22 Avril 2025
The Last of Us // Saison 2. Episode 2. The Perfect Storm.
L’épisode 2 de la saison 2 de The Last of Us s’inscrit dans la continuité de cette série qui ne ménage ni ses personnages, ni ses spectateurs. Après une première salve d’émotions et de retrouvailles en demi-teinte entre Joel et Ellie, ce nouvel épisode vient briser l’équilibre à peine retrouvé. Ce qui s’annonçait comme une simple journée de patrouille se transforme peu à peu en chaos, avec une tension constante, une menace multiple, et une conclusion à la fois inévitable et déchirante. Sans jamais forcer le trait, l’épisode réussit à mêler plusieurs lignes narratives — vengeance, attaque d’infectés, climat hostile — pour proposer une expérience immersive et troublante.
Le résultat est un épisode dense, construit autour de choix narratifs forts qui résonnent longtemps après le générique de fin. Jackson, ce refuge en apparence tranquille, est au cœur de l’épisode. Dès les premières minutes, l’ambiance y est différente. On sent que quelque chose se prépare, que la tension monte. Tommy, figure de plus en plus affirmée dans la communauté, prend la parole pour alerter sur la menace croissante d’infectés rôdant autour des murs de la ville. Ce moment, inédit par rapport au jeu vidéo, permet de renforcer le rôle de leader qu’il incarne désormais, aux côtés de Maria.
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Ce choix scénaristique ajoute de la consistance à l’univers. Il ne s’agit plus seulement de suivre Joel et Ellie, mais aussi de s’intéresser à la dynamique d’une communauté, à ses responsabilités, à ses failles. On comprend que Jackson n’est pas invincible, et que la paix y est plus fragile qu’il n’y paraît. Ce qui frappe dans cet épisode, c’est le contraste entre le début — relativement calme — et la brutalité de ce qui suit. On retrouve Joel et Ellie dans une situation ambiguë : leur relation est tendue, mais quelque chose a changé. Ellie semble prête à renouer, du moins à essayer.
Ce moment, silencieux, plein de sous-entendus, est à l’image de leur relation : complexe, pleine de non-dits. On voit également Ellie tenter de s’extirper de cette colère qui l’habite. Elle veut repartir en patrouille avec Joel, comme pour effacer la distance entre eux. Mais le destin en décide autrement. Joel est déjà parti avec Dina. Une décision qui, à posteriori, semble presque funeste tant elle va tout précipiter. Ce qui rend cet épisode particulièrement percutant, c’est la manière dont il orchestre une triple menace : la vengeance d’Abby, l’attaque d’infectés, et la tempête de neige. Chacun de ces éléments aurait pu suffire à créer une tension dramatique. Ensemble, ils forment un cocktail explosif.
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La neige n’est pas seulement un décor : elle devient un obstacle, une force de la nature qui désorganise les patrouilles, empêche la communication, brouille la visibilité. On sent que plus rien n’est maîtrisé, que l’ordre établi vacille. Pendant ce temps, Abby, que l’on découvre plus déterminée que jamais, avance dans l’ombre, animée par une rage froide. L’ironie tragique du sort fait que c’est justement en sauvant la vie d’Abby que Joel se condamne. Elle se retrouve en mauvaise posture face à des infectés, et c’est Joel qui intervient pour la tirer d’affaire. Cet instant suspendu, où l’ennemi devient sauveur, introduit une ambiguïté glaçante.
Le spectateur, surtout s’il connaît le jeu, sait ce qui va suivre — mais ne peut s’empêcher d’espérer un autre dénouement. La scène clé de l’épisode — le face-à-face entre Abby et Joel — est d’une intensité rare. Ce n’est pas tant la violence physique qui frappe, mais ce qu’elle dit de chacun des personnages. Abby n’est pas dépeinte comme une simple antagoniste. Elle est mue par une douleur profonde, une soif de justice — ou de vengeance — qu’elle ne maîtrise plus. Sa colère est presque méthodique. Elle veut que Joel ressente pleinement ce qu’elle a perdu. Ce moment renvoie inévitablement aux choix de Joel dans la première saison.
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C’est une mise en miroir brutale. Là où Joel a agi par amour, en refusant de perdre Ellie, Abby agit par douleur, incapable de vivre sans réparation. Dans les deux cas, ce sont des actes extrêmes, difficiles à justifier moralement, mais compréhensibles humainement. La scène ne cherche pas à faire pleurer. Elle se contente de montrer, crûment, les conséquences d’un monde où la loi du talion prévaut. On voit même une forme de malaise chez les compagnons d’Abby, comme s’ils assistaient à un dérapage qu’ils ne peuvent plus arrêter. L’arrivée d’Ellie, trop tardive pour empêcher le pire, est un autre moment fort. Elle découvre Joel à terre, agonisant, et ses cris résonnent comme une déchirure.
C’est elle désormais qui va porter cette douleur, cette rage. On comprend, sans qu’il soit besoin de le dire, que ce moment va façonner la suite de son histoire. La jeune fille qu’on connaissait continue de disparaître, laissant place à une Ellie plus sombre, prête à tout. Ce glissement vers la vengeance, on le sent venir, mais il prend une dimension presque tragique dans cet épisode. On sait que le cycle de violence ne va pas s’arrêter là. En tuant Joel, Abby croit clore un chapitre, mais elle en ouvre un autre, bien plus douloureux. Ce qui fonctionne particulièrement bien ici, c’est la façon dont la réalisation épouse le rythme de l’épisode. La neige, omniprésente, donne une impression d’étouffement.
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L’attaque des infectés est filmée de manière chaotique, brute, sans glamour. À l’inverse, les scènes dans le chalet sont froides, tendues, comme figées dans le temps. On ressent le poids de chaque décision, de chaque geste. Le montage alterne habilement les fronts : d’un côté, Jackson en feu, où Tommy et Maria se battent pour la survie du groupe ; de l’autre, un huis clos implacable entre Joel, Dina, et leurs agresseurs. Cette dualité renforce l’effet de sidération. On est happé, incapable de détourner le regard. Ce deuxième épisode marque un tournant majeur dans la saison.
Il clôture une forme d’innocence pour Ellie et ouvre une nouvelle ère : celle de la perte, de la revanche, et sans doute d’une solitude plus grande encore. Il est rare de voir une série oser autant, aussi tôt dans une saison. Mais The Last of Us n’a jamais suivi les règles établies. C’est un épisode qui ne cherche pas à plaire, mais à marquer. Et il y parvient sans grands discours, sans effets dramatiques exagérés. Tout est dans la retenue, dans le regard des personnages, dans leurs silences. L’épisode 2 de cette saison confirme ce que l’on pressentait déjà : The Last of Us ne fera aucun compromis. Le récit avance, douloureusement, mais avec cohérence.
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Ce qui frappe, ce n’est pas tant la violence des actes que la manière dont la série prend le temps d’en montrer les conséquences. Pas de héros, pas de méchants. Juste des êtres humains tentant de survivre dans un monde brisé. Cet épisode, c’est le début d’une spirale. Et l’on sait déjà que la suite ne nous épargnera pas.
Note : 9/10. En bref, la tempête gronde à Jackson et rien ne sera jamais plus pareil. Un épisode riche qui démontre avec brio tout ce que cette série est capable de faire (bien).
Disponible sur max
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