Critique Ciné : Rust (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Rust (2025, direct to SVOD)

Rust // De Joel Souza. Avec Alec Baldwin, Frances Fisher et Patrick Scott McDermott.

 

Le western est un genre cinématographique à part. Porté par des légendes, chargé d’imaginaires épiques et de paysages arides, il exige un souffle, une rigueur et surtout une vision. Rust, le film réalisé par Joel Souza avec Alec Baldwin en tête d’affiche, tente de s’inscrire dans cette tradition. Malheureusement, l’ambition ne suffit pas à faire vibrer les grandes plaines, et ce long-métrage au goût de poussière et de regret peine à trouver sa place dans la mythologie du Far West. L’intrigue de Rust repose sur un canevas assez classique : un garçon de 13 ans, orphelin, tire sur un homme venu sur ses terres. Promis à la pendaison, il est sauvé in extremis par un homme qui se révèle être son grand-père. Ensemble, ils prennent la route vers le Mexique, traqués par des chasseurs de primes. 

 

Harland Rust est un hors-la-loi célèbre dont la tête est mise à prix depuis des années. Quand son petit-fils, Lucas, 13 ans, est reconnu coupable d'un meurtre et condamné à la pendaison, Rust se rend au Kansas pour l'aider. Les deux fugitifs vont devoir échapper au maréchal Wood Helm et à l'impitoyable chasseur de primes Fenton "Preacher" Lang qui sont à leurs trousses..

 

Sur le papier, la trame a des airs de road-movie poussiéreux avec une dynamique intergénérationnelle qui aurait pu faire mouche. Mais très vite, le récit s'enlise. Non pas parce qu’il est fondamentalement mal raconté, mais parce qu’il n’apporte rien de neuf, ni dans sa construction ni dans son traitement. L’histoire se répète, tourne en boucle, et finit par s’essouffler. L'impression de déjà-vu s’installe. On a souvent vu ce duo improbable – l’enfant et le vieux guerrier – partager une route jonchée d’obstacles, mais ici, leur voyage manque d’enjeu, de tension et surtout d’émotion. Il est difficile, voire impossible, de parler de Rust sans évoquer le drame qui a frappé son tournage : la mort tragique de la directrice de la photographie Halyna Hutchins, tuée par une arme censée être factice. 

 

Cette tragédie plane sur le film comme une ombre. Chaque plan, chaque travelling, chaque jeu de lumière semble rappeler ce qui a été perdu. Ironie cruelle, c’est sans doute l’aspect visuel du film qui ressort le plus. La photographie, soignée, propose quelques belles compositions baignées de lumière dorée ou filtrées par la poussière des plaines. Mais même là, difficile de s’enthousiasmer pleinement. L’image est jolie, oui, mais elle est hantée. Le résultat donne un film qui ressemble à un monument funèbre plus qu’à une œuvre vivante. L’esthétique sépia, les plans contemplatifs, le rythme alangui… tout cela pourrait former un hommage respectueux, mais il en ressort surtout une impression de lenteur désabusée.

 

Rust a beau emprunter tous les codes du genre – chevaux, saloons, chapeaux, fusils – il ne parvient jamais à leur insuffler une âme. Les dialogues s’éternisent autour de feux de camp, les échanges sont trop souvent écrits sans urgence ni profondeur. La relation entre le garçon et son grand-père reste en surface, et Alec Baldwin, censé incarner ce mentor rongé par le passé, offre une performance morne, presque absente. Côté casting, les seconds rôles sont tenus par des comédiens solides – Jake Busey, Frances Fisher, Xander Berkeley, Travis Fimmel – mais aucun ne parvient à imprimer sa marque. Ce n’est pas faute de talent, mais le scénario ne leur donne pas grand-chose à défendre. Les personnages manquent d’épaisseur, d’histoire, d’intention.

 

Joel Souza choisit une réalisation sobre, presque effacée. Il alterne entre caméra à l’épaule et plans fixes, dans un style qui évoque parfois un téléfilm vintage. Le problème, c’est que ce dépouillement visuel n’est jamais compensé par une montée en tension ou une vraie direction d’acteurs. Le film s’étire sur plus de deux heures, et rien ne justifie vraiment cette durée. Certaines scènes semblent faire du surplace, d’autres sont là sans réelle fonction narrative. Le rythme est lent, parfois désespérément, au point de faire perdre l’intérêt du spectateur, même bienveillant. Certains choix esthétiques intriguent : des séquences volontairement sous-exposées, une colorimétrie terne, des visages à peine visibles. 

 

Cela pourrait renforcer l’atmosphère crépusculaire du récit, mais cela accentue surtout une impression d’opacité. On regarde Rust comme à travers une vitre poussiéreuse : on devine les intentions, mais elles ne traversent jamais l’écran. Ce qui frappe le plus, au fond, c’est ce paradoxe : Rust est un film sur la fuite, le danger, la survie, mais il ne fait jamais ressentir le moindre frisson. Il n’y a pas de souffle, pas de peur, pas de passion. Même la violence, pourtant partie prenante du genre, reste discrète, presque timide. Les rares séquences d’action sont expédiées, sans tension ni adrénaline. C’est un western qui semble avoir peur de se salir les bottes. Cela ne veut pas dire que Rust est un film médiocre en tout point. Il est propre, parfois même élégant. Il propose une certaine vision, même si elle est étouffée par les circonstances. 

 

Mais c’est un film sans élan, sans urgence, sans nécessité. Il aurait pu ne jamais voir le jour et rien n’aurait changé. Au contraire, sa sortie ressemble à une tentative de solder les comptes, de clore un chapitre douloureux. Mais l’œuvre, elle, ne porte pas la charge émotionnelle qu’on aurait pu attendre. Il reste une question en suspens : fallait-il terminer Rust ? Le cinéma est fait d’images et d’histoires, mais aussi de symboles. En poursuivant la production après un drame aussi grave, le film devient presque un objet moral : jusqu’où peut-on aller pour achever un projet ? Qu’est-ce que cela dit sur l’industrie, sur la célébrité, sur la responsabilité ? Difficile de répondre. Mais en tant que spectateur, ce que Rust laisse derrière lui, c’est un goût amer. 

 

Pas seulement en raison du drame, mais parce qu’il ne parvient pas à justifier son existence autrement que par la polémique. Il y a des films qui échouent malgré leur sincérité. Et d’autres qui semblent n’avoir été faits que pour exister. Rust aurait pu être un hommage crépusculaire au western, une plongée intimiste dans l’Amérique des grands espaces et des cicatrices. Il se contente d’être un film correct, figé dans l’ombre de sa propre histoire. On y trouve de belles images, des performances honnêtes, mais aussi beaucoup de silence, d’ennui et une étrange sensation d’inutilité. Ce n’est pas un désastre cinématographique. Ce n’est pas non plus un geste fort. C’est un film fantôme, qui erre entre les souvenirs, les regrets, et les non-dits. Et parfois, cela suffit à rendre une séance de cinéma plus pesante que captivante.

 

Note : 3/10. En bref, Rust aurait pu être un hommage crépusculaire au western, une plongée intimiste dans l’Amérique des grands espaces et des cicatrices. Il se contente d’être un film correct, figé dans l’ombre de sa propre histoire. On y trouve de belles images, des performances honnêtes, mais aussi beaucoup de silence, d’ennui et une étrange sensation d’inutilité.

Prochainement en France

 

Le tournage du western américain Rust, endeuillé par la mort de la directrice de la photo, Halyna Hutchins, tuée par Alec Baldwin d'un tir de revolver accidentel pendant une répétition le 21 octobre 2021, et qui a conduit à un procès contre l’acteur, a repris en avril 2023 après un an d'interruption. 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article