29 Mai 2025
She the People, disponible sur Netflix, fait partie de ces séries qui, dès les premières minutes, laissent entrevoir un potentiel intéressant mais quand on voit le nom de Tyler Perry de partout, c’est souvent l’assurance d’avoir un produit fast-food. Une idée de départ intrigante, une promesse de diversité, des thématiques contemporaines, et un casting qui, sur le papier, pouvait attirer l’attention. Mais au fil des huit épisodes de cette première saison, l’enthousiasme s’étiole, laissant place à un sentiment d’inachevé et d’opportunité manquée. Dès le premier épisode, le ton de la série semble hésiter. Est-ce une comédie satirique ? Une critique sociale ? Une chronique politique décalée ? Difficile à dire tant la narration semble dispersée.
Après avoir décroché le poste de gouverneur adjoint, Antoinette Dunkerson doit maintenant trouver comment prospérer sous un gouverneur sexiste et condescendant, tout en essayant de garder sa famille sous contrôle maintenant qu'ils sont tous sous les feux de la rampe.
L’humour, censé être le moteur principal, peine à trouver sa place. Les blagues paraissent recyclées, souvent téléphonées, et surtout, ne font pas mouche. Il y a une lourdeur dans la manière de traiter certains sujets, notamment lorsqu’il s’agit des tensions raciales ou des stéréotypes. À plusieurs reprises, la mise en scène donne l’impression que l’on force le trait pour provoquer le rire, sans que cela ne fonctionne vraiment. Ce flou dans le ton est amplifié par des scènes qui s’étirent sans raison, comme si l’équipe de production attendait un déclic, un éclat de rire salvateur pour conclure. Cette dynamique contribue à une impression de longueur, malgré des épisodes courts, ne dépassant pas les 25 minutes.
Paradoxalement, ce format compact aurait pu être un atout pour une série humoristique, mais ici, il sert surtout à constater à quel point l’intrigue tourne en rond. Le casting de She the People avait pourtant de quoi attirer. La présence de figures comme Terri J. Vaughn ou Jo Marie Payton pouvait éveiller une certaine curiosité, voire de l’enthousiasme. Mais à l’écran, la mayonnaise ne prend pas. Les personnages manquent de consistance, de relief, et peinent à exister au-delà de simples archétypes. L’impression qui ressort est celle d’une galerie de figures coincées dans des situations artificielles, sans véritable cohérence ou synergie. Le personnage de la lieutenant-gouverneure, censée être le pilier du récit, met du temps à trouver sa voix.
C’est seulement vers la fin de la saison, dans les derniers épisodes, qu’elle semble enfin se positionner, affirmant ses convictions et sa place dans l’histoire. Malheureusement, ce développement tardif ne suffit pas à rattraper le déséquilibre ressenti durant les épisodes précédents. Certains personnages secondaires auraient pu apporter un souffle nouveau, notamment ceux introduits plus tard dans la saison. Mais là encore, le potentiel est sous-exploité. À l’inverse, d’autres rôles semblent complètement déconnectés de l’intrigue principale. C’est le cas du petit ami aux costumes criards, dont les interventions paraissent forcées, presque gênantes. Un élément perturbateur qui n’apporte rien, si ce n’est une distraction dont la série n’avait pas besoin.
Le plus frustrant dans She the People, c’est peut-être l’idée de départ. Imaginer une femme noire propulsée au cœur du pouvoir politique, confrontée à un environnement hostile et à des enjeux complexes, avait tout d’une proposition riche. La dynamique entre différents partis, les tensions culturelles, la question du pouvoir partagé : tout cela pouvait donner lieu à un récit profond, drôle, et pertinent. Mais au lieu de creuser ces thématiques, la série reste en surface. Le scénario donne l’impression de vouloir tout dire sans jamais vraiment approfondir. Certaines intrigues sont lancées, puis abandonnées. Des scènes prometteuses débouchent sur des situations sans enjeu. Il y a une envie de traiter de sujets lourds – racisme, sexisme, corruption – mais ces thèmes sont souvent abordés de manière maladroite, presque décorative, comme des cases à cocher.
Résultat : le propos manque de subtilité et d’impact. Le traitement des personnages féminins, notamment, laisse un goût amer. Le respect qu’elles méritent semble souvent mis de côté, remplacé par des ressorts comiques qui frôlent le caricatural. Cette tendance alourdit le ton de la série, renforçant l’impression d’un projet qui ne sait pas sur quel pied danser. Difficile de ne pas pointer du doigt l’écriture, tant elle conditionne le reste. Les dialogues manquent de naturel, souvent entrecoupés de vulgarités qui, plutôt que de servir l’humour, le desservent. Il ne s’agit pas ici de condamner l’usage de gros mots – ils peuvent avoir leur place dans une comédie – mais de souligner que lorsqu’ils deviennent des béquilles scénaristiques, c’est souvent le signe d’un manque d’inspiration.
Dans She the People, la dynamique des échanges semble parfois improvisée, comme si les acteurs devaient meubler en attendant que quelque chose se passe. Ce flottement laisse une impression de vide, renforcée par des scènes qui ressemblent plus à des sketchs qu’à une narration cohérente. Visuellement, She the People se veut colorée, vivante, et pleine d’énergie. Les décors sont plus soignés que dans ses précédentes séries (clairement grâce à un chéquier plus fourni chez Netflix), les costumes chatoyants, et l’ambiance générale vise à créer une atmosphère vibrante. Mais ce parti pris visuel ne suffit pas à compenser le manque de cohésion du reste. Pire encore, il accentue parfois le décalage entre la forme et le fond. L’esthétique léchée semble masquer des lacunes d’écriture, créant un contraste qui dessert la série.
La cohérence des accents est un détail qui peut sembler anecdotique, mais qui contribue au sentiment de confusion. Si l’intrigue se déroule dans un contexte bien précis – en l’occurrence le Mississippi – pourquoi les personnages blancs ont-ils un accent marqué, tandis que les personnages noirs en sont dépourvus ? Ces incohérences de continuité trahissent un manque de rigueur, qui nuit à l’immersion. La difficulté de She the People à trouver son équilibre entre humour et réflexion est l’un de ses principaux écueils. L’envie de faire rire semble dominer chaque scène, au détriment des moments plus sérieux qui auraient pu donner de la profondeur au récit. Le problème, c’est que ces tentatives d’humour ne sont pas toujours efficaces.
Les gags répétitifs, les situations prévisibles, et l’absence de renouvellement dans les blagues finissent par lasser. À force de vouloir faire sourire à tout prix, la série oublie d’être pertinente. Pourtant, quelques scènes parviennent à tirer leur épingle du jeu. Notamment celle où le personnage de Terri J. Vaughn se rend à une fête pour récupérer sa fille, qui marque un tournant dans l’histoire. À ce moment-là, la série semble enfin prendre conscience de son potentiel dramatique. Mais cet élan est rapidement freiné par le retour des séquences plus légères, comme si l’écriture refusait d’assumer pleinement son sujet.
She the People est une série qui donne l’impression d’avoir été conçue dans l’urgence, sans véritable vision d’ensemble. L’ambition est là, mais elle se perd dans une exécution approximative. Les idées sont présentes – une femme noire au pouvoir, des enjeux politiques, des tensions culturelles – mais elles ne sont pas exploitées de manière cohérente. Le résultat, c’est une saison qui laisse sur sa faim, avec des personnages qui peinent à exister, une écriture qui tourne en rond, et une dynamique qui ne prend jamais vraiment. Regarder She the People, c’est comme assister à une conversation où chacun essaie de parler plus fort que l’autre sans jamais vraiment s’écouter.
C’est bruyant, parfois énergique, mais rarement captivant. Il manque ce liant, cette alchimie qui donne envie de s’attacher aux personnages, de suivre leur parcours, et de s’investir dans leur histoire. La saison 1 se termine sans véritable conclusion, laissant un goût d’inachevé. Peut-être que dans les huit prochains épisodes la série saura rectifier le tir, en recentrant l’intrigue et en donnant plus de place aux personnages secondaires qui, pour le moment, restent cantonnés à des rôles accessoires. En l’état, She the People est une série qui avait du potentiel, mais qui, à force de vouloir trop en faire, finit par ne rien vraiment dire. Une occasion manquée, tout simplement.
Finalement, Tyler Perry est un homme qui ne cesse de multiplier les projets. Depuis qu’il a signé un contrat d’envergure avec Netflix, il enchaîne les créations, que ce soit des films ou des séries, tout en poursuivant des collaborations avec d’autres plateformes comme Amazon Prime Video. Cet appétit créatif impressionne, mais il soulève aussi des questions sur la qualité de l’ensemble. En cherchant à tout faire – écrire, réaliser, produire – il laisse parfois l’impression de s’éparpiller. À force de vouloir enchaîner les projets sans prendre le temps de peaufiner chaque détail, la qualité finit par en pâtir.
Pourtant, certaines de ses séries ont su me plaire, comme The Haves and the Have Nots, diffusée sur la chaîne OWN d’Oprah Winfrey pendant huit saisons, ou encore The Oval, diffusée sur BET depuis plusieurs années, accompagnée d’un spin-off, Ruthless, centré sur une secte. Perry signe l’écriture et la réalisation de chaque épisode, ce qui montre bien sa volonté de tout contrôler. Son studio, construit sur un vaste terrain aux États-Unis, symbolise cette ambition démesurée, ce rêve américain qu’il incarne à sa manière. Mais cette concentration des tâches laisse parfois transparaître une limite : quand on veut tout faire, on finit par perdre en finesse, et c’est souvent le spectateur qui en subit les conséquences.
Note : 3/10. En bref, c’est bruyant, parfois énergique, mais rarement captivant. Il manque ce liant, cette alchimie qui donne envie de s’attacher aux personnages, de suivre leur parcours, et de s’investir dans leur histoire.
Disponible sur Netflix
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