Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 3.

Critiques Séries : And Just Like That… Saison 3. Episode 3.

And Just Like That… // Saison 3. Episode 3. Carrie Golightly.

 

L’épisode 3 de la saison 3 de And Just Like That... laisse un goût étrange. Pas désagréable, mais frustrant. Il y a cette impression persistante d’assister à des histoires qui se croisent sans vraiment s’entrelacer, avec un personnage principal – Carrie – qui semble de plus en plus enfermée dans une forme de passivité émotionnelle. L’épisode titré « Carrie Golightly » aurait pu être l’occasion d’un virage narratif. Il n’en est rien. Plutôt que de densifier ses intrigues, la série se perd dans une accumulation de situations sans véritable progression. Ce n’est pas tant l’absence de grands rebondissements qui pose problème, mais la sensation que les personnages tournent en rond, comme s’ils n’étaient que les ombres de ce qu’ils ont été. 

 

Et au cœur de ce tourbillon peu engageant : la relation entre Carrie et Aidan. Dès les premières minutes, le ton est donné. Carrie tente de justifier son prochain déplacement à Williamsburg, en Virginie, par une opportunité professionnelle – une intervention lors d’un événement littéraire. En réalité, ce n’est qu’un prétexte pour voir Aidan. Une démarche qu’elle s’obstine à présenter comme "naturelle", "sans prise de tête". L’excuse est légère, le sous-texte est lourd. Faire des centaines de kilomètres pour un déjeuner n’a rien d’anodin. Derrière cette volonté de facilité et légèreté, se cache une crainte bien plus profonde : celle d’imposer sa présence, de paraître trop demandeuse. 

Carrie préfère jouer la comédie de la désinvolture, quitte à se nier elle-même. Ce refus de poser des mots clairs sur ses désirs devient son propre piège. Comment construire quelque chose de solide quand tout repose sur le non-dit ? Aidan, de son côté, ne facilite rien. Depuis son retour, il semble naviguer dans cette relation sans véritable ancrage. Ses décisions sont floues, ses intentions encore plus. Lorsqu’il accepte enfin que Carrie reste dormir, ce n’est pas dans sa maison, mais dans la dépendance au fond du jardin. Ce choix pourrait être perçu comme une forme de respect envers ses enfants, qu’il ne veut pas brusquer. Mais il est aussi le signe d’un manque d’engagement. Il aurait pu expliquer la situation à ses fils, préparer le terrain. Au lieu de cela, il préfère isoler Carrie, littéralement. 

 

Ce n’est pas juste une question de lieu. C’est un message implicite : elle n’a pas encore sa place dans son quotidien. Une position inconfortable pour quelqu’un qui fait autant d’efforts pour le rejoindre. Cette dynamique révèle un déséquilibre. Carrie multiplie les concessions, Aidan maintient la distance. Le pire, c’est que cette inertie relationnelle n’est jamais remise en question dans l’épisode. Aucun moment d’échange véritable, aucune remise en cause mutuelle. Tout est enveloppé dans une fausse douceur qui finit par devenir pesante. L’histoire de Seema, en revanche, trouve un écho bien plus percutant. Elle apprend que son mentor et associé prend sa retraite, sans l’avoir associée au processus de succession. Pire : les parts sont vendues à un autre homme, sans qu’elle ait voix au chapitre. 

Ce coup dur professionnel agit comme un déclencheur. Seema se rend compte qu’elle ne veut plus être reléguée au second plan. Elle veut créer sa propre structure, porter son nom, diriger. Sa réaction n’est pas immédiate. Le doute s’installe. Est-ce raisonnable de tout quitter ? Faut-il vraiment prendre ce risque ? Ces questionnements rendent son parcours crédible. Ils ancrent son personnage dans une réalité bien plus tangible que celle de Carrie. Finalement, c’est un panneau "don’t back up" dans un parking qui la convainc : elle ne reculera plus. Cette évolution donne une vraie densité à Seema. Elle prend des décisions, agit, s’impose. Contrairement à Carrie, elle n’attend pas que les choses lui tombent dessus. Elle les provoque.

 

Lisa, de son côté, se débat avec les réalités de la maternité et d’un métier exigeant. Son monteuse quitte le projet documentaire pour une autre opportunité. Une décision qu’elle perçoit d’abord comme une trahison personnelle. Mais lorsqu’elle entend cette phrase – "Mon travail, c’est ma vie" – elle comprend ce qui l’oppose à son interlocutrice. Lisa a des enfants, une vie de famille, des responsabilités. Des contraintes qu’elle ne peut pas effacer, même si elles ralentissent son rythme professionnel. Ce moment est rare dans la série : il sonne juste. Il touche à une vérité que beaucoup de femmes vivent dans leur quotidien. Ce n’est pas un drame exagéré. C’est une simple discussion tendue, mais significative. Elle éclaire les écarts de priorités et de choix de vie qui pèsent dans les rapports professionnels.

Pendant ce temps, Charlotte tente de rester pertinente dans un monde qui la dépasse de plus en plus. Elle se sent mise à l’écart, dépassée par des collègues plus jeunes, plus disponibles, plus connectés. Elle veut montrer qu’elle peut encore s’adapter, quitte à sortir dans des afters nocturnes et porter des tenues de vingt ans son cadet. La scène aurait pu être drôle si elle ne basculait pas dans le grotesque. Harry, son mari, qui finit par uriner dans son pantalon faute de pouvoir retirer son jean moulant, frôle l’absurde. Ce genre de situation pourrait fonctionner dans une comédie burlesque. Ici, elle tombe à plat. Elle ne fait pas avancer les personnages, elle les ridiculise. Charlotte mérite mieux qu’un rôle de mère dépassée qui peine à exister en dehors de sa parentalité.

 

Ce qui frappe dans cet épisode, c’est l’absence d’intensité émotionnelle. Les intrigues sont nombreuses, mais elles ne s’entrelacent pas. Chacune suit son propre chemin, sans véritable lien avec les autres. Cela donne un ensemble morcelé, où l’on peine à s’attacher. Même la tentative de Carrie de se rapprocher d’Aidan reste superficielle. Elle parle de lui donner une clé, appelle sa maison "la leur", sans jamais formuler clairement ses attentes. Elle avance à tâtons, espérant que les gestes suffisent. Mais les gestes, sans parole, restent ambigus. Parmi les ajouts intrigants, le personnage d’Adam, le jardinier, laisse entrevoir un potentiel qui n’est pour l’instant qu’effleuré. Il y a une tension, un jeu de regards, surtout avec Seema. 

Mais rien n’en découle encore. Ce genre d’élément pourrait enrichir les dynamiques amoureuses, mais à condition d’être développé. Pour l’instant, il ne semble exister que pour détourner l’attention ou créer une illusion de nouveauté. Au fond, cet épisode ne parle pas tant de relations amoureuses que de rapport à soi. Chaque personnage est confronté à une forme de limite : professionnelle, émotionnelle, physique, ou symbolique. Mais tous ne réagissent pas de la même façon. Seema agit. Lisa accepte. Charlotte subit. Carrie esquive. Ce contraste est révélateur de l’évolution – ou stagnation – de chacun. Et il devient difficile de continuer à s’identifier à Carrie, tant elle semble enfermée dans une boucle de répétition. 

 

Sa solitude ne vient pas du fait qu’elle soit célibataire ou mal aimée. Elle vient de son incapacité à dire ce qu’elle veut. Trois épisodes seulement, et pourtant, un sentiment d’usure s’installe. Non pas parce que les personnages vieillissent – ce serait une richesse – mais parce que le récit ne semble plus savoir quoi faire d’eux. Il y a une envie de modernité, de diversité, de réalité. Mais elle coexiste avec des schémas anciens qui freinent toute évolution. Il n’est pas question ici de nostalgie mal placée. Il ne s’agit pas de regretter l’époque de Sex and the City. Mais plutôt de constater que la série peine à se renouveler sans se trahir. Elle veut dire des choses importantes, mais elle le fait souvent à moitié. Elle veut faire rire, mais sacrifie parfois ses personnages à la blague facile.

Ce troisième épisode pose plus de questions qu’il n’en résout. Que veut réellement Carrie ? Peut-elle continuer à accepter des miettes d’une relation bancale ? Pourquoi ses amies ne lui disent-elles pas de prendre du recul ? Pourquoi tant d’intrigues secondaires sans retombées concrètes ? And Just Like That... continue d’explorer les chemins de la vie adulte, mais il serait peut-être temps que ses héroïnes cessent de faire du surplace. L’évolution ne vient pas des décorums ou des voyages. Elle vient de la clarté avec laquelle on se regarde – et on agit. Peut-être qu’il est temps que Carrie arrête de vouloir faire croire qu’elle est juste "de passage". Parce qu’à force de passer sans s’arrêter, elle risque de ne plus savoir où elle va.

 

Note : 4/10. En bref, And Just Like That... continue d’explorer les chemins de la vie adulte, mais il serait peut-être temps que ses héroïnes cessent de faire du surplace. 

Disponible sur max

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article