Critiques Séries : Suits LA. Saison 1. Episode 12.

Critiques Séries : Suits LA. Saison 1. Episode 12.

Suits LA // Saison 1. Episode 12. Angry Sylvester.

 

Alors que la série Suits : L.A. approche de son dernier souffle, l’épisode 12 amorce un virage inattendu. Ce n’est pas un bouleversement spectaculaire, ni un coup de théâtre destiné à relancer artificiellement l’intrigue. Plutôt une transition douce vers une tonalité qui semble enfin convenir à l’univers mis en place depuis le début de la saison. Un changement tardif, certes, mais qui a le mérite d’ouvrir une brèche dans une formule jusque-là trop rigide. Contrairement à ce que la structure narrative laissait présager, l’épisode 12 ne cherche pas à élever les enjeux de façon dramatique. 

 

Il ne s’agit pas ici d’un crescendo vers une explosion finale, mais plutôt d’un recentrage sur les dynamiques humaines. Le ton est plus léger, presque complice par moments. Une ambiance plus détendue émerge, et cette respiration semble bénéfique à l’ensemble. Les tensions juridiques ou les conflits internes sont toujours présents, mais ils ne dictent plus l’intégralité du récit. Ce qui ressort, c’est une forme de relâchement narratif : les intrigues laissent place à une exploration plus naturelle des personnages, de leurs rapports, et des chemins qu’ils choisissent. Cela crée une proximité nouvelle, plus engageante que les mécaniques froides des épisodes précédents.

Le personnage de Ted Black, porté par Stephen Amell, avait jusque-là tout du rôle principal manqué. Malgré un temps d’écran généreux et un passé esquissé à plusieurs reprises, le personnage semblait incapable de générer de l’empathie. Trop fermé, souvent cassant, il apparaissait comme un bloc monolithique au cœur d’un monde en mouvement. Dans cet épisode, quelque chose change. Les gestes sont plus souples, les mots moins tranchants. Il ne s’agit pas d’un revirement spectaculaire, mais d’un ajustement bienvenu. Ted commence à montrer une part de vulnérabilité, une ouverture qui manquait cruellement. 

 

Ce n’est pas l’interprétation d’Amell qui était en cause jusque-là, mais plutôt l’écriture du personnage, souvent cantonné à des postures de défi ou d’autorité. Ce nouveau regard porté sur Ted permet de réévaluer sa place dans l’intrigue. Il ne devient pas soudainement attachant, mais ses réactions gagnent en épaisseur. Ses relations, notamment avec Stuart Lane, prennent une tournure plus nuancée. Cela donne une nouvelle dimension à leur rivalité professionnelle devenue, progressivement, un terrain de reconnaissance mutuelle. La dynamique entre Ted et Stuart s’illustre ici sous un jour inhabituel. Là où la tension dominait autrefois, une forme de respect émerge. 

Il ne s’agit pas d’une amitié affichée, mais d’un équilibre tacite. Les deux avocats ne cherchent plus à se neutraliser à chaque interaction. Une coopération silencieuse s’installe, nourrie par la reconnaissance de l’autre comme interlocuteur valable. Ce glissement modifie aussi la perception des deux cabinets adverses. Si les objectifs stratégiques restent opposés, les liens personnels, eux, deviennent plus poreux. Des alliances informelles naissent, des discussions dépassent le cadre purement professionnel. Cela enrichit la série, en apportant des scènes plus organiques, où les personnages peuvent exister en dehors de leurs fonctions.

 

Si certains personnages peinent encore à justifier leur présence, d’autres commencent à se détacher du lot. Erica Rollins et Rick Dodson, notamment, confirment leur intérêt. Leurs arcs évoluent de manière plus fluide, avec des dilemmes bien intégrés dans le quotidien du cabinet. Ils ne sont pas seulement là pour servir la trame principale ; ils existent pleinement, avec leurs préoccupations, leurs contradictions, leurs élans parfois maladroits. Leah Power, de son côté, affirme sa singularité. Sa capacité à jouer plusieurs registres – entre confrontation directe et soutien discret – la rend plus consistante. 

Le personnage de Roslyn, la secrétaire de Ted, prend également de l’ampleur dans cet épisode. Ses interventions, souvent situées à la lisière entre sérieux et légèreté, viennent ponctuer les scènes avec une justesse nouvelle. Au fil de la saison, Suits : L.A. a lentement glissé d’un registre dramatique vers un ton plus comique. Cet épisode incarne pleinement ce basculement. L’humour n’est pas omniprésent, mais il sert désormais de point d’ancrage pour les dialogues, les situations, et même certains retournements. Ce choix narratif allège considérablement le visionnage. La série semble assumer que son cadre, ses personnages et ses intrigues se prêtent mieux à une comédie douce qu’à un drame tendu. 

 

Les moments de tension ne disparaissent pas, mais ils sont compensés par des scènes plus légères, parfois même décalées. Cela permet aux protagonistes de respirer, et aux spectateurs de s’attacher davantage. Le personnage de David Bowie – client excentrique et instigateur de conflits – joue un rôle pivot dans cette nouvelle direction. Même s’il reste en retrait, sa simple présence déclenche des réactions en chaîne qui permettent de tester d’autres registres. Ce n’est plus la gravité de ses actes qui importe, mais la manière dont les autres y réagissent.

Les épisodes précédents avaient souvent recours à des flashbacks maladroits, qui freinaient le rythme sans toujours enrichir l’intrigue. Ici, leur usage se fait plus intelligent. Chaque retour en arrière a une fonction claire : éclairer une décision, donner du contexte à une émotion, relier deux arcs narratifs. Cela fluidifie l’ensemble, en installant une continuité qui faisait défaut jusqu’alors. Les souvenirs de Ted, notamment, ne servent plus à souligner sa rigidité, mais à dévoiler des failles. C’est un changement de perspective discret, mais révélateur de l’évolution de l’écriture. La série cesse de forcer des symboles, et préfère désormais laisser les images parler d’elles-mêmes.

 

L’impression générale qui se dégage de cet épisode, c’est celle d’une série qui commence enfin à se comprendre. Il ne s’agit pas d’un aboutissement, ni même d’un accomplissement, mais d’une étape de clarté. Les auteurs semblent avoir accepté que Suits : L.A. ne sera pas le miroir exact de la série originale. Et cela fonctionne mieux ainsi. Le format plus léger, la gestion des conflits internes et le développement tardif des protagonistes tracent une voie plus cohérente. Dommage que ce cap ait été pris si tardivement. L’annonce de l’arrêt de la série, déjà actée avant même la diffusion du dernier épisode, ajoute une teinte amère à cette nouvelle orientation.

Avec seulement un épisode à venir, le destin de Suits : L.A. est déjà scellé. Cette avant-dernière entrée agit donc comme une conclusion partielle. Les conflits majeurs sont atténués, les personnages trouvent une forme de stabilité. Reste à voir si la conclusion saura capitaliser sur cet équilibre fragile. Ce douzième épisode n’offre pas de réponses définitives, mais il ouvre une perspective : celle d’une série qui aurait pu s’épanouir dans un cadre plus souple, plus sincère. Les maladresses du début de saison n’effacent pas les progrès récents, mais elles les relativisent. Trop d’attentes mal comblées, trop d’axes abandonnés, trop de détours inutiles.

 

Mais malgré ses défauts, cet épisode apporte une satisfaction discrète. Pas celle du grand final, mais celle d’un moment juste, bien écrit, bien joué. Loin des effets de manche, près des émotions vraies. Sans révolutionner le format, ce nouvel épisode parvient à relancer l’intérêt grâce à des ajustements bienvenus. Le ton comique, les personnages mieux exploités, et une narration plus fluide redonnent un peu de souffle à une série en perte de vitesse. Le final aura sans doute peu d’impact sur la postérité du programme, mais il peut encore offrir une sortie digne. Il reste à espérer que cette dernière note saura capter ce que cet épisode 12 a enfin commencé à esquisser : une série qui n’avait pas besoin d’en faire trop, seulement de mieux se connaître.

 

Note : 5/10. En bref, le changement de ton est bienvenu et finalement c’est peut-être ce que la série aurait dû être depuis le début. 

Prochainement en France

NBC a annulé Suits LA après 1 saison. Il n’y aura pas de saison 2.

 

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