26 Mai 2025
The Last of Us // Saison 2. Episode 7. Convergence.
SEASON FINALE
La fin de la saison 2 de The Last of Us laisse quelque chose qui tâche alors que la quête de vengeance dévore l’humanité de ses personnages. Ce n’est pas une impression de simple conclusion, mais plutôt d’un lent effondrement, d’une perte de repères qui s’accumule, épisode après épisode, jusqu’à ce que tout éclate. Cet épisode 7, intitulé « Convergence », marque un tournant brutal dans la série, non seulement par ce qu’il raconte, mais surtout par la manière dont il nous confronte à ce qu’Ellie est devenue. Un chemin qui semblait inévitable depuis le début de la saison, mais qui laisse malgré tout un arrière-goût de défaite. Ellie, celle que l’on a connue dans la première saison, la jeune fille pleine d’espoir, curieuse et bienveillante, semble aujourd’hui un souvenir lointain.
On la retrouve ici brisée, usée, et surtout, changée. Après avoir torturé Nora, un acte qu’elle-même ne se serait jamais crue capable de commettre, Ellie réalise qu’elle a franchi une ligne qu’elle ne pourra plus effacer. Ce n’est plus simplement une question de survie, c’est une obsession qui la consume. Sa quête de vengeance, amorcée avec la mort de Joel, est devenue une spirale incontrôlable où chaque choix semble creuser davantage sa propre tombe. L’épisode, pourtant structuré en allers-retours entre présent et passé, ne laisse aucun doute : Ellie est prête à tout, quitte à devenir ce qu’elle déteste. Comme Joel avant elle, elle justifie ses actions par l’amour, par la perte, mais à quel prix ?
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Au fil des épisodes, on a vu ce glissement : chaque décision qu’elle prend la rapproche un peu plus de Joel, non pas l’homme qu’elle admirait, mais celui qui a menti, qui a tué, et qui a fini par payer de sa vie ses propres erreurs. Dans cet épisode final, tout semble se cristalliser autour d’un point : l’échec des personnages à se libérer de leurs chaînes. Jesse veut sauver Tommy, Dina veut protéger sa famille, mais Ellie, elle, reste aveuglée par son désir de vengeance. Quand elle apprend que « whale » et « wheel » sont des indices qui la mènent à l’aquarium – le repaire d’Abby –, elle laisse tout tomber, quitte à abandonner ceux qui comptent sur elle. Son entêtement n’est pas sans conséquence : dans une scène aussi brutale qu’inévitable, elle tue Owen et Mel.
Le choc est d’autant plus fort qu’elle découvre, trop tard, que Mel était enceinte. Le regard d’Ellie à ce moment-là est glaçant : ce n’est pas seulement l’horreur de l’acte, c’est la réalisation qu’elle est devenue ce qu’elle combattait. Le parallèle avec Joel est frappant : comme lui, Ellie agit en croyant protéger ceux qu’elle aime, mais elle ne voit pas le mal qu’elle sème autour d’elle. Et le pire, c’est qu’elle le sait. Quand elle raconte à Dina ce qu’elle a fait à Nora, sa voix tremble. « Peut-être qu’elle l’a mérité », dit-elle. « Peut-être pas », répond Ellie, incapable de trouver une réponse qui apaise sa culpabilité. L’un des aspects les plus réussis de cet épisode est sa capacité à tisser les fils des différentes intrigues pour en révéler la complexité. Jesse, par exemple, est bien plus qu’un simple allié.
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On découvre ses failles, ses dilemmes : il aime Dina, mais d’un amour passé, résigné. Il veut sauver Tommy, mais sait que sa place est à Jackson. Sa discussion avec Ellie est touchante, presque prémonitoire : « Tout ce que tu fais, tu le fais pour toi », lui dit-il. Et il a raison. Ce n’est pas une accusation, c’est un constat amer qui montre à quel point Ellie est enfermée dans sa propre douleur. Dina, de son côté, incarne la voix de la raison, celle qui tente de ramener Ellie sur un chemin plus sain. Mais ses blessures, physiques et émotionnelles, sont le reflet de ce qu’Ellie lui fait endurer. Tout le monde autour d’Ellie paie le prix de ses choix, et pourtant, personne ne semble capable de l’arrêter. Même Tommy, lorsqu’il réapparaît brièvement, est impuissant face à cette spirale.
L’explosion finale, avec la mort brutale de Jesse, en est l’ultime démonstration : dans ce monde, personne n’est à l’abri, surtout pas ceux qui essaient encore d’aimer. Le choix des scénaristes de terminer la saison en introduisant la perspective d’Abby peut surprendre. Jusqu’ici, Abby est restée une figure lointaine, à la fois monstre et victime. Son apparition soudaine à la fin de l’épisode, son pistolet pointé sur Ellie, et ces mots glaçants – « Je t’ai laissée en vie, et tu as gâché cette chance » – sont d’une force brutale. La boucle est bouclée : Ellie voulait la tuer, mais c’est Abby qui tient sa vie entre ses mains. Ce retournement de perspective, cette remise en cause des motivations des personnages, ouvre la porte à une saison 3 qui promet de chambouler encore plus nos repères.
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C’est un choix audacieux, mais qui fait sens. La série ne cherche pas à nous conforter dans une vision manichéenne des choses. Ellie n’est plus l’héroïne sans tâche ; Abby n’est plus uniquement l’antagoniste. Chacune porte sa douleur, chacune agit selon ce qu’elle croit être juste, et chacune, à sa manière, est à la fois victime et bourreau. En ce sens, The Last of Us continue de creuser ce sillon : celui d’une humanité grise, où personne n’est totalement innocent. En refermant ce chapitre, difficile de ne pas ressentir un mélange de fatigue et de désespoir. Cette saison 2 a été une descente aux enfers, un lent effritement des certitudes, des liens, des espoirs.
Si la première saison racontait une histoire d’amour, presque au sens classique du terme – celle entre un père de substitution et sa fille de cœur –, la deuxième saison parle de l’échec de cet amour. Ellie ne peut pas pardonner, et c’est ce qui la détruit. Cet épisode 7, en particulier, condense tout ce qui fait la force et la douleur de The Last of Us. La violence n’est jamais gratuite ; elle est le fruit d’un enchaînement de décisions, d’émotions non maîtrisées, de blessures jamais refermées. Ellie tue Owen et Mel non pas parce qu’elle est cruelle, mais parce qu’elle est perdue. Abby tue Jesse parce qu’elle est, elle aussi, en quête de justice. Chacun pense faire ce qu’il faut, et c’est précisément ce qui rend tout cela insupportable.
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En laissant l’histoire en suspens, The Last of Us nous prépare à une suite qui promet d’être tout aussi déstabilisante. Passer du point de vue d’Ellie à celui d’Abby, c’est forcer le spectateur à remettre en question ses propres jugements, ses propres attachements. C’est accepter que personne n’a le monopole de la douleur, et que la vengeance, loin d’apporter la paix, ne fait qu’alimenter un cycle sans fin. Pour ma part, je suis à la fois curieux et inquiet de voir ce que la série nous réserve. Si cette saison 2 a été difficile à regarder, c’est précisément parce qu’elle est honnête : elle ne nous épargne pas. Et c’est peut-être là sa plus grande réussite.
The Last of Us n’est pas une série sur des héros. C’est une série sur des gens cassés qui essaient de survivre dans un monde qui ne pardonne rien. Et au fond, c’est peut-être pour ça qu’on continue de la regarder : parce qu’elle nous rappelle que la lumière, parfois, se cache là où on ne l’attend pas, mais qu’elle est aussi souvent étouffée par les ténèbres qu’on porte en soi.
Note : 8/10. En bref, une fin de saison brutale qui promet une suite encore plus sombre.
Disponible sur max
HBO a renouvelé The Last of Us pour une saison 3.
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