Des vrais mecs / Maschi veri (Saison 1, 8 épisodes) : une adaptation italienne sans relief

Des vrais mecs / Maschi veri (Saison 1, 8 épisodes) : une adaptation italienne sans relief

Quand une série s’annonce comme une adaptation, il y a toujours une part d’attente : que va apporter cette nouvelle version ? Quel regard local va-t-elle poser sur le matériau d’origine ? En visionnant les huit épisodes de Des vrais mecs, la version italienne du format espagnol Machos Alfa, ces interrogations restent malheureusement sans réponse convaincante. Dès les premières minutes, Des vrais mecs donne le ton. Quatre hommes, dans la quarantaine, confrontés à une réalité contemporaine qui heurte de plein fouet leurs repères traditionnels. Masculinité, sexualité, place dans la société : tout est mis à l’épreuve. 

 

Quatre amis dans la quarantaine sont confrontés à leurs propres préjugés et aux paradigmes de la masculinité toxique dans un monde qui se dirige vers l’égalité sociale et de genre. Sans se perdre, ils sont obligés de reconsidérer leur place dans la société d'aujourd'hui et dans leurs relations.

 

Sur le papier, le concept tient encore la route. Dans les faits, il s’essouffle rapidement tant la série semble suivre à la lettre un cahier des charges préétabli, sans jamais chercher à s’en détacher. L’écriture manque de respiration, de ces petits écarts qui feraient naître un ton plus personnel, une identité propre. Le rythme, calqué presque scène pour scène sur l’original espagnol, enlève toute forme de spontanéité. Il n’y a pas de tentative d'adapter en profondeur les enjeux aux spécificités culturelles italiennes. Tout se passe comme si les scénaristes s’étaient contentés d’un habillage de surface. Le véritable problème n’est pas tant le sujet. 

 

La remise en question des modèles masculins, l’exposition de leurs contradictions, l’humour qui naît de leur décalage avec le monde qui change : tout cela peut encore fonctionner. Ce qui pose souci ici, c’est l’impression que les personnages évoluent dans un univers générique, où les repères italiens peinent à exister. Les dialogues sont truffés de clichés sur la virilité « à l’italienne », mais ceux-ci ne résonnent pas avec la réalité du pays. On est loin des subtilités culturelles, des contradictions propres à la société italienne moderne. Tout sonne comme une tentative maladroite d’imiter un ton étranger avec une pincée de folklore. Résultat : au lieu d’incarner une voix locale, la série donne l’image d’une copie trop sage.

 

Certaines séquences parviennent malgré tout à arracher un sourire. Il y a notamment une scène burlesque autour d’un sextoy, qui crée un moment d’absurde bienvenu (mais qui a déjà été faite dans les 3 versions précédentes et qui finalement devient un gag répétitif sans grande saveur, bien que je ris à chaque fois). Ce genre d’éclat rappelle ce que la série pourrait être si elle osait sortir de ses rails. Malheureusement, ces instants sont rares et isolés. L’humour globalement repose sur des ressorts usés : blagues de potache, dialogues volontairement outranciers, situations prévisibles. Cela pourrait fonctionner si le ton général assumait un côté délibérément provocateur ou satirique. Or, tout est atténué, comme si la série voulait jouer sur deux tableaux : faire rire sans froisser.

 

À vouloir plaire à tout le monde, elle finit par ne toucher personne. L’un des angles intéressants du format original réside dans sa volonté de moquer les comportements masculins archaïques tout en les déconstruisant. Cette tension entre moquerie et remise en question produit un effet comique et réflexif. Dans Des vrais mecs, cette tension est désamorcée. Les scènes qui pourraient porter un regard critique tombent à plat, car elles ne sont pas suffisamment appuyées ou développées. Il y a aussi cette étrange tendance à excuser certains comportements féminins sous prétexte qu’ils seraient des réponses aux travers masculins. Cela crée un déséquilibre dans la narration. À trop vouloir ménager les angles, la série perd de sa pertinence.

 

Difficile de reprocher grand-chose aux comédiens principaux. Maurizio Lastrico, Matteo Martari, Francesco Montanari et Pietro Sermonti livrent des prestations solides. Leur complicité crève parfois l’écran, et certaines de leurs interactions donnent l’impression d’une véritable improvisation maîtrisée. Ce naturel est appréciable, et contribue à donner un peu de vie à des dialogues souvent convenus. Mais même le meilleur casting ne peut compenser un scénario qui manque d’épaisseur. Les acteurs semblent parfois en lutte contre un texte qui les bride. Ils font ce qu’ils peuvent pour insuffler de l’énergie à leurs rôles, mais les situations trop téléphonées limitent la portée de leurs performances.

 

Il y a cependant un public pour lequel Des vrais mecs pourrait fonctionner. Ceux qui n’ont pas vu Machos Alfa, ni ses adaptations françaises ou néerlandaises, y trouveront peut-être une forme de divertissement immédiat. Pour une première approche de ce type de comédie sur les codes masculins, cela peut suffire. Mais dès lors qu’on a un point de comparaison, les faiblesses apparaissent en pleine lumière. L’absence d’originalité devient flagrante, tout comme le manque de risque dans l’écriture. À force de vouloir reproduire un modèle sans y apporter de variation significative, cette version italienne se dilue.

 

La multiplication des versions nationales de Machos Alfa pose question. Après la tentative française avortée, la version néerlandaise discrète, et en attendant l’adaptation allemande, il semble que le concept s’épuise. Le format semble facile à dupliquer, mais cette facilité est un piège. Chaque version qui n’ose pas prendre des libertés avec l’original contribue à affadir l’ensemble. Là où une adaptation devrait réinterpréter, réécrire, proposer une lecture locale, Des vrais mecs se contente d’une transposition paresseuse. Cela finit par créer une lassitude. Le spectateur finit par deviner à l’avance ce qui va se passer, tant la structure est figée.

 

Ce qui manque surtout à cette saison, c’est un souffle. Une envie de raconter autre chose. D’explorer plus en profondeur ce que signifie être un homme aujourd’hui en Italie. De proposer des portraits plus nuancés, moins stéréotypés. De faire exister les personnages féminins autrement que comme des faire-valoir narratifs. Il y avait pourtant matière à créer une série plus audacieuse. L’Italie, avec son histoire, ses tensions sociales, ses contradictions générationnelles, offrait un terreau fertile. Mais rien de tout cela n’est utilisé. On reste à la surface. Regarder Des vrais mecs, c’est comme assister à une pièce déjà jouée ailleurs, avec des acteurs différents mais un décor identique. 

 

Il n’y a pas d’élan, pas de souffle neuf. Cela se laisse suivre, mais sans engagement émotionnel. On regarde, on soupire parfois, on sourit rarement. L’adaptation n’est pas un exercice facile, et cette série en est une preuve supplémentaire. Pour qu’un remake fonctionne, il faut y injecter une vision, une intention. Des vrais mecs en manque cruellement. Ce n’est pas une catastrophe, simplement une œuvre oubliable, sans grande portée. Pour ceux qui découvrent le concept, cette saison 1 peut constituer une porte d’entrée acceptable. Pour les autres, elle risque fort de ne susciter qu’un sentiment de déjà-vu.

 

Note : 4/10. En bref, rien de neuf sous le soleil italien. Dommage que la série n’ait pas suffisamment ajouté d’éléments propre au pays afin de donner à la série une vraie originalité. 

Disponible sur Netflix

De vrais mecs (ou Maschi Veri en italien) est la 3ème adaptation européenne de Machos Alfa. Après la version française Super Mâles (sortie en janvier 2025 et annulée après 1 saison), la version néerlandaise Les Coqs / Haantjes (sortie en février 2025) et cette version italienne, une version allemande - Alphamännchen - est prévue prochainement en 2025. 

 

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