3 Août 2025
And Just Like That… // Saison 3. Episode 10. Better Than Sex.
L’épisode 10 de la saison 3 de And Just Like That... propose une série de scènes à la frontière du ridicule et de l’introspection. Ce qui commence comme une chronique douce-amère sur les retrouvailles avec soi-même se transforme en une farandole de malaises, de décisions bancales, et de révélations qui ne trouvent pas toujours leur cible. Cet épisode semble vouloir explorer la vie après la vie d’avant, comme un écho maladroit aux blessures anciennes que les personnages tentent encore de maquiller. Parfois avec style, parfois avec une dose d’aveuglement. Carrie semble renaître de l’intérieur depuis que l’ombre d’Aidan s’est dissipée. Cette absence, loin de créer un vide, lui rend une forme de lucidité créative. L’écriture coule à nouveau, comme si la solitude retrouvée libérait quelque chose d’enfoui.
Et au centre de cette reprise en main se trouve Duncan, son nouvel allié littéraire, à mi-chemin entre le mentor respectueux et le flirt non assumé. Le lien qui s’installe entre eux n’a rien de spectaculaire, mais c’est justement là que réside son intérêt. Duncan ne regarde pas Carrie avec l’envie d’un conquérant ou le regard brillant d’un amant en devenir. Il lit ce qu’elle écrit. Il écoute ce qu’elle pense. Et pour Carrie, cela semble plus déstabilisant qu’agréable. Elle dit que c’est la première fois qu’un homme la voit pour ce qu’elle est intellectuellement. Pas en tant qu’icône de mode, pas comme une figure new-yorkaise, mais comme une autrice. Pourtant, cette révélation ne la propulse pas vers un nouvel élan de confiance.
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Au contraire, elle doute encore. Comme si le fait d’être prise au sérieux la fragilisait plus qu’il ne la rassurait. Cette tension, entre le désir d’être reconnue et la peur de ne pas être à la hauteur, traverse l’épisode comme une ligne de faille discrète. Carrie hésite, trébuche, avance à reculons. Même lorsqu’elle finit par céder à l’attirance — lors d’un moment plus sensuel que romantique — elle semble y aller presque à contrecœur. Non pas par rejet de Duncan, mais par crainte de ce que cela pourrait dire d’elle-même. Impossible d’ignorer le rôle central que joue la garde-robe dans la narration de Carrie. Le choix de sa robe Vivienne Westwood pour une soirée avec Duncan n’a rien d’anodin.
Elle hésite d’abord à la porter, comme si elle redoutait que ce vêtement révèle trop d’elle, trop vite. Puis elle se ravise, l’enfile, et c’est là que se joue une bascule : elle accepte d’être vue, même si cela la rend vulnérable. Ce type de geste en dit long. Porter une robe, dans l’univers de Carrie, n’est jamais qu’un geste esthétique. C’est une décision émotionnelle. Et ici, c’est une déclaration implicite : celle d’être prête à ouvrir la porte à une nouvelle intimité, même si celle-ci n’a aucune garantie d’avenir. Ce qui retient encore Carrie, ce ne sont pas tant ses doutes personnels que le regard supposé de ses proches. La voix de Miranda flotte dans son esprit, comme un avertissement silencieux. L’éventualité d’un “je te l’avais dit” semble avoir plus de poids que l’envie d’expérimenter sans filet.
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Charlotte, en revanche, lui oppose une logique beaucoup plus simple : “Tu fais ce que tu veux, et si Miranda juge, tant pis.” Et cela fait du bien d’entendre ce genre de rappel dans une série où l’auto-censure émotionnelle est omniprésente. Le fait que Carrie se sente encore à ce point dépendante du jugement de ses amies est révélateur d’un mal plus profond : le besoin d’approbation, même à plus de 50 ans, reste tenace. Seema, en parallèle, continue de défendre sa place dans la série avec une cohérence que les autres personnages n’ont plus toujours. Son histoire avec Adam prend un tour plus intime, plus risqué émotionnellement, lorsqu’elle découvre que son appartement est un sanctuaire dédié à sa mère décédée.
Une plante, vestige affectif d’une relation mère-fils profondément marquante, devient le symbole de cette mémoire. Et bien sûr, cette plante finit par passer par la fenêtre. Littéralement. La scène frôle l’absurde, mais fonctionne précisément parce qu’elle illustre un réflexe que Seema semble avoir développé au fil du temps : dès que quelque chose devient trop sérieux, elle sabote. Par maladresse, par peur, ou simplement parce que c’est plus simple de fuir que d’assumer une possible suite. Ce n’est pas qu’elle ne veut pas aimer, c’est qu’elle anticipe déjà la fin. Pourtant, Adam ne se laisse pas démonter. Il revient avec une forêt de boutures, comme un geste symbolique de reconstruction. Et cela, c’est suffisamment rare dans cette série pour mériter d’être souligné.
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Du côté de Miranda, la descente aux enfers narratifs continue. Son fils annonce qu’il va devenir père. Non pas dans le cadre d’une relation, mais après quelques soirées un peu floues avec une fille dont il ne connaît même pas le nom de famille. La réaction de Steve est explosive. Celle de Miranda n’est pas plus maîtrisée. Au lieu de prendre le temps de réfléchir, elle choisit de traquer la jeune femme — une coiffeuse — jusqu’à son lieu de travail pour l’interroger de manière à peine déguisée. La scène est aussi gênante que prévisible. Ce qui est frustrant ici, ce n’est pas tant le comportement erratique de Miranda que l’absence totale de recul de la série à son égard. Tout se passe comme si la Miranda des débuts avait disparu corps et âme, remplacée par une caricature hésitante, incapable de réagir autrement que par excès.
Charlotte reste cantonnée à son rôle de personnage secondaire gentil. L’épisode la montre fuyant le chaos sonore de son appartement pour tenter une “purification énergétique” via Zoom. Une scène improbable, qui aurait pu tomber à plat si elle ne se terminait pas par une phrase d’une justesse inattendue : “C’était la peur la plus intense que j’ai ressentie, et je n’ai jamais vraiment eu le droit de l’exprimer.” En quelques mots, Charlotte dit ce que tant d’autres n’osent pas : la parentalité, le couple, les responsabilités, tout cela écrase parfois l’espace d’expression de la peur, de la vulnérabilité. Lisa et Anthony continuent de graviter autour des intrigues principales comme des satellites un peu flous.
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Lisa aurait pu devenir un portrait intéressant de femme active, tiraillée entre ambition et fatigue chronique. Mais les scénaristes semblent incapables de lui offrir une épaisseur réelle. Quant à Anthony, son utilité devient de plus en plus difficile à défendre. Il n’apporte ni contrepoint, ni énergie nouvelle, ni réel humour. Sa présence semble uniquement motivée par l’habitude. Le moment où Carrie et Duncan se retrouvent après la fameuse soirée illustre bien ce que cet épisode essaie de dire, sans toujours y parvenir : il existe des liens qui ne cherchent pas à durer, mais qui n’en sont pas moins précieux. Duncan retourne à Londres, mais laisse à Carrie plus qu’un souvenir : un miroir dans lequel elle s’est vue autrement, au moins une fois.
Cette relation, brève mais honnête, pourrait bien servir de tremplin pour que Carrie ose enfin écrire pour elle, sans chercher à se conformer à l’image qu’on attend d’elle. Et si Duncan, malgré ses grands discours romantiques, n’est qu’un personnage de passage, il a au moins eu le mérite de bousculer un peu les certitudes. Ce dixième épisode ne redéfinit rien, mais offre quelques respirations bienvenues. Entre la crise existentielle déguisée en flirt littéraire, les plantes-mères tombées du ciel, et les dialogues parfois absurdes, il y a là une matière riche pour qui sait lire entre les lignes. Le problème, c’est que tout cela reste trop souvent à l’état d’ébauche.
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Il serait temps que la série accepte ce qu’elle est devenue : une chronique sur l’âge adulte tardif, pleine de maladresses, de contradictions, et de tentatives avortées de rester pertinente. Il ne s’agit pas de chercher à retrouver la magie d’antan, mais d’assumer pleinement ce qu’elle est aujourd’hui. Et si certains personnages s’en sortent mieux que d’autres (Seema en tête), il reste encore du chemin avant que l’ensemble trouve son équilibre.
Note : 5.5/10. En bref, il serait temps que la série accepte ce qu’elle est devenue : une chronique sur l’âge adulte tardif, pleine de maladresses, de contradictions, et de tentatives avortées de rester pertinente.
Disponible sur HBO max
HBO max a annulé And Just Like That... après 3 saisons. Il n'y aura pas de saison 4. Les deux prochains épisodes seront les derniers de la série.
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