Critique Ciné : Buffalo Kids (2025)

Critique Ciné : Buffalo Kids (2025)

Buffalo Kids // De Juan Jesús García Galocha et Pedro Solis García. Avec la voix de Aaricia Dubois, Alisha Weir et Arthur Dubois.

 

Le western a longtemps été un genre réservé aux adultes, avec ses cow-boys solitaires, ses duels au soleil et ses paysages désertiques traversés par des chevaux fatigués. Avec Buffalo Kids, Pedro Solís et Juan Jesús García Galocha s’attaquent à ces mythes pour les transformer en une aventure accessible aux plus jeunes. Un pari audacieux qui cherche à conjuguer divertissement familial, représentation du handicap et hommage au cinéma classique. Malheureusement, si les intentions sont louables, le résultat laisse une impression mitigée. Buffalo Kids raconte l’histoire de Mary et Tom, deux enfants orphelins fraîchement débarqués d’Irlande dans une Amérique du début du XXe siècle. 

 

Au début du XXème siècle, deux orphelins irlandais, Mary et Tom, traversent les Etats-Unis à la recherche de leur oncle. Sur leur route, ils croiseront autant de méchants que de héros.

 

Leur objectif est simple : retrouver leur oncle en Californie, seul espoir d’un avenir meilleur dans ce pays aussi vaste qu'inconnu. Rapidement, ils croisent la route de Nick, un jeune garçon en fauteuil roulant, mutique, mais dont la présence silencieuse va transformer ce voyage initiatique en une aventure inattendue. L’univers visuel du film ne manque pas d’intérêt. Les décors évoquent immédiatement l’imaginaire collectif du Far West : des plaines dorées, des montagnes majestueuses, des locomotives à vapeur et des petits villages poussiéreux. Tout est là, soigneusement reconstitué dans une animation CGI colorée, au design rétro qui semble tout droit sorti des premières consoles de jeux vidéo. 

 

Pour ceux qui ont grandi avec les adaptations animées de Lucky Luke, l’esthétique de Buffalo Kids réveillera sans doute un brin de nostalgie. Mais au-delà de ses décors et de ses choix graphiques, le film se distingue par un élément rare dans le cinéma d’animation : la représentation du handicap. Nick, inspiré du fils de l’un des réalisateurs, est un personnage atypique dans un récit qui aurait pu facilement tomber dans le cliché. Sa condition n’est jamais le centre de l’histoire. Elle est là, tout simplement, traitée avec une normalité qui détonne dans un genre souvent prompt aux raccourcis émotionnels. Il ne parle pas, ne marche pas, mais il existe dans le groupe comme un membre à part entière. 

 

Ce choix mérite d’être salué tant il reste encore rare, même en 2025, de voir des films pour enfants où la différence est acceptée sans être dramatisée. Buffalo Kids suit une structure narrative classique : les héros doivent traverser un territoire hostile pour atteindre un but lointain. L’épopée est ponctuée d’étapes obligées : attaque de train, rencontre avec des bandits, traversée de paysages sauvages, jusqu’au climax final dans une mine d’or exploitée par des hors-la-loi à la morale douteuse. Cette dernière séquence, visuellement inspirée des aventures d’Indiana Jones, marque cependant un coup d’arrêt au rythme du film. Là où le début promettait un récit simple et dynamique, le dernier acte s'enlise dans des sous-intrigues qui alourdissent inutilement l’ensemble.

 

La galerie de personnages secondaires n’échappe pas aux archétypes du western : le vilain en chapeau noir digne d’un John Carradine, les indiens Cheyennes bienveillants (enfin débarrassés des stéréotypes racistes qui ont longtemps pollué le genre), les bandits moustachus et les braves paysans. Rien de surprenant ici. Pourtant, quelques touches d’humour et de tendresse viennent égayer le parcours, comme la présence d’un petit chien espiègle ou l'utilisation de stratégies farfelues pour échapper à leurs poursuivants. Quelques clins d’œil cinéphiles disséminés çà et là – de Titanic à Taxi Driver – tenteront de capter l’attention des parents accompagnateurs. Malgré ses qualités, Buffalo Kids peine à véritablement captiver sur la durée. 

 

Si les enfants pourront sans doute y trouver leur compte avec des scènes d’action gentiment rythmées et des personnages facilement identifiables, l’ensemble reste trop sage pour séduire au-delà de ce public ciblé. Le scénario, bien que parsemé de bonnes intentions, se révèle prévisible, sans véritable enjeu dramatique marquant. Chaque péripétie semble calquée sur la précédente, et la progression narrative manque d’une montée en tension suffisante pour maintenir l’attention des spectateurs plus aguerris. L’autre faiblesse du film réside dans son absence de véritable émotion forte. Tout est feutré, lissé, comme si la volonté de ne choquer personne finissait par étouffer la possibilité même de toucher. La musique, pourtant signée Fernando Velázquez, oscille entre les thèmes celtiques et les envolées lyriques sans jamais marquer durablement l’esprit. 

 

C’est un film qui avance sans heurt, mais sans frisson non plus. Cependant, impossible de nier que Buffalo Kids véhicule des valeurs positives. L’entraide, la résilience, le respect des différences y sont traités avec douceur et bienveillance. C’est aussi un film qui rappelle qu’au-delà des obstacles visibles, c’est souvent l’amitié et la solidarité qui permettent d’avancer. Ce message, simple mais sincère, constitue sans doute la meilleure raison de le recommander aux jeunes spectateurs. D’un point de vue technique, le film témoigne d’un savoir-faire certain. Entièrement conçu en télétravail, il prouve une fois de plus que l’animation européenne est capable de rivaliser avec les géants américains sur le plan visuel, même si l’écriture pêche encore par excès de prudence. 

 

On est loin des envolées créatives d’un Wallace & Gromit ou de l’intelligence émotionnelle d’un Pixar. Ici, l’objectif semble plutôt d’offrir une parenthèse divertissante et accessible. Buffalo Kids ne révolutionne donc ni le western, ni le film d’animation. Il s’inscrit dans cette catégorie de films honnêtes, plaisants sans être mémorables, portés par des intentions nobles mais desservis par une écriture trop convenue. Reste cette image d’enfants avançant coûte que coûte, même lorsque la route se fait sinueuse. Une métaphore qui, elle, résonne bien au-delà de l’écran. 

 

Au final, Buffalo Kids s’adresse avant tout aux plus jeunes, qui pourront y découvrir une première approche du western tout en bénéficiant d’une vision positive de la différence. Pour les adultes, il s’agira d’un moment de cinéma sans surprise, ni génie, mais non dénué de charme. Un film qui mérite d’exister, même s’il ne laissera pas une empreinte durable dans la mémoire collective.

 

Note : 5.5/10. En bref, un western d’animation entre aventure enfantine et quête intérieure.

Sorti le 9 juillet 2025 au cinéma

 

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