Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 5.

Critiques Séries : Murderbot. Saison 1. Episode 5.

Murderbot // Saison 1. Episode 5. Rogue War Tracker Infinite.

 

Il y a des épisodes qui marquent moins par ce qu’ils montrent que par ce qu’ils mettent en tension. L’épisode 5 de Murderbot, intitulé « Rogue War Tracker Infinite », s’inscrit pour moi dans cette catégorie. Non pas que l’intrigue soit molle – au contraire, elle pousse certaines révélations au premier plan – mais parce qu’elle accentue cette fracture que je perçois depuis le début entre les registres de la série. Une sorte de combat souterrain entre une volonté de proposer un drame introspectif et un humour parfois trop distant de ce qu’il cherche à détourner. Et ici, ce tiraillement se fait plus visible que jamais. L’axe narratif le plus marquant dans cet épisode repose évidemment sur ce que l’on attendait depuis un moment : le moment où le secret de Murderbot est exposé au reste de l’équipe. 

 

L’absence de module de gouverneur n’est plus une information que le spectateur détient seul. Désormais, les autres savent. Et l’intérêt de cette révélation ne réside pas seulement dans le fait qu’elle rebat les cartes sur le plan de la confiance, mais dans la manière dont chacun y réagit. Cette séquence aurait pu être expédiée ou surjouée. Ce n’est pas le cas ici. Elle est posée, tendue, traversée de silences et de regards plus révélateurs que n’importe quelle ligne de dialogue. Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la manière dont Mensah capte immédiatement la gravité de la situation, là où d'autres hésitent encore entre paranoïa, incompréhension ou déni. 

C’est cohérent avec son positionnement depuis le début : elle incarne moins la commandante que la figure de médiation, celle qui cherche à comprendre avant de juger. Gurathin, à l’inverse, pousse la méfiance à un point de rupture – et, d’une certaine manière, il n’a pas complètement tort. Ce n’est pas une opposition gratuite, mais une friction nourrie par des blessures non résolues, un rapport à l’autorité biaisé, et probablement une forme de jalousie profonde. Ce face-à-face entre Gurathin et Murderbot donne lieu à des moments de tension bien gérés, sans débordement théâtral. On reste dans une sobriété qui fonctionne. Mais voilà, alors que cette dynamique dramatique gagne en densité, l’épisode choisit de lui adjoindre une couche comique franchement décalée, incarnée cette fois par l’arrivée de Leebeebee. 

 

Autant le dire clairement : ce personnage m’a laissé perplexe. Pas pour ce qu’il pourrait éventuellement devenir, ni pour la façon dont il perturbe volontairement les interactions du groupe – ça, narrativement, je peux le comprendre. Non, c’est plutôt le registre dans lequel elle est jouée qui me gêne. On est dans une exagération comportementale qui frôle parfois la parodie. Sa réaction à la présence de Murderbot est si chargée d’un mélange d’attraction déplacée et de discours erratiques que cela casse, à mes yeux, toute tension. C’est un problème que j’avais déjà souligné dans les épisodes précédents, notamment le 2 et le 3 : Murderbot semble hésiter entre une forme de comédie absurde et une narration plus introspective. 

Le souci, ce n’est pas tant le mélange des genres – ça peut fonctionner quand c’est maîtrisé – mais l’incohérence entre les niveaux d’écriture et de jeu. Il y a ceux qui semblent jouer un drame moral et politique, et d’autres qui jouent une série de sketches. L’écart est tel qu’on pourrait croire à deux productions parallèles tournées sur le même plateau. Heureusement, au-delà de ces moments de flottement tonals, l’épisode réserve plusieurs dialogues qui trouvent leur justesse. Le tête-à-tête entre Murderbot et Mensah dans le hopper, par exemple, fonctionne par sa gêne palpable. Mensah cherche à établir un lien, à poser des questions, à combler le vide par la parole. 

 

Murderbot, lui, fait ce qu’il sait faire de mieux : détourner, minimiser, esquiver. Mais ce refus de contact, paradoxalement, en dit long sur la profondeur du lien qui se tisse malgré lui. Il ne s’agit pas d’amitié – la série ne vend pas ça – mais d’un respect tacite, fragile, qui donne du poids aux scènes sans les forcer. La scène où Murderbot souligne que Mensah aurait accueilli n’importe quel inconnu demandant de l’aide, et que c’est précisément ce qui a mené à la catastrophe de DeltFall, m’a paru particulièrement révélatrice. Pas tant par ce qu’elle dit, mais par la prise de conscience progressive qu’elle provoque. Là encore, le jeu reste mesuré, sans surenchère émotionnelle, ce qui lui permet de résonner plus profondément.

Si Mensah et Gurathin tiennent bien la route, le reste du groupe reste à mes yeux en décalage. La dynamique entre Pin-Lee et Ratthi, en particulier, me laisse assez froid. Le débat improbable autour du prénom “SecUnit” pour un bébé imaginaire – censé, je suppose, détendre l’atmosphère ou illustrer un trauma mal digéré – tombe à plat. Il aurait peut-être fallu jouer davantage sur l’ambiguïté émotionnelle, sur cette confusion que peuvent provoquer les situations extrêmes. Mais ici, l’interprétation reste trop caricaturale, surtout du côté de Ratthi, pour que l’on puisse y croire. C’est un contraste criant avec les scènes centrées sur Murderbot, où l’émotion est contenue, intériorisée, et donc plus percutante. 

 

On sent que la série essaie de créer un équilibre entre gravité et légèreté, mais l’écart entre les deux registres reste trop large pour que cela fonctionne vraiment. Ce qui sauve l’épisode, et le rend solide dans l’ensemble, c’est qu’il parvient à avancer sur plusieurs axes importants. Le plus crucial étant bien sûr l’évolution de Murderbot lui-même. Maintenant que son secret est connu, il n’a plus besoin de jouer un rôle. Il peut enfin se positionner en tant qu’entité autonome, responsable de ses choix. Ce n’est pas un basculement brutal, mais une transition subtile. Skarsgård, dans le rôle, continue à jouer sur des nuances minimales, mais efficaces : un ton légèrement plus affirmé, un regard qui dure une seconde de plus, un soupir qui remplace une phrase entière.

Ces petits détails suffisent à faire sentir que quelque chose change. Ce n’est pas une transformation spectaculaire, mais une lente prise de place. Et puis il y a cette forme de lassitude qu’il exprime à demi-mot : celle d’avoir à se justifier, à prouver sa non-dangerosité, alors même qu’il continue de sauver ceux qui, dans d’autres circonstances, le considéreraient comme un simple outil. Cette ironie de la situation – être libre, mais toujours perçu à travers le prisme du conditionnement – constitue une des forces constantes de la série, et ici, elle prend une dimension plus politique, sans être appuyée. Sur le plan formel, l’épisode reste cohérent avec les précédents. La réalisation continue à privilégier des espaces confinés, à souligner l’oppression du décor plus que son étrangeté. 

 

Ce n’est pas une série qui s’émerveille de son univers, mais qui s’en méfie. C’est un choix que je trouve intéressant, parce qu’il empêche l’immersion naïve et rappelle constamment le danger latent. L’explosion du beacon à la fin vient réaffirmer ce risque permanent, cette idée que l’environnement, aussi technologique ou avancé soit-il, n’est jamais neutre. Ce final relance d’ailleurs la tension narrative de manière assez efficace. Même si l’événement en lui-même est abrupt, il vient rappeler que les enjeux ne sont pas uniquement relationnels. Il y a encore une menace extérieure mal identifiée, et la série laisse volontairement planer le doute sur ses origines. Ce flou, je l’avais déjà noté dans l’épisode 4, me paraît bien exploité ici. 

 

Il permet de recentrer l’intrigue sur des enjeux de survie sans pour autant reléguer la dynamique interne au second plan. Ce cinquième épisode m’a laissé une impression globalement positive, bien que traversée par des réserves récurrentes. Il y a une solidité indéniable dans la progression dramatique, dans les interactions entre certains personnages, dans la manière dont la série explore la question du libre arbitre et de la confiance. Ces aspects continuent de me parler et justifient que je reste engagé dans le suivi de la série. Mais cette insistance à vouloir injecter de l’humour très appuyé, par le biais de personnages secondaires parfois trop outrés, nuit encore à l’ensemble. 

 

L’écart de ton me semble toujours mal géré, comme si deux séries se disputaient la même bande-son. Heureusement, celle qui m’intéresse le plus – celle qui suit Murderbot dans sa quête bancale de sens et de stabilité – continue d’avancer. Et dans cet épisode, elle a franchi un cap important. Pas spectaculaire, mais structurant. C’est ce genre de pas de côté que j’attends d’une série comme Murderbot. Même quand elle trébuche un peu en route.

 

Note : 7/10. En bref, ce cinquième épisode m’a laissé une impression globalement positive, bien que traversée par des réserves récurrentes. Il y a une solidité indéniable dans la progression dramatique, dans les interactions entre certains personnages, dans la manière dont la série explore la question du libre arbitre et de la confiance. 

Disponible sur Apple TV+

 

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