Plaine Orientale (Saison 1, épisodes 1 et 2) : début de série entre polar et quête identitaire

Plaine Orientale (Saison 1, épisodes 1 et 2) : début de série entre polar et quête identitaire

Le premier contact avec Plaine Orientale laisse un goût particulier. Cette création originale Canal+ choisit de s'ouvrir sur un terrain familier : celui d’un polar sombre, marqué par les tensions communautaires et les jeux d’influence dans un contexte insulaire. D’emblée, le premier épisode ne lésine pas sur la violence avec un meurtre en plein jour. Pourtant, très vite, l’impression de se retrouver face à une simple histoire de mafia se dissipe. Ce n’est pas simplement une énième variation sur les guerres de territoires ou les rivalités entre bandes. Plaine Orientale, dès ses deux premiers épisodes, montre des ambitions plus larges.

 

Quand Reda sort de prison, il espère renouer avec son ancien complice devenu entre-temps le second de Carlotti, le Parrain qui règne en maître sur le nord de l’île. Reda a du mal à trouver sa place dans ce monde de voyous qui a beaucoup changé et comprend vite qu'il ne sera pas accepté par la bande de la Plaine Orientale. Au même moment débarque à Bastia sa demi-sœur Ines qu’il a perdue de vue depuis l’enfance. C’est aujourd’hui une jeune magistrate qui intègre le premier pôle anti-mafia constitué par la police et la justice locale. Déterminée à faire tomber le Parrain Carlotti, elle propose à Reda une alliance secrète. Se signe alors un pacte à haut risque entre les deux…

L'intrigue, installée dans la plaine orientale de Corse, tourne autour de personnages pris dans des réseaux d’intérêts, de famille, et de contradictions intérieures. D’un côté, Reda Campana, ancien taulard mi-Corse mi-Arabe, qui sort de prison après avoir payé pour les autres, et de l’autre, Inès Amrani, magistrate fraîchement arrivée, diplômée, et pleine de principes. La trajectoire de ces deux personnages, qui ne s’étaient plus vus depuis des années, se croise à nouveau, dans une atmosphère tendue où la loyauté et les racines culturelles s’entrechoquent. Dès le départ, la série tente d’établir un équilibre entre polar traditionnel et drame humain. Les scènes de tension alternent avec des moments plus introspectifs, où l’on devine que le propos ne se limite pas aux confrontations attendues entre juges et voyous. 

 

La caméra, souvent portée à l’épaule, contribue à donner une forme de réalisme brut à l’ensemble, bien que certaines scènes paraissent trop calibrées pour atteindre une spontanéité totale. Il y a une volonté évidente de s’écarter des clichés habituels de la série mafieuse, mais l’exécution laisse parfois une impression de déjà-vu. Ce qui frappe, c’est le traitement des personnages féminins. Contrairement à d’autres séries du genre, les femmes de Plaine Orientale ne sont pas reléguées à des seconds rôles de mères inquiètes ou de compagnes dévouées. Ici, elles portent des trajectoires propres, parfois en contradiction avec les attentes traditionnelles. Inès Amrani, par exemple, incarne une figure de l’autorité judiciaire ambitieuse et déterminée, mais son personnage reste encore à approfondir. 

On perçoit qu’elle est là pour incarner un pont entre deux mondes, mais certains aspects de son écriture semblent trop directement inspirés de modèles étrangers, notamment des séries judiciaires américaines où les procureurs deviennent presque des détectives. Ce mélange des genres interroge, et parfois, cela donne l’impression que la série hésite entre plusieurs tonalités. Le personnage de Reda, quant à lui, est plus nuancé. Ancien détenu, il revient dans un milieu qui ne l’attend pas, voire qui l’a déjà rejeté. Son parcours semble porter une réflexion sur la notion d’appartenance et de trahison. En payant pour ses anciens complices, il pensait conserver une place dans le système, mais il découvre qu’il est désormais considéré comme un maillon faible. 

 

L’idée d’un loser brillant traverse l’écriture de son personnage. Il essaie de rebattre les cartes, mais reste prisonnier d’un jeu dont il n’a pas fixé les règles. Cette tension entre la volonté de réinvention et la réalité sociale du terrain insulaire est sans doute un des points les plus intéressants de la série. La série cherche aussi à explorer le thème de l’identité : qu’est-ce qu’être Corse aujourd’hui, ou Arabe en Corse, ou les deux à la fois ? Cette question traverse les interactions entre les personnages, sans pour autant toujours trouver des réponses claires. C’est là l’un des points où Plaine Orientale tente d’insuffler un souffle différent, mais il y a parfois un manque de finesse dans la manière dont ces enjeux sont abordés. 

Les dialogues, bien que fonctionnels, tombent parfois dans des explications trop appuyées, là où un sous-texte plus subtil aurait peut-être permis une meilleure immersion. Sur le plan de la mise en scène, la série oscille entre des plans larges sur les paysages corses et des scènes plus intimes. La lumière, souvent chaude et légèrement crue, contribue à installer une atmosphère pesante. Mais le rythme global semble manquer de constance. Certains passages ralentissent le récit, là où l’on attendrait une montée en tension plus marquée. Les deux premiers épisodes peinent à trouver un équilibre entre exposition des personnages et avancée narrative. Cela crée parfois une impression de flottement, où l’on se demande où la série veut aller.

 

La musique, en revanche, joue un rôle important dans l’installation de l’ambiance. Sans être omniprésente, elle accompagne efficacement les moments de tension ou de doute, renforçant l’impression d’une réalité à la fois brutale et poétique. Le casting est inégal. Certains comédiens parviennent à incarner leurs personnages avec une vraie sincérité, d’autres semblent plus figés dans des stéréotypes. Cela crée une dynamique hétérogène, où certaines scènes gagnent en force grâce à la justesse d’un regard ou d’un silence, tandis que d’autres tombent à plat, faute d’une interprétation convaincante. C’est un point qui peut, à terme, nuire à l’attachement aux personnages si la série ne parvient pas à homogénéiser ce niveau de jeu.

Ce qui retient l’attention, au-delà des tensions et des intrigues de pouvoir, c’est l’attention portée aux liens familiaux. Le récit met en lumière des dynamiques de loyauté, d’abandon, de rancune, et d’attentes non dites. La famille est ici à la fois un refuge et une prison, un espace où l’on se protège mais où l’on étouffe aussi. Cela donne lieu à des moments où les personnages paraissent véritablement vulnérables, bien que ces instants restent encore trop ponctuels dans les deux premiers épisodes. Le décor insulaire joue également un rôle important. La Corse n’est pas qu’un simple arrière-plan, elle devient presque un personnage à part entière, avec ses paysages, ses tensions historiques et ses non-dits. 

 

Les références aux enjeux de la mafia, aux trafics et aux luttes pour le contrôle des marchés publics donnent une certaine épaisseur à l’univers. Cependant, l’approche reste parfois en surface, et certains dialogues tombent dans le cliché. Il y a une volonté de dresser un tableau social, mais celui-ci manque encore de nuances pour véritablement convaincre. En termes de narration, Plaine Orientale tente de jongler avec plusieurs niveaux : une intrigue policière classique, des parcours intimes, et une réflexion sur la coexistence entre différentes cultures. Mais cet équilibre n’est pas encore totalement maîtrisé. Certaines scènes paraissent trop appuyées, d’autres trop elliptiques. L’impression générale est celle d’une série qui cherche encore son rythme et sa voix.

Reste à savoir comment ces premiers éléments vont évoluer dans la suite de la saison. La série a planté des graines intéressantes, notamment autour des trajectoires individuelles et des tensions identitaires. La confrontation entre Reda, Inès, et le parrain César Carlotti pourrait gagner en intensité, mais cela dépendra de la manière dont les scénaristes approfondissent leurs personnages. Pour l’instant, certaines figures semblent encore trop dessinées à gros traits, comme la juge Eva Maertens, qui incarne une autorité rigide sans nuances apparentes. Son rôle pourrait devenir plus intéressant si l’écriture choisit d’explorer ses dilemmes plutôt que de la cantonner à un simple archétype.

 

En définitive, ces deux premiers épisodes de Plaine Orientale laissent une impression mitigée. Il y a des intentions louables, une volonté de proposer autre chose qu’un simple récit de mafia, mais l’exécution reste perfectible. Les personnages ont du potentiel, mais il faudra éviter les raccourcis et les facilités pour réellement capter l’attention sur la durée. La série pose des questions sur l’identité, la famille, la loyauté, mais elle ne parvient pas encore à dépasser certains clichés du genre. Cela reste une proposition intéressante, qui mérite d’être suivie pour voir si elle parvient à trouver sa propre voie, entre polar et drame humain.

 

Note : 5.5/10. En bref, il y a des intentions louables, une volonté de proposer autre chose qu’un simple récit de mafia, mais l’exécution reste perfectible et le casting est trop inégal. 

Disponible sur myCanal

 

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