Critique Ciné : Aimons-nous vivants (2025)

Critique Ciné : Aimons-nous vivants (2025)

Aimons-nous vivants // De Jean-Pierre Améris. Avec Gérard Darmon, Valérie Lemercier et Patrick Timsit.

 

Jean-Pierre Améris revient après Marie-Line et son juge qui mettait en scène Louane et Michel Blanc dans une aventure où deux personnages que tout opposent vont finir par lier leur existence. Aimons-nous vivants reprend le même procédé. Ici, exit la transmission d’un vieux bougon à une jeune excentrique mais la rencontre entre une femme excentrique et un homme qui part mettre fin à ses jours en Suisse. Aimons-nous vivants est un film qui ne cherche pas à en mettre plein les yeux, mais plutôt à effleurer doucement quelque chose de plus intime. Une tentative modeste de parler d’amour, de solitude, de résilience... avec plus ou moins de réussite.

 

Dans le train pour Genève, Victoire, une passagère envahissante, croise Antoine Toussaint, son idole, une grande vedette de la chanson française. Entre lui, au bout du rouleau, et elle, débordante d’énergie, la rencontre sera explosive…

 

Le point de départ, c’est Antoine, incarné par Gérard Darmon. Chanteur à la voix fatiguée, silhouette élégante mais déclinante, il embarque dans un train vers la Suisse avec l’idée d’en finir proprement. Mais ses plans sont bouleversés par la rencontre de Victoire, une psy au passé flou, interprétée par Valérie Lemercier. Elle parle vite, fuit encore plus vite, et semble cacher autant de fêlures que lui. Leur duo, improbable sur le papier, se construit sur un jeu de contrastes : lui, figé dans son désespoir discret ; elle, portée par une énergie maladroite mais lumineuse.

 

Le film repose en grande partie sur cette relation. Pas question ici de grande passion, ni même de coup de foudre. Plutôt une reconnexion lente, entre deux êtres cabossés qui s’apprivoisent. Ce n’est pas tant ce qui se passe entre eux qui captive, mais la manière dont ça se passe : à coups de silences, de maladresses, de demi-mots. Parfois ça fonctionne, parfois ça laisse une sensation d’inachevé. L’un des reproches qui s’impose rapidement, c’est le manque de rythme. Le récit avance à petits pas, parfois au ralenti, au point de perdre l’attention. Les scènes s’enchaînent sans tension dramatique forte, comme si le film refusait tout excès.

 

Il y a une forme de pudeur qui, par moments, se transforme en effacement. Le ton reste constamment feutré, presque timide, ce qui donne à l’ensemble une ambiance flottante. Cela peut séduire autant que frustrer. Le scénario manque aussi de densité. Certaines situations semblent posées là sans grande cohérence, uniquement pour faire avancer les personnages vers une évolution attendue. Ce qui aurait pu être une chronique subtile sur la renaissance émotionnelle devient par instants une succession de scènes convenues, voire improbables. Et si l’humour fonctionne par moments, notamment grâce à quelques répliques bien senties, il reste rare et trop discret pour vraiment marquer.

 

Les personnages secondaires, bien que prometteurs sur le papier, sont à peine dessinés. Patrick Timsit joue le rôle du fidèle ami, avec quelques interventions qui rappellent son talent pour l’ironie douce, mais son personnage ne dépasse jamais le cadre du confident. Alice de Lencquesaing, en fille perdue dans ses propres doutes, aurait mérité plus de temps à l’écran. Quant à Aurélien Cavagna, en adolescent un peu paumé, son rôle manque d’espace pour vraiment exister. Ce déséquilibre donne l’impression que le film ne sait pas toujours où il veut aller. 

 

Il navigue entre la comédie romantique tardive, le drame discret et la fable existentielle, sans jamais choisir complètement. Cela crée une certaine confusion narrative, accentuée par un montage qui, sans être brouillon, laisse trop de flottements. Heureusement, Gérard Darmon et Valérie Lemercier parviennent à donner un peu de relief à l’ensemble. Lui, dans un registre mélancolique, touche par sa retenue. Elle, plus solaire et imprévisible, insuffle un peu de fantaisie bienvenue. Leur alchimie n’est pas spectaculaire, mais elle est sincère. C’est surtout dans les non-dits, les regards et les hésitations que quelque chose se passe entre eux.

 

Chacun apporte à son personnage une forme de vérité, même si l’écriture ne les aide pas toujours. Antoine, ce chanteur en fin de course, rappelle par moments un Aznavour fatigué. Victoire, quant à elle, oscille entre légèreté et désespoir sans trop de transition. Ce sont ces contrastes, parfois bancals, qui créent un certain charme à défaut d’une réelle émotion. Jean-Pierre Améris signe ici un film fidèle à son style, fait de douceur et de mélancolie. On reconnaît sa manière de filmer les failles humaines sans les surligner. Mais cette fois, la formule semble tourner à vide. 

 

Là où ses précédents films réussissaient à équilibrer humour et émotion (Les Émotifs anonymes, Une famille à louer…), Aimons-nous vivants reste dans une zone grise, ni vraiment drôle, ni réellement touchant. La mise en scène est propre, soignée, mais sans éclat. Le film manque de souffle, d’un moment où tout bascule, d’un élan qui emporterait les personnages – et les spectateurs – ailleurs. La sensation qui reste, c’est celle d’un film trop sage, trop contenu pour atteindre ce qu’il vise. Aimons-nous vivants laisse une impression douce-amère. L’intention est belle : raconter que même dans la dernière ligne droite, il est encore possible de ressentir, de se rapprocher, de rire, peut-être même d’aimer. 

 

Mais l’exécution peine à convaincre. Il y a du charme, un certain humour, une tendresse réelle, mais aussi un manque de folie, de prise de risque, qui empêche le film de vraiment décoller. C’est un long-métrage qui se regarde sans déplaisir, avec quelques sourires, parfois une petite émotion. Mais il manque l’étincelle qui aurait pu en faire autre chose qu’une parenthèse un peu floue. À trop vouloir rester dans la retenue, le film passe à côté de l’intensité qu’il aurait pu offrir. Aimons-nous vivants n’est pas un raté, mais plutôt un rendez-vous manqué. 

 

Le duo Lemercier-Darmon fonctionne, l’ambiance a son charme, et l’ensemble se regarde avec une certaine sympathie. Mais il manque une direction claire, une narration plus affirmée, et surtout une émotion plus vibrante. C’est un film qui aurait pu être plus audacieux, plus déroutant, plus vivant. Au lieu de cela, il reste à l’image de ses personnages : un peu fatigué, souvent hésitant, parfois touchant, mais jamais bouleversant. Pour un soir calme, en quête d’un récit tendre et un brin mélancolique, il peut faire l’affaire. Mais pour ceux qui espèrent être réellement secoués, il risque de laisser un goût d’inachevé.

 

Note : 5/10. En bref, un film qui ne manque pas de charme mais qui manque tout de même du souffle des précédents films du réalisateur. 

Sorti le 16 avril 2025 au cinéma

 

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