Critique Ciné : Mr Wolff 2 (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Mr Wolff 2 (2025, Amazon Prime Video)

Mr Wolff 2 // De Gavin O’Connor. Avec Ben Affleck, Jon Bernthal et J.K Simmons. 

 

Il y a des films dont la suite s’impose naturellement, portée par un souvenir marquant ou un univers fort. Mr. Wolff 2, lui, débarque sans grand élan, comme une relance tardive dont l'intérêt semble plus financier que narratif. Sorti près de dix ans après un premier opus plutôt bien reçu — sans être devenu culte — Mr. Wolff 2 (ou The Accountant 2 en version originale) tente de remettre Ben Affleck dans la peau de ce tueur méthodique au profil atypique. Un expert-comptable de génie, autiste et redoutable assassin. Le personnage avait surpris par son étrangeté, son flegme et sa brutalité contenue. Mais cette suite arrive comme un écho lointain d’un souvenir déjà flou.

 

Christian Wolff a un talent pour résoudre les problèmes complexes. Lorsqu'une vieille connaissance est assassinée, laissant derrière elle un message cryptique demandant de « trouver le comptable », Wolff se sent obligé d’élucider l'affaire. Comprenant qu'il lui faut prendre des mesures extrêmes, il fait appel à son frère Brax, un homme dangereux avec lequel il est en froid, pour l'aider. En collaboration avec Marybeth Medina, directrice adjointe du Trésor américain, ils découvrent un complot mortel et deviennent la cible d'un réseau impitoyable de tueurs prêts à tout pour protéger leurs secrets.

 

Le plus frappant dès les premières minutes du film est ce sentiment d’oubli. Le scénario semble supposer que le spectateur se souvient avec précision des enjeux du premier film. Or, Mr. Wolff, malgré son succès relatif, n’a pas laissé une trace indélébile. Dix ans plus tard, les détails de l’intrigue sont bien enfouis, et le film ne fait pas l’effort de recontextualiser. Résultat : les repères manquent. L’intrigue, déjà volontairement complexe, devient rapidement confuse. Les intentions sont obscures, les liens entre personnages ne se précisent que tardivement, et certaines zones d’ombre persistent même après le générique de fin. Ce choix de ne pas simplifier peut être salué dans l’absolu, mais ici, il s’apparente davantage à une maladresse d’écriture qu’à une ambition narrative.

 

Autre surprise : la rareté des scènes d’action. Hormis un final plus énergique, le film préfère souvent suggérer la violence plutôt que la montrer. Le hors-champ est utilisé de manière répétée, au point de frustrer. L’ouverture, censée installer la tension avec un Jon Bernthal en mission en Allemagne, illustre bien cette tendance : l’action est éclipsée, presque anecdotique. Ce parti pris étonne dans un film vendu comme un thriller d’action. Les affrontements sont convenus, peu inspirés, et n’offrent pas le souffle espéré. On cherche en vain la nervosité ou la précision qui avaient marqué certaines séquences du premier volet. Et pourtant, Mr. Wolff 2 n’est pas totalement inerte. 

 

Entre deux scènes laborieuses, il parvient à proposer des instants étrangement attachants. Une séquence de speed dating, improbable mais amusante, apporte une respiration inattendue. Tout comme ces scènes dans un institut pour jeunes surdoués, qui résonnent avec le passé du personnage principal et enrichissent légèrement l’univers du film. Il y a aussi ce flashback autour d’une femme au centre de l’enquête, improbable mais suffisamment bien amené pour retenir l’attention. Ces digressions donnent au film un ton décalé, presque bancal, mais qui lui évite l’ennui total. Au cœur du récit, une nouvelle relation prend de l’ampleur : celle entre Christian Wolff et son frère, interprété par Jon Bernthal. 

 

Leur duo constitue sans doute le point le plus réussi du film. L’un est méthodique et rigide, l’autre impulsif et brouillon. La complémentarité fonctionne, et les interactions entre les deux personnages apportent une dose bienvenue d’humour et d’humanité. Cette complicité permet d’atténuer la sécheresse émotionnelle du reste du film. Quelques scènes parviennent à faire émerger une forme de tendresse ou de reconnaissance mutuelle. Ce lien fraternel donne un peu de densité à un scénario qui en manque cruellement par ailleurs. Malgré tout, le film peine à convaincre pleinement. Le récit, alourdi par des couches d’intrigues secondaires, devient inutilement alambiqué. Chaque nouvelle information semble complexifier un peu plus un puzzle déjà fragile. 

 

On sent que le script a été trituré, réécrit, réajusté, sans jamais parvenir à une vraie fluidité. Visuellement, la mise en scène de Gavin O’Connor manque de nerf. Le cadre est souvent plat, la lumière sans inspiration. Même les rares moments de tension n’offrent pas une esthétique marquante. Le film se déroule dans des décors peu mémorables, certains évoquant un Mexique low-cost filmé en Californie, ce qui nuit à l’immersion. Ce qui faisait la force du premier film — la découverte progressive d’un personnage complexe, ses failles, son passé, son code moral — semble ici dilué. Christian Wolff ne surprend plus. Son étrangeté devient routine, ses réactions sont prévisibles. 

 

Même les quelques tentatives d’humour tombent souvent à plat, à l’image de la fameuse scène du chat, trop déconnectée pour vraiment émouvoir ou faire sourire. Le personnage féminin central souffre également d’un traitement peu subtil. Sa double vie, censée être l’un des pivots de l’histoire, paraît peu crédible et trop artificiellement amenée. Le film force l’intrigue à s’adapter à une révélation qui ne convainc pas. Mr. Wolff 2 laisse un goût étrange. Ni bon, ni vraiment mauvais, il oscille entre maladresse narrative et moments de grâce fugaces. L’impression dominante reste celle d’un projet sans réelle nécessité, une suite tardive qui ne semble exister que parce que le premier avait bien marché.

 

Certains passages divertissent, quelques dialogues fonctionnent, et le duo Affleck/Bernthal mérite d’être revu dans un autre contexte. Mais l’ensemble reste trop confus, trop sage dans l’action, trop appuyé dans l’émotion pour véritablement convaincre. Pour qui espérait retrouver l’efficacité du premier volet, Mr. Wolff 2 ressemble à une fausse note. Le film tente des choses, parfois même audacieusement, mais ne parvient jamais à trouver un ton stable ni un rythme cohérent. La faute à une intrigue trop compliquée pour ce qu’elle raconte, à des scènes d’action sous-exploitées, et à une direction artistique trop fade. Le résultat est un film curieux, pas honteux mais largement dispensable. Un de ces projets hollywoodiens qui ressemblent davantage à une manœuvre de studio qu’à une véritable envie de cinéma.

 

Note : 4.5/10. En bref, une suite trop fade pour faire le travail après dix ans d’attente. 

Sorti le 5 juin 2025 directement sur Amazon Prime Video

 

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