 2 de MobLand accélère le rythme avec des épisodes 5 et 6 qui changent la donne pour le clan. La guerre lancée par Frankie Cooper force les Harrigan à regarder la vérité en face. Habitués à régler chaque problème à coup de menaces ou de violence, ils comprennent qu'ils ne peuvent plus se déchirer en interne si le clan veut survivre. Cette nécessité de s'unir ne fait pas pour autant oublier les vieilles rancœurs. Entre les coups bas de Maeve, les choix de Harry et le tournant pris par Jan, la série trouve un bon rythme. Elle mélange habilement humour noir, tension criminelle et gros drames familiaux, même si tout n'est pas encore parfait.
Dans l'épisode 5, titré « Birdland », Harry essaie de regrouper tout le monde pour bâtir une stratégie face à Frankie. La situation a quelque chose d'absurde : les Harrigan passent leur temps à se poignarder dans le dos, mais doivent maintenant faire front commun pour éviter de couler. C'est l'un des points forts de la saison. Les disputes internes ont permis à chaque personnage de grandir et de s'émanciper de l'autorité pesante de Conrad et Maeve. Un retour à une famille unie et sage effacerait ce qui rend l'intrigue prenante. Une alliance temporaire fonctionne beaucoup mieux, surtout si les cicatrices continuent de peser sur chaque décision. De son côté, Frankie ne simplifie rien.
Après avoir tâté le terrain pour négocier avec certains membres du clan, il montre qu'il ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Ses attaques rappellent que la discussion n'est pour lui qu'une arme de plus pour affaiblir ses rivaux. Johnny Flynn garde ce côté déstabilisant, capable de passer du sourire au pire des menaces en une fraction de seconde. Il faut tout de même que ce personnage garde une ligne directrice claire pour ne pas tomber dans la caricature du méchant imprévisible juste pour le suspense. Les fissures dans la famille ouvrent la voie à de superbes retours de bâton. Paul, par exemple, a toutes les raisons de prendre ses distances avec un clan qui balaye d'un revers de main la mort de son neveu Fergus.
La froideur de Maeve sur ce dossier prouve encore une fois qu'elle se moque complètement des émotions d'autrui. Pour Paul, la loyauté a une limite et elle ne peut pas servir de passe-droit pour accepter des humiliations en série. Kevin et Seraphina jouent aussi leur carte, tandis que Harry fatigue de devoir constamment éteindre les incendies provoqués par Conrad et Maeve. Le vrai suspense n'est pas de savoir s'ils vont s'unir, mais combien de temps cette trêve va tenir avant la prochaine trahison. L'épisode 5 sème le doute autour de Maeve. Entre l'histoire de l'antigel, les menaces qui pèsent sur Seraphina et la mission louche confiée à Eddie en Irlande, le brouillard s'épaissit.
Elle a toujours trois coups d'avance, mais ses motivations restent parfois trop floues pour être suivies facilement. Quand le mystère nourrit l'intrigue, ça marche. Quand la série garde trop de secrets sans donner assez d'indices, cela devient vite frustrant pour le spectateur. Le sixième épisode, « A Different Corner », délocalise une partie de l'action à Majorque. Après l'assaut de Frankie, les Harrigan se planquent dans la villa de Priyanka, la mère de Seraphina. Ce bol d'air fait du bien. Loin de Londres, les personnages respirent et leurs conflits peuvent enfin se régler par la parole plutôt que par les armes.
Pour autant, la paix n'est pas au rendez-vous. Seraphina essaie de gagner du poids dans la famille en proposant un rapprochement avec son beau-père Charlton, dont le carnet d'adresses et l'argent pourraient propulser le clan dans une autre dimension. C'est une ambition plus sérieuse qu'une simple vengeance mesquine contre Maeve. Conrad, par contre, bloque. Même s'il gère de plus en plus mal ses émotions, sa vision du pouvoir reste ancrée dans la criminalité pure. Le monde des affaires propres l'ennuie. Pierce Brosnan joue cette contradiction avec un cocktail de brutalité, d'arrogance et d'humour absurde qui colle parfaitement à l'ADN de la série.
Maeve, fidèle à elle-même, profite de chaque seconde pour rabaisser Seraphina. Son hostilité dépasse le simple cadre familial : elle ne supporte pas l'existence même de cette fille, preuve vivante des écarts de Conrad. Helen Mirren interprète ce rôle avec une théâtralité féroce, parfois jubilatoire, mais parfois aussi un peu lourde à la longue. Ses manigances méritent un peu plus de clarté pour qu'on comprenne vraiment où elle veut en venir. Quant au duo Eddie et Gina, leur intrigue monte en intensité. Harry réalise que Maeve les a balancés dans un guet-apens mortel et pose enfin un ultimatum : la sécurité de sa fille ne se négocie pas.
C'est un tournant pour Harry, dont la loyauté envers les Harrigan montre enfin de vraies limites. L'évolution de Jan est l'un des chocs de ces deux épisodes. Manipulée par Donnie, dont la fausse romance servait à piéger Harry, elle réalise que toute son intimité a été trahie. Sa rage ne vient pas seulement de l'infidélité, mais de la prise de conscience qu'elle est devenue une cible collatérale dans une guerre qu'elle n'a jamais choisie. Son passage à l'acte dans l'épisode 6 donne une vraie consistance dramatique à son personnage. Elle franchit une ligne de non-retour, poussée par la peur et la colère.
Joanne Froggatt incarne cette bascule avec une justesse poignante, montrant une femme qui perd le contrôle de sa propre vie. La relation entre Harry et sa fille Gina gagne aussi en épaisseur. Harry choisit de mettre les cartes sur table concernant ses activités pour lui faire réaliser les dangers de cette route. Derrière son masque de nettoyeur professionnel, on découvre enfin un père qui réalise les dégâts collatéraux de son milieu sur ses proches.
Note : 7/10. En bref, ces deux épisodes font avancer les pions sans forcer les résolutions. Le premier pose les bases d'une alliance bancale contre Frankie, le second montre que les ondes de choc de cette guerre dépassent largement le cercle des Harrigan. Quelques ombres persistent, comme l'opacité parfois excessive des plans de Maeve. Mais MobLand renoue avec ce qui fait son sel : des personnages ambivalents, un humour noir bien dosé et des choix lourds de conséquences.
Disponible sur Paramount+
Blog indépendant, sans sponsor. Un petit geste aide à le faire vivre.
/image%2F1199205%2F20261025%2Fob_9c274c_ccs-logo-fond-clair.png)
/image%2F1199205%2F20261026%2Fob_4e6910_vlcsnap-2026-10-26-11h07m23s565.png)