Critique Ciné : Birthrite (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Birthrite (2025, direct to SVOD)

Birthrite // De Ross Partridge. Avec Alice Kremelberg, Juani Feliz et Jennifer Lafleur.

 

Birthrite, réalisé par Ross Partridge et écrit par Patch Darragh et Erin Gann, suscite l’envie d’y plonger uniquement grâce à son concept de départ et le genre horrifique qu’il couvre (étant personnellement fan de folk horror). Une maison héritée, une lignée mystérieuse, une clinique de fertilité au passé trouble et un couple de femmes cherchant à fonder une famille : tous les ingrédients d’un récit de folk horror étaient réunis. Pourtant, malgré quelques choix intéressants et deux actrices principales investies, le résultat reste fragile, hésitant entre drame psychologique et horreur surnaturelle, sans jamais trouver un équilibre satisfaisant.

 

Une femme enceinte hérite d'une maison de sa tante et y emménage avec sa compagne. Leur enfant à naître est menacé par une ancienne dette karmique liée au passé sombre de la ville.

 

L’histoire suit Wren Collins (Alice Kremelberg), une professeure de piano marquée par un passé douloureux. Après la mort de ses parents dans un incendie et la perte tragique d’une élève alors qu’elle était enseignante, elle hérite de la maison isolée de sa tante Bertie, dont elle ignorait même l’existence. Aux côtés de sa compagne Maya Lopez (Juani Feliz) et de leur chien Simon, elle quitte New York pour s’installer dans cette demeure située en pleine forêt. Ce décor bucolique, familier aux amateurs de films d’horreur ruraux, cache bien entendu des secrets. La maison servait autrefois de clinique de fertilité dirigée par Bertie, spécialiste dans le domaine mais dont la réputation semble entachée par des pratiques occultes. 

 

Wren et Maya, en plein parcours de procréation médicalement assistée, trouvent là un écho troublant à leur propre désir d’enfant. Le film installe ainsi d’emblée une atmosphère lourde, où le passé se mêle au présent. Le spectateur comprend vite que la maternité sera à la fois un espoir et une malédiction pour les héroïnes. Malheureusement, le récit s’effiloche dès que les premières révélations arrivent trop tôt, diluant toute forme de suspense. La mécanique horrifique repose alors sur des visions répétitives, des dialogues explicatifs et des rencontres avec des personnages secondaires qui peinent à donner de la consistance à l’univers. La force de Birthrite réside sans doute dans son duo central. Alice Kremelberg incarne une Wren vulnérable, rongée par la culpabilité et par des troubles anxieux. 

 

Sa fragilité donne de la matière au personnage, même si l’écriture lui impose parfois des réactions convenues. Face à elle, Juani Feliz apporte de la fermeté et un certain ancrage. Le couple qu’elles forment semble authentique, avec ses désaccords, ses gestes tendres et ses silences lourds de sens. Malheureusement, les figures qui gravitent autour d’elles sont esquissées de façon trop superficielle. La sage-femme Rosalie, dernier vestige de l’ancienne clinique, semble n’exister que pour livrer des informations utiles au scénario. Le libraire Quentin, le barman Jean ou encore l’avocat Magnus Brewer manquent de profondeur et servent davantage de panneaux indicateurs que de véritables personnages. 

 

Même le chien, Simon, finit par devenir un ressort narratif prévisible dans un film de ce genre. L’un des problèmes majeurs de Birthrite tient à son rythme. Ross Partridge adopte une mise en scène volontairement lente, misant sur des plans contemplatifs et une progression psychologique étirée. En théorie, ce choix pourrait renforcer le malaise et créer une tension insidieuse. En pratique, il en résulte surtout des passages statiques qui peinent à maintenir l’attention. Les apparitions de la petite fille que Wren croit apercevoir, censées évoquer ses traumatismes et ses angoisses, tombent à plat. Ces visions paraissent plaquées sur le récit au lieu d’en être le moteur. 

 

De même, certaines scènes dialoguées s’apparentent à de longs exposés explicatifs, freinant la montée de la peur au lieu de la nourrir. En s’inscrivant dans la tradition du folk horror, Birthrite convoque forcément des références prestigieuses. On pense à Midsommar pour la lente décomposition psychologique, à The Witch pour la confrontation entre maternité et occultisme, voire à It Follows pour la menace diffuse. Mais à force d’osciller entre ces influences, le film peine à trouver sa propre identité. La mise en scène, pourtant appliquée, manque de souffle. Les décors naturels du Massachusetts offrent un cadre propice à l’étrangeté, mais l’exploitation visuelle reste limitée. 

 

Les rares rituels et moments sanglants ne parviennent pas à marquer durablement la mémoire, trop sages dans leur exécution pour un genre qui demande une véritable intensité sensorielle. L’un des aspects les plus intéressants du film reste son traitement de la maternité. Wren vit la grossesse comme une chance de se reconstruire, mais également comme un poids écrasant lié à son héritage familial. Maya, de son côté, oscille entre soutien et inquiétude, témoin d’une spirale qu’elle ne parvient pas à enrayer. Cette exploration des désirs et des peurs liés à la parentalité aurait pu donner un véritable relief au récit. Pourtant, faute d’une écriture suffisamment nuancée, elle se réduit souvent à des clichés : visions cauchemardesques, cauchemars sanglants, figures d’autorité masculines suspectes. 

 

Le potentiel psychologique s’efface derrière des conventions trop familières. Malgré ces faiblesses, difficile de nier l’investissement du duo d’actrices principales. Kremelberg et Feliz donnent chair à leurs personnages et parviennent parfois à élever le film au-dessus de son scénario vacillant. Leur relation sonne juste, sans idéalisation excessive, et apporte une densité émotionnelle que la réalisation ne parvient pas toujours à exploiter. Les seconds rôles, en revanche, restent dans l’ombre, parfois réduits à de simples fonctions narratives. La présence d’acteurs peu connus joue en faveur du réalisme, mais cela ne compense pas le manque d’épaisseur de leurs personnages.

 

Birthrite est un film qui laisse une impression mitigée. D’un côté, il aborde des thèmes intéressants — la maternité, l’héritage familial, la culpabilité — et propose un couple central crédible. De l’autre, il s’enlise dans un rythme trop lent, une intrigue prévisible et une mise en scène qui manque de puissance visuelle. À l’heure où le folk horror connaît un regain d’intérêt, Birthrite semble vouloir s’inscrire dans cette mouvance sans en assumer pleinement les exigences. Ni assez radical pour marquer, ni assez subtil pour fasciner, il reste coincé dans un entre-deux frustrant. 

 

Note : 4/10. En bref, un folk horror qui peine à accoucher de son identité. Birthrite s’adresse surtout aux curieux qui souhaitent découvrir toutes les facettes du genre, même les moins abouties. Pour les amateurs de sensations fortes ou d’expérimentations visuelles, il risque de paraître bien fade.

Prochainement en France en SVOD

 

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