Too Much (Mini-series, 10 épisodes) : une mini-série qui s’éparpille plus qu’elle ne touche

Too Much (Mini-series, 10 épisodes) : une mini-série qui s’éparpille plus qu’elle ne touche

L’arrivée de Too Much sur Netflix m’a intrigué. Une mini-série estampillée Lena Dunham, centrée sur une histoire d’amour transatlantique, avec Megan Stalter en tête d’affiche. J’étais curieux. Pas excité, pas impatient, mais curieux de voir ce que Dunham avait encore à dire sur les relations modernes, une décennie après Girls. Après avoir regardé les dix épisodes, une chose est claire : il y avait matière à raconter quelque chose de sincère, mais le résultat final laisse surtout une impression de dispersion. Beaucoup d’idées, peu de direction, et une volonté manifeste de tout dire, sans vraiment creuser ce qui méritait de l’être. 

 

Jessica, une bourreau de travail new-yorkaise d'une trentaine d'années, suite à une rupture amoureuse, prend un emploi à Londres, où elle prévoit de vivre une vie de solitaire. Jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre du britannique, Felix. Leur lien semble impossible à ignorer, mais les Américains et les Britanniques parlent-ils vraiment la même langue ?

 

Ce qui m’a frappé dès les premiers épisodes, c’est la sensation d’être face à une œuvre très auto-centrée. Il ne s’agit pas ici de juger les intentions de l’autrice, mais Too Much donne l’impression de fonctionner comme une thérapie personnelle mise en images. Le personnage de Jessica, campé par Megan Stalter, semble plus prétexte à des monologues internes qu’à un véritable parcours narratif. Son arrivée à Londres après une rupture catastrophique, ses vlogs adressés à la nouvelle copine de son ex, son errance émotionnelle… tout est montré, mais peu est vécu. Le spectateur reste à distance. Et pourtant, l’intimité est là : les dialogues sont crus, les situations sont intenses, les blessures exposées sans fard. Mais quelque chose cloche. Peut-être parce que l’histoire n’évolue pas vraiment. 

 

On est rapidement enfermé dans une boucle où Jessica répète les mêmes erreurs, sans véritable remise en question. Elle s’effondre, elle s’auto-justifie, elle réagit, mais elle n’agit presque jamais. Will Sharpe, dans le rôle de Felix, apporte un contraste bienvenu. Son jeu est plus sobre, plus intériorisé. Il incarne un personnage dont la complexité n’est révélée que tardivement, ce qui fonctionne plutôt bien dans la structure de la série. Un des rares moments où j’ai vraiment senti une progression émotionnelle, c’est dans l’épisode centré sur son passé familial. Là, Too Much trouve enfin un rythme, une intensité, un enjeu. Malheureusement, ce moment arrive trop tard, presque comme un contrepoids à l’omniprésence de Jessica. La dynamique entre les deux fonctionne par intermittence. 

 

Leur alchimie est palpable par moments, notamment dans l’épisode enfermé dans l’appartement – un huis clos qui aurait gagné à être plus resserré. On y perçoit enfin une sincérité brute, une vraie tension entre désir et incompréhension. Mais ces scènes sont trop rares, noyées dans une narration souvent confuse. Dix épisodes pour raconter cette histoire, c’est long. Trop long, même. Beaucoup de scènes traînent en longueur, donnent l’impression d’être là pour meubler. J’ai eu souvent cette sensation : regarder une conversation qui n’avance pas, écouter un personnage secondaire exposer une pensée sans impact réel sur la suite. Il y a une volonté d’ancrer la série dans un réalisme du quotidien, mais le réalisme ne justifie pas l’ennui. 

 

À trop vouloir montrer les détails de la vie intérieure d’un personnage, la série en oublie de construire une progression dramatique. Autre point qui m’a dérangé : l’abondance de personnages secondaires qui n’apportent pas grand-chose. Certaines apparitions, pourtant prestigieuses (Rhea Perlman, Naomi Watts, Adèle Exarchopoulos, Emily Ratajkowski…), sont trop brèves pour exister réellement. On devine qu’elles ont été pensées comme des respirations, des parenthèses comiques ou dramatiques, mais elles restent superficielles. L’ensemble donne une impression de galerie sans profondeur, à la limite de la caricature, comme si la série voulait cocher toutes les cases des figures sociales actuelles sans s’attarder sur leur substance.

 

Les intrigues en milieu professionnel sont un autre exemple de ce remplissage inutile. Que ce soit dans les bureaux londoniens ou lors des tournages où Jessica travaille, les scènes semblent tirées d’un catalogue Netflix standard : des employés excentriques, des hiérarchies absurdes, des conflits qui n’aboutissent jamais. Rien de neuf, rien de marquant. Visuellement, Too Much manque de personnalité. Il y a bien quelques moments où l’image tente de s’émanciper – un clin d’œil à Grease, une scène costumée à la Bridgerton – mais ils arrivent comme des ovnis dans une mise en scène plutôt neutre. Je m’attendais à retrouver une patte, une signature, une prise de risque visuelle. Ce n’est pas le cas. Le style Netflix domine : plans propres, lumière douce, rien qui dérange, rien qui transcende.

 

Cela pose problème dans une série censée explorer des émotions brutes, des moments de vérité inconfortables. Ce décalage entre le fond et la forme rend certains passages artificiels. On est dans l’intime, mais filmé comme une publicité. Jessica est au centre de tout, mais difficile de s’attacher à elle. Elle est bruyante, instable, souvent injuste avec ceux qui l’entourent. Ce n’est pas un problème en soi : les personnages imparfaits sont souvent les plus intéressants. Mais ici, ses défauts ne sont jamais vraiment confrontés. Elle se lamente, elle exige, elle réagit, mais ne semble jamais questionner son comportement. Le fait qu’elle ait trahi son compagnon à deux reprises ne semble pas réellement peser sur sa conscience. Et pourtant, elle souffre lorsqu’on lui rend la pareille. Cette dissonance crée une distance avec le spectateur.

 

Ce qui me dérange le plus, c’est que la série semble demander de l’empathie pour un personnage qui n’en offre pas beaucoup aux autres. Elle se considère comme incomprise, trop sensible pour le monde qui l’entoure, mais ne fait aucun effort pour comprendre ceux qu’elle blesse. La volonté de traiter des sujets lourds est là : l’addiction, l’avortement, les abus, la reconstruction après une rupture toxique. Mais ces thématiques sont souvent abordées à la va-vite, à travers des scènes isolées, sans réelle intégration dans le parcours global. Cela donne une impression d’accumulation : comme si la série voulait tout inclure, tout dire, au risque de ne rien approfondir.

 

Il y a parfois une émotion sincère, notamment dans les silences, les moments de flottement entre deux personnages. Mais ces moments sont trop espacés, trop noyés dans un flot de bavardages, de situations forcées, de digressions inutiles. Tout n’est pas à jeter. Will Sharpe, encore une fois, apporte une humanité réelle à son personnage. Ses moments de vulnérabilité, notamment lorsqu’il craque devant un film pour enfants, sonnent juste. Il réussit à transmettre des émotions complexes avec peu de mots, ce qui est rare dans cette série souvent trop bavarde. J’ai aussi aimé certains choix musicaux, quelques dialogues bien sentis, et l’idée générale de parler de deux adultes cabossés qui essaient de se reconstruire. 

 

Le potentiel était là. Ce que j’aurais aimé, c’est que la série soit plus ramassée, recentrée sur l’essentiel. Too Much porte bien son nom. Trop de sous-intrigues, trop de personnages secondaires, trop de dialogues creux, trop de pathos mal placé. En voulant tout montrer, la série perd ce qui aurait pu faire sa force : l’émotion sincère, l’intimité, la vérité. Il y a de bonnes idées, de bonnes intentions, mais mal exploitées. Ce que je retiens, c’est surtout une frustration : celle de voir un projet avec un tel potentiel se transformer en une succession de scènes sans impact durable. J’aurais préféré moins de blabla, plus de silence. Moins de personnages, plus de nuances. Moins de posture, plus de profondeur.

 

Note : 4.5/10. En bref, Too Much porte bien son nom. Trop de sous-intrigues, trop de personnages secondaires, trop de dialogues creux, trop de pathos mal placé. 

Disponible sur Netflix

 

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