Critique Ciné : Dix pour cent, le film (2026, Netflix)

Critique Ciné : Dix pour cent, le film (2026, Netflix)

Dix pour Cent, le film // De Émilie Noblet. Avec Camille Cottin, Thibault de Montalembert et Nicolas Maury.

 

Dix pour Cent et moi, c’est une histoire d’amour un peu tardive. J’ai découvert les aventures des agents d’ASK pendant les confinements, en me faisant un énorme rattrapage des premières saisons. J’ai mis un peu plus de temps à regarder la saison 4, mais quand Netflix a annoncé l’arrivée de Dix pour Cent, le film, mon attention s’est direct réveillée. Retrouver Andréa, Mathias, Gabriel, Camille, Hervé et tout le reste de la bande du cinéma français, c’était franchement tentant. Après plusieurs années de pause, l'idée de prolonger l'aventure avec un format long métrage tenait la route. Malheureusement, après le générique de fin, je garde surtout l’impression d’un vrai rendez-vous manqué.

 

Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.

 

Le casting ne pose aucun problème. Les acteurs connaissent leurs rôles sur le bout des doigts et se donnent à fond. Le problème vient d'ailleurs : tout ce qui faisait le piment de la série originale semble être resté au vestiaire. Revoir la bande ne suffit pas à faire un bon film. L'histoire catapulte nos agents préférés dans une nouvelle galère au milieu d’un tournage qui part complètement en vrille. Andréa tente de gérer la réalisation d'un projet bancal pendant que les autres essaient d'exister à côté. Sur le papier, le pitch coche toutes les cases habituelles : du chaos sur les plateaux, des histoires de gros sous, des caprices de comédiens et des caméos de stars de notre cinéma. Tout l'ADN d'origine est censé être présent.

 

Sauf que dans les faits, la sauce ne prend plus du tout. Le plaisir de les revoir tourne vite à vide parce qu'il repose uniquement sur la nostalgie. Au lieu de voir des figures qu'on a regardé grandir pendant quatre saisons, on se retrouve avec des versions simplifiées, presque caricaturales de la bande. Tout ce qui les rendait humains et subtils s'est un peu dissipé. Le scénario peine vraiment à tenir la distance. C'est sans doute le plus gros défaut du projet. Une série peut étaler ses intrigues sur six heures, installer des tensions et prendre le temps de raconter les choses. Le film cherche à tout faire tenir en un peu plus d'une heure et demie, et ça coince. Les histoires secondaires coupent le rythme au lieu d'alimenter l'intrigue principale.

 

L'ensemble manque d'énergie et de liant. Certaines scènes s'étirent inutilement, puis tout s'accélère subitement sans grande cohérence. Pour être tout à fait honnête, j'ai surpris mes yeux à vérifier l'heure deux ou trois fois. Et quand une comédie censée être piquante vous donne envie de regarder combien de temps il reste avant la fin, c'est généralement mauvais signe. L'autre grande absente de cet épisode, c'est l'élégance. Dix pour Cent, ce n'était pas juste un enchaînement de vannes et de guests connues. C'était aussi un univers visuel très marqué : le Paris chic, le quotidien dans les locaux d'ASK, les soirées de prestige, les palaces et l'ambiance calfeutrée des coulisses du spectacle. 

 

Il y avait un côté brillant qui faisait rêver, même au milieu du cynisme des affaires. Ici, cette ambiance a totalement disparu. Une grande partie du récit prend place dans un décor de tournage en extérieur très banal, sans le moindre prestige. Ce choix aurait pu apporter un peu de fraîcheur, mais il enlève en réalité tout le charme du milieu privilégié qu'on aimait observer. Le monde du cinéma est paradoxalement très peu présent dans cette histoire qui prétend pourtant en parler. Côté comédiens, l'engagement est bien là, mais pas toujours bien canalisé. Camille Cottin apporte toujours autant de ferveur à Andréa, et Thibault de Montalembert garde une vraie prestance dans son rôle de Mathias. En revanche, Laure Calamy en fait beaucoup trop. 

 

Son personnage perd la finesse et la vulnérabilité qui la rendaient si attachante, pour devenir une figure presque épuisante. De son côté, Nicolas Maury manque cruellement à l'écran. Ses apparitions sont trop rares, alors que son timing comique et sa sensibilité apportaient une vraie couleur à l'agence. Quant aux apparitions de célébrités, elles ressemblent davantage à des clins d'œil forcés qu'à de vraies idées de comédie. Au bout du compte, on se demande simplement pourquoi avoir choisi le format cinéma. Un retour sous forme de téléfilm ou de saison courte aurait pu fonctionner, mais un long métrage demande une vraie proposition de cinéma. Ici, je la cherche encore. Le film reprend les ingrédients habituels sans réussir à retrouver l'humour incisif, le charme et la vitesse de la série télévisée. 

 

Tout reste très sage, sans réelle surprise ni véritable émotion. On regarde une sorte d'épisode spécial étiré en longueur, privé des moyens d'un grand projet de cinéma. Ce retour d'ASK laisse un sentiment de gâchis. J'avais envie de ressortir de là avec le sourire, ravi d'avoir partagé un bon moment avec cette équipe. La joie de revoir des visages familiers s'efface vite derrière les manques de l'écriture. La série avait du style, du mordant et une identité très forte. Le film garde les acteurs mais égare la magie en chemin.

 

Note : 3/10. En bref, c’est toujours frustrant quand un univers qu'on aime revient sans avoir grand chose à raconter. Ce long métrage ressemble à une réunion d'anciens élèves sympathique sur le tournage, mais pas à une création indispensable. L'esprit d'ASK est malheureusement resté bloqué au niveau de la saison 4.

Sorti le 10 septembre 2026 directement sur Netflix

 

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