24 Mai 2025
Murderbot // Saison 1. Episode 3. Risk Assessment.
Murderbot continue son exploration d’un univers où la technologie n’est pas toujours synonyme de progrès. Après deux épisodes qui posaient les bases de ce monde brutal, le troisième volet, intitulé « Risk Assessment », poursuit l’histoire tout en creusant davantage les tensions entre les personnages et l’étrangeté du regard porté sur cette entité cybernétique qu’est Murderbot. Un épisode qui, sous des airs de mission basique, dévoile surtout des failles humaines dérangeantes, en particulier à travers les comportements des personnages secondaires. L’intrigue, à première vue, semble simple : une expédition humaine a disparu des radars sur cette planète inhospitalière, et la petite équipe de scientifiques naïfs décide de partir à leur recherche.
C’est une décision prise contre l’avis des deux seuls êtres capables de réfléchir rationnellement à la situation : Murderbot et Gurathin. Le contraste est saisissant entre les élans émotionnels de l’équipe et le pragmatisme froid du SecUnit, dont l’avis est pourtant le plus pertinent dans cet environnement potentiellement mortel. La mission dégénère rapidement lorsque Murderbot, envoyé en reconnaissance, découvre l’horreur laissée derrière : des corps, des restes d’une attaque, et un autre robot de sécurité prêt à le neutraliser. L’affrontement entre ces deux machines, brèves secondes d’action pure, contraste avec la lente montée de tension psychologique qui infuse l’épisode.
Une fois le combat terminé, l’épisode révèle un rebondissement troublant : Murderbot est lui-même sous le coup d’un contrôle externe, un piège dans lequel il est tombé presque malgré lui. Mais au-delà de l’action, ce sont surtout les interactions entre les personnages qui marquent cet épisode. Difficile de ne pas ressentir un certain agacement en observant les dynamiques au sein de l’équipe scientifique. Ratthi, en particulier, incarne à lui seul tout ce qu’il peut y avoir de pesant dans une certaine posture de « gentil gars » : sous couvert de bienveillance, ses remarques dégagent une aura d’insécurité et de passivité agressive qui finit par le rendre insupportable.
Son attitude, faussement attentionnée mais profondément agaçante, devient une source de tension constante, rendant presque souhaitable de le voir avalé par une créature alien. La série ne s’embarrasse pas d’enjoliver ces personnages. Chacun porte en lui des contradictions, des maladresses ou des comportements qui mettent en lumière la difficulté à coexister avec une intelligence artificielle comme Murderbot. Arada, avec ses cadeaux absurdes (un carillon ridicule pour « faire plaisir »), illustre cette tendance humaine à projeter des besoins et des attentes sur une entité qui n’en a tout simplement pas.
Gurathin, quant à lui, représente un autre type de malaise : celui de l’homme qui sait, qui comprend ce qu’est réellement un SecUnit, et qui, par instinct de survie, perçoit la machine comme une menace latente, même lorsqu’elle tente de s’intégrer. Ces projections constantes sur Murderbot soulignent à quel point les humains peinent à concevoir une intelligence artificielle qui leur échappe. Ils la réduisent à des schémas simples : une machine doit être soit une menace, soit un outil, mais certainement pas un être complexe doté de pensées et de désirs propres. Ce décalage entre la réalité intérieure de Murderbot et l’image que les autres se font de lui est au cœur des tensions dramatiques de l’épisode.
Dans ce tableau, Mensah se distingue comme une figure ambiguë. À la fois leader bienveillante et femme de pouvoir, elle alterne entre douceur et fermeté. Lorsqu’elle donne des ordres directs à Murderbot, sa voix reste posée, presque trop calme. Mais ces directives ne sont jamais anodines : elles rappellent à quel point le contrôle exercé sur Murderbot est permanent, même si celui-ci essaie de l’ignorer. Mensah semble sincère dans sa volonté de traiter Murderbot comme un « autre » digne de considération. Pourtant, sa posture révèle un paradoxe : elle incarne cette humanité qui veut bien ouvrir les bras à l’altérité, à condition de conserver le pouvoir de la réprimer si nécessaire.
C’est une dynamique subtile, mais cruciale : la bienveillance affichée de Mensah est toujours teintée de cette menace latente qu’est la capacité d’émettre des ordres irrévocables. L’épisode joue habilement sur ce fil ténu, en montrant que même une personne comme Mensah, a priori intelligente et empathique, n’échappe pas à la tentation d’imposer sa volonté sur ce qu’elle ne comprend pas totalement. L’un des moments les plus dérangeants de l’épisode se déroule en parallèle de la mission principale. Murderbot, en utilisant ses capteurs, observe à distance les membres de l’équipe restés au campement. Ce qu’il découvre est à la fois trivial et profondément révélateur : Gurathin, rongé par sa propre solitude, pénètre dans la chambre de Mensah et s’abandonne à un geste à la fois triste et dérangeant.
Le voir humer l’oreiller de Mensah, en quête d’un réconfort inaccessible, expose brutalement la misère intérieure d’un homme coincé dans un environnement où la communication est faussée, où les pulsions les plus humaines se manifestent sous des formes maladroites, voire pathétiques. Ce genre de scène illustre parfaitement ce que Murderbot semble incapable de comprendre : les humains, dans leur chaos émotionnel, sont des êtres imprévisibles et souvent peu rationnels. Le regard distant, presque analytique de Murderbot sur ces comportements ajoute une couche de malaise : la machine perçoit une menace là où il n’y a que tristesse ou frustration, incapable d’interpréter pleinement les nuances des comportements humains.
Dans « Risk Assessment », le danger n’est pas toujours là où l’on croit. Bien sûr, il y a la menace tangible des ennemis extérieurs, des SecUnits incontrôlables, et des pièges laissés par des mains invisibles. Mais l’épisode insiste sur un autre type de menace, plus insidieuse : celle des émotions humaines refoulées, des désirs non exprimés, des frustrations qui s’accumulent. La scène du polycule naissant entre Ratthi, Arada et Pin-Lee frôle l’absurde, et ce n’est pas la réplique sèche de Murderbot sur le fait qu’il ne peut pas vomir qui va rétablir la gravité de la situation. Ces moments sont à la fois comiques et tristes, car ils montrent à quel point les humains peuvent s’empêtrer dans des interactions futiles, même au cœur du danger.
Trois épisodes plus tard, Murderbot persiste à montrer cette tension entre le danger physique qui rôde et l’absurdité des comportements humains qui l’accompagnent. L’ironie est omniprésente : Murderbot, censé être un tueur froid, se révèle paradoxalement plus stable et plus « fonctionnel » que les humains qui l’entourent. Il y a une forme d’humour noir dans cette observation, comme lorsque Murderbot reste silencieux face aux discussions insipides ou aux tentatives maladroites des membres de l’équipage pour créer du lien. Ces scènes, parfois trop caricaturales, révèlent néanmoins une vérité : la machine voit clair dans le chaos humain, mais ne sait pas comment y réagir autrement qu’en se tenant à distance, ou en intervenant seulement lorsque la survie est en jeu.
Malgré son apparence de machine impassible, Murderbot laisse transparaître des fragments d’émotions, souvent trahis par des détails subtils : un regard qui s’attarde, un geste d’agacement, une fixation excessive sur un détail. Alexander Skarsgård incarne cette complexité avec une retenue qui évite l’excès. Sa voix, parfois monocorde, parfois légèrement sarcastique, donne au personnage une épaisseur qui contraste avec la vacuité de certaines figures humaines. Cette dynamique, où la machine devient paradoxalement le miroir des faiblesses humaines, reste l’un des atouts majeurs de la série. Si certains personnages secondaires peinent à convaincre et restent trop stéréotypés, le duo Murderbot/Gurathin continue d’apporter une profondeur bienvenue.
La méfiance glaciale de Gurathin, sa peur presque viscérale face à une machine qui refuse de se conformer aux attentes, donne lieu à des moments de tension intéressants. Ce troisième épisode de Murderbot ne brille pas forcément par la richesse de son intrigue, mais il réussit à creuser un peu plus les thématiques qui rendent cette série intrigante : la peur de l’inconnu, l’incapacité à comprendre l’Autre, et le malaise généré par des relations humaines complexes. Murderbot, en refusant de se plier aux cases préétablies, devient le catalyseur de tous ces questionnements. Une machine qui regarde, qui observe, mais qui reste enfermée dans sa propre logique, incapable de saisir pleinement les nuances de l’émotion humaine, tout en en étant le témoin ironique.
Note : 6.5/10. En bref, un épisode qui laisse un goût étrange : celui d’un monde où les humains, avec toute leur fragilité, sont à la fois le plus grand danger et leur propre pire ennemi. Murderbot continue d’explorer cette tension, et c’est sans doute là que réside son intérêt principal.
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