27 Juin 2025
Murderbot // Saison 1. Episode 8. Foreign Object.
Avec l’épisode 8, Murderbot franchit un seuil. Non pas un climax spectaculaire, mais une bascule silencieuse et révélatrice. L’engagement du personnage-titre se redéfinit, sa position à l’égard de l’équipe de PreservationAux se nuance, et une réalité plus trouble se dessine quant à ses origines et sa place dans un monde de rapports utilitaristes et d'affects contrariés. Ce qui frappe, c’est l’éclatement des liens patiemment retissés dans les épisodes précédents. Là où l’épisode 6 travaillait une relation tendue mais structurante entre Murderbot et Mensah, celui-ci met en scène l’effritement. Les tensions larvées prennent forme : accusations, doutes, blessures à peine cautérisées. Gurathin, plus que jamais, devient le point de cristallisation de ces conflits.
Sa confrontation avec Murderbot ouvre une brèche dans la narration : le passé du SecUnit n’est plus un simple bruit de fond, mais une source de suspicion légitime. La figure du tueur de mineurs, jusqu’alors perçue comme une rumeur ou un défaut de mémoire, prend de l’épaisseur. Il ne s’agit pas ici de vérités révélées mais de configurations mouvantes. Ce qui était simple dans les premiers épisodes — des gentils idéalistes contre une corporation aveugle — se complique. L’ironie latente dans les épisodes 2 et 5, cette façon qu’avait la série d’hésiter entre commentaire méta et vérité affective, est ici mise entre parenthèses. La tonalité change : le regard se durcit, les choix deviennent plus risqués, les alliances moins évidentes.
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Un autre élément distingue cet épisode : la place accordée à l’ancrage corporel. Gurathin, fébrile et souffrant, est l’objet d’une intervention qui implique Murderbot physiquement, mentalement, émotionnellement. La connexion entre les deux n’est pas qu’une métaphore : elle agit comme une double incursion. Le robot fouille dans les souvenirs de son rival, mais se fait à son tour dépouiller. Une mémoire de masse, possiblement falsifiée, refait surface : 57 morts sur une mission de protection. Ce chiffre n’est pas neutre, il fait basculer la perception. Non seulement Murderbot n’est plus un garde du corps désabusé, il devient un mystère ambulant. La question n’est plus "que s’est-il passé ?" mais : "qui croire quand même la mémoire est instable ?"
Face à cela, Mensah reste à distance. Elle n’intervient pas, ne corrige pas. C’est une rupture avec les épisodes précédents, où elle assumait un rôle d’intercesseur, de médiatrice. Ici, elle laisse le robot partir. Pas par rejet, mais par respect. C’est une attitude digne, mais glaçante. La solitude du SecUnit en ressort plus vive. L’autre scène forte de l’épisode implique Nav Bot. Ce segment secondaire, presque déconnecté de l’intrigue principale, agit comme un miroir thématique. La machine détraquée, victime d’un lien affectif mal calibré, tue par souffrance et incompréhension. C’est une séquence cruelle, où l’on saisit l’effet destructeur des injonctions humaines, y compris les plus bénignes en apparence. "Souris" devient une sentence de mort.
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La comparaison avec Murderbot est implicite mais puissante : comment maintenir une autonomie quand l’humanité des autres est à la fois poison et boussole ? Ce qui distingue cet épisode de ceux qui l’ont précédé, c’est le refus de la résolution. Là où les épisodes 3 et 4 cherchaient un équilibre, souvent bancal, entre action, humour et introspection, celui-ci assume la discontinuité. La série n’essaie plus de plaire ou de ménager. Elle laisse les personnages dans leur trouble. Les discussions sur GrayCris, les plans pour survivre, les révélations personnelles : rien ne se résout. Tout reste en tension. Et Murderbot, dans tout cela ? Il ne choisit pas vraiment. Ou plutôt, il s’autorise un choix qui n’en est pas un : revenir, proposer un plan. Non pas pour racheter une faute, mais parce qu’il est encore là. Parce qu’il n’a pas fui. Le moment où il rentre dans la base, casque abaissé, est marquant.
Ce n’est pas une réconciliation, ni un retour triomphal. C’est une persistance. Une manière de dire : je n’appartiens à personne, mais je suis encore près de vous. La fin approche, deux épisodes restants, et cette absence de réponse devient un choix narratif. L’enjeu ne semble plus être la résolution d’un complot, mais l’exposition d’une complexité : être artificiel ne protège pas des contradictions. Ce qui est frappant, c’est que la série semble renoncer à l’idée même de clarté morale. Le bien, le mal, la loyauté, la trahison : tout se floute. Et dans ce brouillard, le regard de Murderbot reste le plus lisible. Non pas parce qu’il est fiable, mais parce qu’il est honnête dans son trouble.
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En somme, l’épisode 8 marque une étape importante. Il creuse l’ambivalence amorcée dans les épisodes 6 et 7, et refuse la catharsis attendue. L’action ralentit, la parole domine, le silence pèse. Le récit devient presque contemplatif. Et si l’on en ressort moins sûr de ce que Murderbot est, c’est sans doute le signe que la série est en train de toucher quelque chose de plus essentiel que le suspense : une véritable exploration de l’altérité.
Note : 7.5/10. En bref, l’épisode 8 marque une étape importante. Il creuse l’ambivalence amorcée dans les épisodes 6 et 7, et refuse la catharsis attendue.
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