Critique Ciné : Off the Grid (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Off the Grid (2025, direct to SVOD)

Off the Grid // De Johnny Martin. Avec Josh Duhamel, Greg Kinnear et Peter Stormare. 

 

Le cinéma de genre, quand il est bien exécuté, repose souvent sur un équilibre délicat entre tension, rythme, et un soupçon de crédibilité. Off the Grid semblait cocher les bonnes cases sur le papier : un héros perdu dans une course contre la montre, une menace insaisissable, des paysages isolés qui promettent un décor propice au suspense. Pourtant, à l’écran, le film prend une tout autre direction, vacillant constamment entre série B maladroite et pastiche involontaire de ses propres références. Derrière sa façade de survival-thriller, Off the Grid est un film qui ne parvient jamais à choisir quel ton adopter ni quel univers embrasser. Le résultat est un long-métrage brouillon, aux scènes interminables, peuplé de personnages inconsistants et ponctué de choix de mise en scène pour le moins douteux.

 

Un scientifique vole une expérience et se cache en Europe pour éviter qu'elle ne soit utilisée comme arme. Son ancien partenaire de recherche est envoyé pour le localiser.

 

Le scénario, dès les premières minutes, semble fonctionner selon une mécanique familière : un homme seul, une menace qui le traque, un territoire hostile, et une série de confrontations censées faire monter la tension. En théorie, ça fonctionne. Mais ici, le schéma se répète ad nauseam : course, cachette, confrontation, fuite… et rebelote. Ce cycle sans surprise épuise rapidement l’intérêt. L’intrigue ne progresse jamais, elle piétine. Le film semble vouloir mélanger les influences sans jamais comprendre ce qui faisait la force de ces fameuses influences. Le héros, ingénieur de formation, se transforme en soldat improvisé, enchaînant les improvisations de fortune avec un aplomb qui frôle l’absurde. Aucun élément narratif ne justifie cette transformation. 

 

Cela aurait pu être ludique ou second degré, mais ici, c’est juste invraisemblable. Parlons de l’éléphant au milieu du désert : le méchant. Interprété par Ricky Russert, il peine à instaurer la moindre menace crédible. Il oscille entre caricature et jeu outré, comme s’il cherchait à imiter une figure gothique à la Brandon Lee, mais sans jamais trouver le ton juste. Son allure (longs cheveux gras, démarche improbable) et son jeu trop appuyé transforment chaque scène en moment de gêne. Il ne suscite ni peur, ni fascination, juste un agacement constant. Son personnage aurait pu fonctionner dans un autre registre – peut-être dans une série pour adolescents cherchant un méchant de cartoon – mais dans un thriller supposé sérieux, il détonne. 

 

Chaque apparition du vilain provoque un décrochage immédiat, et son omniprésence devient rapidement le principal défaut du film. Il est rare qu’un acteur seul affaiblisse un projet entier, mais ici, c’est malheureusement le cas. Face à cela, les autres acteurs essaient tant bien que mal de maintenir le navire à flot. Josh Duhamel, dans le rôle du protagoniste, livre une prestation honnête, bien que limitée par un scénario qui ne lui donne jamais l’opportunité de développer son personnage. Il joue juste, mais sans éclat. Son arc narratif manque de consistance, et son passé est à peine esquissé, ce qui rend ses décisions souvent incohérentes. Greg Kinnear fait une brève apparition notable, et Peter Stormare, fidèle à lui-même, tente d’apporter un peu de relief. Ils sont tous deux sous-exploités, relégués à des seconds rôles anecdotiques. 

 

C’est frustrant de voir des comédiens de cette trempe cantonnés à des scènes plates et sans tension dramatique. Sur le plan visuel, Off the Grid essaie de masquer ses faiblesses en multipliant les effets. Shaky cam, ralentis inutiles, angles forcés : la caméra semble chercher désespérément à donner du style à une action qui en manque cruellement. Mais ces effets ne font que souligner la vacuité du propos. Au lieu d’amplifier la tension, ils la noient. Il y a pourtant quelques belles tentatives, notamment dans l’utilisation des décors naturels. Les paysages sont vastes, parfois hostiles, et auraient pu être un atout majeur. Malheureusement, ils ne sont jamais pleinement exploités. L’isolement du héros n’est pas ressenti, les lieux ne racontent rien, et les enjeux restent flous.

 

Le film souffre également d’un dialogue désespérément rigide. Les échanges sont souvent creux, les punchlines tombent à plat, et les scènes supposément émotionnelles sonnent faux. Il manque une direction claire, un ton assumé. Est-ce un survival ? Un film d’action avec une touche de western moderne ? Une chronique désenchantée ? Rien n’est tranché, et ce flou constant empêche toute immersion. Quant au rythme, il est étonnamment lent. Malgré une durée raisonnable, Off the Grid donne l’impression de traîner sur trois heures. Le montage manque de nerf, et les scènes s’éternisent sans but. Les enjeux sont posés, puis oubliés, les personnages apparaissent et disparaissent sans explication.

 

Il y avait pourtant de la matière. L’idée d’un homme ordinaire confronté à un adversaire implacable, dans un décor hostile, reste un ressort narratif efficace. Mais ici, tout est mal dosé : le suspense est plat, l’action peu lisible, et l’émotion absente. Le film échoue à créer de l'attachement, à faire exister ses personnages au-delà des archétypes. Ce n’est pas un désastre total, mais c’est une œuvre qui semble constamment se battre contre elle-même. Le résultat est un film qui aurait pu divertir, mais qui finit par agacer. Off the Grid, réalisé avec une ambition visible mais une exécution maladroite, est un thriller de survie qui promet beaucoup mais livre peu. 

 

Malgré un casting solide (Josh Duhamel, Greg Kinnear, Peter Stormare), le film est plombé par une narration répétitive, une mise en scène confuse et une performance de Ricky Russert qui sort du cadre. Le mélange d’influences n’est jamais digéré, et le résultat oscille entre le soap opera et la série B sans parvenir à convaincre. À voir uniquement si l’on est curieux de constater ce que devient un bon concept mal exploité.

 

Note : 2/10. En bref, malgré un casting solide, le film est plombé par une narration répétitive et une mise en scène confuse. Le mélange d’influences n’est jamais digéré, et le résultat oscille entre le soap opera et la série B sans parvenir à convaincre. 

Prochainement en SVOD en France

 

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