24 Juillet 2025
Finalement // De Claude Lelouch. Avec Kad Merad, Elsa Zylberstein et Michel Boujenah.
Claude Lelouch revient, à 87 ans passés, avec Finalement, une œuvre à la fois introspective, bordélique, généreuse et désuète. Un film qui, tout au long de ses 127 minutes, prend l’allure d’un carnet de souvenirs filmé à l’arrache, avec l’énergie sincère d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver, mais beaucoup à revivre. Loin de proposer un récit structuré ou une narration fluide, Lelouch préfère multiplier les pistes, quitte à les abandonner sans les explorer. Finalement n’est pas tant un film qu’un état d’esprit, une errance mélancolique au cœur d’un cinéma en sursis. Tout commence avec Lino (Kad Merad), musicien fatigué, père de famille à bout de souffle, qui décide un jour de tout plaquer.
Dans un monde de plus en plus fou, Lino, qui a décidé de tout plaquer, va se rendre compte que finalement : tout ce qui nous arrive, c’est pour notre bien !
Il jette son téléphone dans un ruisseau et entame une sorte de fugue à travers la France. De la Bourgogne à Paris en passant par la Normandie ou l’Occitanie, le personnage part à la rencontre d’inconnus auxquels il confie, avec un ton souvent énigmatique, des fragments de vie qui pourraient être les siens… ou pas. À travers ces confessions parfois troublantes, il semble chercher quelque chose : un sens, une vérité, ou peut-être juste un moment de respiration. C’est ce flou, volontaire ou non, qui devient la colonne vertébrale du film. Lino est-il un mythomane ? Un homme malade qui tente de faire la paix avec lui-même ? Un simple musicien en crise ? Lelouch ne tranche jamais. Il préfère laisser le doute s’installer, quitte à parfois perdre le spectateur dans cette mosaïque d’histoires et de sensations.
Kad Merad, qu’on attendait peut-être moins dans ce registre, s’en sort avec une vraie implication. Il donne à Lino une douceur et une forme de lassitude touchante, oscillant entre le burlesque discret et la fragilité sincère. Il erre d’un décor à l’autre, dans un road-trip qui ne dit jamais clairement ce qu’il cherche. Il y a dans ce personnage une humanité bancale, renforcée par les rencontres souvent fugaces qu’il fait sur sa route. Lelouch ne lésine pas sur la distribution : Elsa Zylberstein, Michel Boujenah, Barbara Pravi, Sandrine Bonnaire, François Morel… Tout ce beau monde passe à l’écran, parfois pour quelques minutes seulement, dans un film qui ressemble plus à un album de polaroïds qu’à un récit cohérent. Certains passages fonctionnent, d’autres tombent à plat, mais cette diversité crée un rythme organique, imprévisible.
Ce qui frappe le plus dans Finalement, c’est à quel point le film regarde dans le rétroviseur. Lelouch semble plus préoccupé par son passé de cinéaste que par les enjeux contemporains. Il cite ses anciens films (de La Bonne Année à L’Aventure c’est l’Aventure), recycle des séquences, convoque des fantômes de cinéma… On pourrait parler d’autocitation, ou même d’auto-célébration. La nostalgie est partout, presque lourde, et laisse peu de place à la nouveauté. Ce procédé peut séduire les fidèles du réalisateur, ceux qui connaissent sa filmographie sur le bout des doigts et qui retrouveront ici ses obsessions habituelles : le hasard, les rencontres, les dialogues sur l’amour et le destin, le goût du patchwork narratif.
Mais pour les autres, l’exercice peut vite tourner à vide. Le film donne parfois l’impression d’un inventaire un peu vain, d’un hommage que le cinéaste se rend à lui-même sans véritable souci de transmission. Côté mise en scène, Lelouch reste Lelouch. La caméra est toujours en mouvement, souvent portée à l’épaule, captant les visages, les paysages, les instants volés. L’image est soignée, parfois même élégante. Certaines séquences – un lever de soleil sur une route déserte, une scène musicale improvisée dans un bistrot – dégagent une vraie poésie. Mais cette qualité formelle ne suffit pas à combler les faiblesses structurelles. Le film navigue entre les genres sans jamais s’ancrer : comédie dramatique, film musical, drame existentiel, portrait de société…
Finalement tente beaucoup de choses, mais ne va jamais au bout d’aucune. La narration éclatée, les digressions permanentes, les dialogues parfois verbeux (voire creux), finissent par fatiguer. S’il y a un élément qui tire Finalement vers le haut, c’est sa musique. La bande originale signée Ibrahim Maalouf, riche, sensible et inspirée, apporte une dimension émotionnelle qui manque parfois à l’image. Les compositions habillent les errances de Lino, donnent une cohérence aux scènes éparses, et rappellent à plusieurs reprises que Lelouch reste un metteur en scène de rythme et de souffle. Les chansons de Barbelivien, plus anecdotiques, s’inscrivent dans cette volonté de créer un film presque musical, où les ruptures de ton deviennent des respirations poétiques.
Finalement laisse un goût étrange. D’un côté, le film semble confus, mal ficelé, presque improvisé par endroits. De l’autre, il transpire une sincérité désarmante. Il y a quelque chose d’émouvant à voir Claude Lelouch filmer encore, se réapproprier ses souvenirs, refuser le repos, insister sur le droit à l’imperfection. Ce film est peut-être un testament. Ou peut-être pas. Lelouch lui-même semble hésiter : le générique final évoque déjà une suite. Il y a chez lui une énergie de dernier tour de piste qui se confond avec une forme de boucle infinie. Finalement, comme son titre l’indique presque ironiquement, n’est pas une conclusion, mais un nouveau chapitre – flou, hésitant, mais encore vivant.
Ce long-métrage ne plaira pas à tout le monde. Il déconcerte, il agace parfois, il émeut aussi. Il témoigne d’un cinéma en fin de cycle, porté par un auteur qui préfère le geste à la rigueur, le collage au scénario, la liberté au cadre. Ce n’est pas un film maîtrisé, mais c’est un film habité. Et c’est peut-être ça, finalement, qui fait la différence.
Note : 5/10. En. Bref, Finalement laisse un goût étrange. D’un côté, le film semble confus, mal ficelé, presque improvisé par endroits. De l’autre, il transpire une sincérité désarmante. Il y a quelque chose d’émouvant à voir Claude Lelouch filmer encore, se réapproprier ses souvenirs, refuser le repos, insister sur le droit à l’imperfection.
Sorti le 13 novembre 2024 au cinéma - Disponible en VOD
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