Critique Ciné : Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? (2025)

Critique Ciné : Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? (2025)

Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? // De Akiva Schaffer. Avec Liam Neeson, Pamela Anderson et Paul Walter Hauser.

 

Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?, quatrième opus de la saga culte initiée à la fin des années 80 par le trio Zucker-Abrahams-Zucker, porte en lui un parfum de nostalgie avant même d’être projeté sur grand écran. Plus qu’un simple retour d’une franchise comique disparue depuis trois décennies, ce projet se présente comme un pari risqué : ressusciter une recette d’humour absurde qui avait marqué son époque, tout en l’adaptant à un public contemporain dont les références ont changé. Quand la bande-annonce a fait surface, difficile de cacher une certaine curiosité mêlée de scepticisme. Voir Liam Neeson, figure de films d’action dramatiques, incarner le fils de l’inoubliable Franck Drebin campé jadis par Leslie Nielsen, avait de quoi surprendre. 

 

Un seul homme possède des compétences… disons uniques… pour diriger la prestigieuse Brigade Spéciale et… sauver le monde, tout simplement ! Cet homme, c’est le lieutenant Frank Drebin Jr. — oui, vous avez bien lu — c’est lui qui suit les traces de son illustre père dans Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?

 

Le casting ajoutait à la bizarrerie assumée la présence de Pamela Anderson, choisie pour reprendre le flambeau tenu autrefois par Priscilla Presley. Sur le papier, l’ensemble ressemblait davantage à une fantaisie improbable qu’à une véritable renaissance comique. Mais une question restait en suspens : la magie des Y a-t-il pouvait-elle encore opérer en 2025 ? Le film, mis en scène par Akiva Schaffer, ne cherche pas à révolutionner la formule. Le héros, Franck Drebin Jr., se retrouve propulsé dans une enquête aussi absurde que caricaturale : un braquage stoppé grâce à un déguisement improbable, un suicide maquillé qui ouvre la porte à un complot technologique et une romance inattendue avec la sœur de la victime. 

 

Les ingrédients sont posés, et le film s’amuse à détourner les codes du polar comme le faisaient déjà ses illustres prédécesseurs. L’ADN de la saga est respecté : avalanche de gags visuels, humour slapstick, jeux de mots graveleux et situations grotesques qui se succèdent sans jamais chercher la cohérence. On retrouve cette volonté de saturer chaque scène d’éléments comiques, comme si le spectateur devait constamment guetter le détail qui fera mouche. Ce procédé, typique des films ZAZ, fonctionne encore par moments, même si l’effet de surprise s’amenuise avec la répétition. Le choix de Liam Neeson avait de quoi désarçonner. Habitué aux rôles sombres et dramatiques, l’acteur irlandais s’aventure ici en terrain glissant. Pourtant, son implication est réelle.

 

Il parvient à jouer avec son image de colosse impassible, ce qui crée parfois un décalage comique intéressant. Certes, il n’a pas la spontanéité de Leslie Nielsen, maître absolu du flegme absurde, mais il réussit à donner une identité à son personnage. Face à lui, Pamela Anderson semble prendre un plaisir évident à se moquer de son propre statut d’icône. Elle incarne une partenaire parfaite pour ce registre, oscillant entre caricature assumée et sincérité inattendue. Leur duo apporte une dynamique qui, par instants, permet au film d’échapper à la simple imitation nostalgique. Là où Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? peine à convaincre, c’est dans sa régularité comique. 

 

Certains gags touchent juste, comme cette séquence où Drebin Jr. enfile l’uniforme d’une écolière pour infiltrer un braquage, ou encore une escapade amoureuse dans un décor enneigé totalement délirant. Mais d’autres moments s’étirent inutilement, étouffant la blague par un manque de rythme. Le film multiplie les clins d’œil aux précédents volets, ce qui plaira aux nostalgiques mais risque de perdre les spectateurs moins familiers de la saga. Les références au passé, parfois ressassées, donnent l’impression que les scénaristes ont préféré recycler plutôt que d’innover. Résultat : une alternance frustrante entre éclairs d’inventivité et redites laborieuses. Reprendre une franchise aussi culte après plus de trente ans d’absence n’avait rien d’une tâche aisée. 

 

Les films originaux s’étaient imposés par leur intelligence comique, leur sens du détail et une précision dans la parodie qui en faisait des classiques du genre. Ici, le projet assume davantage le rôle d’hommage que de véritable renouveau. Cette volonté de coller aux codes d’autrefois souligne paradoxalement la difficulté de transposer ce type d’humour dans un contexte moderne. Le cinéma parodique n’a plus la même place qu’avant : les blockbusters contemporains se caricaturent eux-mêmes, et les réseaux sociaux regorgent de pastiches plus immédiats. Dans ce paysage, la tentative d’un long-métrage à l’ancienne semble presque anachronique. Malgré ses limites, Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? n’est pas un naufrage complet. Le film conserve une énergie communicative et témoigne d’une sincérité dans sa démarche. 

 

Certaines trouvailles visuelles, glissées en arrière-plan ou dans un dialogue anodin, rappellent la créativité des ZAZ. Ce sont ces petites touches discrètes, presque dissimulées, qui offrent les plus belles récompenses au spectateur attentif. Le casting, globalement investi, contribue à maintenir l’intérêt. Paul Walter Hauser, en partenaire maladroit, apporte un contrepoint comique qui compense certains passages plus faibles. Et la mise en scène de Schaffer, si elle manque parfois de rythme, réussit à garder une cohérence visuelle qui évite le simple patchwork de gags. Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? est une suite qui divise. Pour certains, elle ravivera avec tendresse l’esprit des originaux et offrira un divertissement sans prétention. 

 

Pour d’autres, elle trahit l’essence de la saga en recyclant ses trouvailles sans jamais atteindre la même densité comique. Pour ma part, le film m’a laissé un sentiment ambivalent. J’ai ri, parfois sincèrement, mais j’ai aussi ressenti une certaine lassitude face à des gags étirés ou trop prévisibles. Liam Neeson mérite d’être salué pour son audace à se lancer dans un tel rôle, mais l’ombre de Leslie Nielsen plane trop lourdement pour que la comparaison lui soit favorable. En définitive, ce quatrième volet ressemble davantage à une curiosité qu’à un renouveau. 

 

Un objet hybride, à la fois hommage maladroit et tentative sincère, qui amuse par moments mais peine à s’imposer comme une comédie incontournable. Pour qui chérit l’héritage des Y a-t-il, il reste tout de même une valeur de divertissement, mais difficile de le considérer comme autre chose qu’un pastiche tardif.

 

Note : 4/10. En bref, un objet hybride, à la fois hommage maladroit et tentative sincère, qui amuse par moments mais peine à s’imposer comme une comédie incontournable.

Sorti le 13 août 2025 au cinéma

 

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