19 Mai 2025
The Last of Us // Saison 2. Episode 6. The Price.
Avec l’épisode 6 de cette deuxième saison de The Last of Us, la série s’accorde un moment d’introspection rare, en nous ramenant à l’essentiel : Joel. Pas seulement le personnage, mais ce qu’il représentait, ce qu’il a transmis, et ce qu’il laisse derrière lui dans le cœur d’Ellie. C’est un retour en arrière qui, loin d’être gratuit, nous permet de mieux comprendre comment cinq années passées aux côtés d’un homme complexe ont façonné la jeune femme que nous suivons aujourd’hui. Dès les premières scènes, cet épisode fonctionne comme un album photo mental : chaque vignette est un souvenir, un instant figé dans la mémoire d’Ellie – souvent joyeux, parfois inconfortable, toujours chargé d’émotion.
En choisissant une structure en fragments temporels, The Last of Us nous fait sentir à quel point les souvenirs ne sont pas linéaires. Ils s’imposent, parfois en désordre, souvent au gré des blessures non refermées. Ces séquences dressent un portrait nuancé de Joel. Si on a tendance à se rappeler de lui comme un survivant pragmatique et souvent brutal, ce retour en arrière nous rappelle aussi qu’il a été un père, un bricoleur attentionné, un homme qui tentait maladroitement de construire un avenir dans un monde qui n’en promettait plus.
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On découvre par exemple un Joel qui se plie en quatre pour offrir à Ellie des anniversaires dignes de ce nom : un gâteau obtenu grâce à un troc savamment négocié, une guitare restaurée avec soin, et même un musée transformé en terrain de jeu interstellaire. À travers ces gestes, c’est moins la survie que l’humanité que Joel tentait de préserver. Mais c’est aussi là que l’ambiguïté de sa relation avec Ellie prend racine. Au fil des épisodes, et plus particulièrement dans celui-ci, une question revient : jusqu’à quel point peut-on protéger quelqu’un sans l’enfermer dans notre propre idée du bien ? Joel, depuis le début de la série, fonctionne selon un schéma clair : il protège ceux qu’il aime, coûte que coûte.
Mais cette protection est souvent teintée d’un besoin de contrôle. Il veut choisir, décider, anticiper. Et ce n’est pas toujours pour le mieux. Ce besoin de tout cadrer devient particulièrement visible à l’adolescence d’Ellie. Lorsqu’il la surprend en train de fumer, de rire, de s’émanciper, son premier réflexe est de rejeter cette version d’elle. Non pas par malveillance, mais parce qu’elle ne correspond pas à l’image figée de la "petite Ellie" qu’il souhaite conserver. Il est même prêt à lui dire qu’elle n’est "pas elle-même", comme si ses choix, son orientation, sa rébellion adolescente, menaçaient l’équilibre qu’il avait patiemment construit.
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Pourtant, Joel n’est pas figé. Il essaie. Il écoute. Il reconnaît ses torts, parfois à demi-mot, souvent maladroitement. Il accepte qu’Ellie emménage dans le garage, tente de comprendre la signification de ses tatouages et même de ses rêves de papillons de nuit. Ce n’est pas un homme parfait, loin de là. Mais il évolue, un peu, dans les limites de ce que son passé lui permet. L’un des moments les plus forts de l’épisode reste celui où Joel, confronté à un dilemme moral, choisit encore une fois d’agir seul. Lorsqu’il croise Eugene, mordu mais encore conscient, il décide de ne pas respecter son souhait de dire au revoir à sa compagne.
Il prétend l’accompagner vers ses derniers instants, puis l’exécute à l’abri des regards. C’est un acte que Joel justifie en invoquant "le bien", un choix difficile mais nécessaire. Mais en vérité, ce n’est pas la première fois que Joel décide à la place des autres. C’est ce qu’il a fait avec Ellie dans le final de la saison 1 : la priver de choix, la sauver selon ses propres termes, au prix de nombreuses vies. Ce geste, mû par l’amour, est aussi une négation de l’autonomie d’Ellie. Et dans cet épisode, on comprend que cette décision a laissé des traces profondes. Car au fil des années, les doutes ont germé chez Ellie. Des regards fuyants, des souvenirs flous, des incohérences. Tout cela converge vers une certitude douloureuse : Joel lui a menti.
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Et s’il a menti une fois, qu’est-ce qui lui interdirait de recommencer ? Lorsqu’il invente une version édulcorée de la mort d’Eugene, c’est une confirmation de plus. Ellie comprend, en silence, que ce lien, aussi fort soit-il, repose aussi sur des non-dits. Mais The Last of Us ne juge pas. La série n’assène pas de verdict moral. Elle nous montre des personnages confrontés à des choix impossibles, tiraillés entre instinct de survie et amour inconditionnel. Dans une scène tardive, Ellie confronte enfin Joel. Elle pose les questions qu’elle a gardées pour elle pendant cinq ans. Et Joel répond. Il lâche prise. Il cesse de jouer au héros, accepte d’être vu tel qu’il est : imparfait, abîmé, aimant.
La réponse d’Ellie est d’une justesse bouleversante. Elle ne lui offre pas un pardon facile. Elle dit simplement : « Je ne pense pas pouvoir te pardonner. Mais j’aimerais essayer. » Ce n’est pas une réconciliation hollywoodienne. C’est une étape. Une promesse fragile. Et c’est peut-être la plus belle des vérités humaines que cette série a su illustrer. Cet épisode, en apparence une parenthèse, éclaire pourtant toute la trajectoire d’Ellie. Elle n’est plus la gamine sarcastique du début. Elle est une jeune adulte marquée par la perte, la trahison, mais aussi par l’amour inconditionnel qu’elle a reçu.
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Elle hérite du poids des décisions de Joel, mais aussi de sa tendresse, de son courage, de sa capacité à aimer profondément. Aujourd’hui, dans sa quête de vengeance à Seattle, Ellie suit ses propres instincts. Mais en regardant en arrière, on comprend que ces instincts sont en partie hérités. Joel, en tant que père, a légué à Ellie un mélange complexe d’humanité et de rudesse. Ce qu’elle en fera reste à découvrir. Ce sixième épisode de la saison 2 est un pivot narratif. Il ne fait pas avancer l’intrigue au sens traditionnel, mais il recentre tout sur l’émotion. Il nous rappelle que The Last of Us n’a jamais été qu’un récit post-apocalyptique. C’est une histoire de relations, de transmission, de loyauté et de choix. Et dans ce sens, cet épisode est sans doute l’un des plus essentiels de la série.
Joel n’est plus là. Mais il continue de hanter chaque décision d’Ellie. Pas comme un fantôme menaçant, mais comme une voix intérieure avec laquelle elle négocie en permanence. C’est cette tension – entre héritage et affranchissement – qui rend The Last of Us si profondément humain. Et si Joel espérait qu’Ellie ferait "un peu mieux" que lui, on peut imaginer qu’elle s’efforce, à sa manière, de ne pas seulement répéter ses erreurs, mais de comprendre d’où elles venaient.
Note : 10/10. En bref, un épisode qui amorce un vrai pivot narratif et permet de faire des adieux en bonne et due forme à Joel. Magnifique.
Disponible sur max
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