Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 1. Here We Woe Again.

Critiques Séries : Mercredi. Saison 2. Episode 1. Here We Woe Again.

Mercredi // Saison 2. Episode 1. Here We Woe Again.

 

Deux ans après la première saison, Mercredi revient sur Netflix avec un nouvel épisode d’introduction qui prend soin de ne pas trop s’égarer. L’épisode 1 de cette saison 2 fait le choix de ne pas redémarrer à zéro, mais plutôt de reprendre à peu près là où les choses avaient été laissées. Pourtant, malgré cette continuité apparente, plusieurs éléments viennent bousculer l’équilibre fragile de Nevermore. Le retour de Mercredi à Nevermore se fait sans Xavier, rapidement écarté de l’intrigue via un transfert d’école, comme pour éviter un sujet sensible. Ce départ semble vouloir faire place nette pour d’autres dynamiques. Très vite, les premières anomalies surgissent : un nouveau monstre se manifeste, contrôlant des oiseaux pour tuer, pendant qu’un mystérieux stalker reprend ses activités. 

 

Les deux intrigues s’entrelacent sans que leur lien soit immédiatement clair. L’environnement n’a pas fondamentalement changé, mais l’atmosphère, elle, semble différente. L’épisode plante les graines de plusieurs conflits. Un inspecteur est assassiné par des corbeaux juste après avoir évoqué des preuves “sûres”, et un nouveau proviseur, Barry Dort, fait une entrée remarquée. Les intentions de ce dernier restent floues, mais sa manière d’utiliser les élèves comme des pions laisse peu de place au doute sur ses méthodes. La scène où il tente de manipuler Bianca, par exemple, donne un aperçu assez direct de son rapport au pouvoir.

 

Dès les premières minutes, Mercredi est à nouveau confrontée à ses capacités psychiques. Ces dons, qu’on annonçait comme destructeurs, restent largement en dehors du champ du problème réel : au lieu d’une perte de contrôle, c’est une crise d’isolement qui semble se dessiner. Lorsqu’une vision annonce la mort d’Enid et l’accuse directement, un malaise s’installe. À ce stade, il reste impossible de dire si ces visions doivent être prises au pied de la lettre ou interprétées comme des hallucinations biaisées. En tout cas, l’accusation d’Enid dans la vision — “C’est à cause de toi que je suis morte” — crée un vrai point de tension. D’autant plus que ce n’est pas seulement un élément dramatique : c’est un ressort narratif qui risque de fragiliser la relation la plus stable qu’ait Mercredi à Nevermore.

 

Son pouvoir, toujours aussi imprévisible, semble prendre un nouveau tournant. Des larmes noires coulent à chaque activation, mais Mercredi ne partage cette information avec personne. Ce silence n’a rien d’un caprice : il traduit une stratégie de repli plus qu’un désir d’indépendance. Le nom de Tyler plane au-dessus de l’épisode comme une menace latente. Officiellement enfermé à Willow Hill, son absence ne suffit pas à faire oublier son rôle passé. Aucune apparition directe, mais plusieurs indices laissent entendre que son histoire est loin d’être bouclée. L’enquête relancée par Galpin, son père, pourrait bien finir par recroiser sa trajectoire. D’autant plus que Galpin, désormais en position d’aider les marginaux — une façon pour lui de racheter son passé — ne semble pas avoir complètement tourné la page.

 

Sa confrontation avec Mercredi reste chargée : rivalité intacte, regards méfiants, échanges tendus. Pourtant, un besoin mutuel semble émerger. Galpin cherche de l’aide, et Mercredi, même si elle le nie, pourrait finir par en avoir besoin elle aussi. Parmi les ajouts de cette saison, deux nouveaux personnages attirent particulièrement l’attention : Capri, responsable musicale, et Dort, le nouveau proviseur. Tous deux incarnent des figures d’autorité ambiguës. Capri, malgré son apparente douceur, semble plus intéressée par le contrôle que par la musique. Elle pousse Mercredi à “lâcher prise”, mais sans expliquer pourquoi cela serait bénéfique. Le conseil sonne comme un ordre mal déguisé.

 

Quant à Dort, il agit dès son arrivée comme s’il voulait imposer une nouvelle ère à Nevermore. Le discours qu’il prononce pendant la cérémonie du bûcher donne une idée assez précise de sa ligne directrice : dissolution des sociétés secrètes, mise en avant d’un “nouvel esprit Nevermore”. Pourtant, derrière cette façade modernisante, son attitude autoritaire et calculatrice évoque davantage le remplacement d’une vieille hiérarchie par une autre, tout aussi rigide. L’introduction de Pugsley à Nevermore vient ajouter une dynamique inattendue. Loin d’être un simple figurant, le petit frère de Mercredi se révèle porteur de pouvoirs électriques, une capacité qu’il peine encore à maîtriser. Cette arrivée vient perturber l’équilibre déjà fragile de Mercredi. 

 

Elle n’avait pas prévu de devoir partager son environnement scolaire avec lui, et encore moins d’en être indirectement responsable. Mais ce qui frappe le plus, c’est le contraste entre la relation fraternelle affichée dans la première saison — Mercredi protectrice — et l’indifférence qui semble s’installer ici. Une distanciation qui interroge : que reste-t-il de leur complicité ? Est-ce que Mercredi s’éloigne volontairement ou est-elle simplement débordée par ses propres enjeux ? L’épisode ne se contente pas de poser une seule intrigue principale. En parallèle du stalker, du monstre à oiseaux et des nouvelles figures adultes, un autre fil est tiré : celui du roman de Mercredi. Elle l’a enfin terminé, mais refuse d’y apporter des modifications, malgré les remarques de son éditeur.

 

Le manuscrit devient même un enjeu dramatique lorsqu’il est menacé de destruction lors de la cérémonie du feu. Cet acte de sabotage, signé par le stalker, vient renforcer la paranoïa déjà installée depuis le début. Le problème, à ce stade, n’est pas tant le nombre de pistes lancées que le manque de clarté dans leur hiérarchie. Entre visions, pouvoirs, enquêtes, et rivalités, l’ensemble donne l’impression que chaque élément pourrait être central… ou totalement secondaire. Difficile de savoir où placer l’attention. Comme dans la première saison, l’univers de Nevermore jongle avec ses propres règles. Les catégories d’élèves — “outcasts”, “normies”, “raven”, “dove” — s’empilent sans que leurs significations soient réellement éclaircies. Ce flou constant dilue un peu les enjeux.

 

Il serait temps que la série pose clairement les bases de sa mythologie, plutôt que de s’appuyer sur des termes vagues censés paraître mystérieux. Un bon exemple de ce désordre se trouve dans l’histoire du Skull Tree. Contée sous forme d’une animation old school, cette légende évoque un garçon au cœur mécanique, enterré sous l’arbre, dont le tic-tac serait toujours audible. Une parabole charmante, certes, mais qui semble surgir sans préparation. Pugsley y croise d’ailleurs un personnage étrange ramené à la vie par ses pouvoirs électriques. Un ajout qui donne envie d’en savoir plus, mais qui risque aussi d’être avalé par la multitude de sous-intrigues.

 

L’un des moments marquants de cet épisode reste la cérémonie du bûcher, censée célébrer les héros de Nevermore. Mercredi est forcée d’y assister, et même désignée “élève d’honneur”. Un portrait d’elle y est dévoilé, dans lequel elle sourit — chose qu’elle n’a jamais faite. La réaction ne se fait pas attendre : discours sarcastique, critique de la foule, destruction du tableau. Une scène qui, au-delà du spectacle, remet en lumière un élément central du personnage : le refus d’être récupérée, mise en scène, ou transformée par les autres. Mais cette provocation a un prix. Enid, qui espérait faire de cette année leur “meilleure”, accuse le coup. Sa réaction est immédiate, et le contact entre les deux déclenche la fameuse vision. 

 

Encore une fois, les conséquences des actes de Mercredi ne sont pas sans impact, même si elle prétend s’en détacher. Ce premier épisode de la saison 2 de Mercredi ouvre plusieurs portes, parfois de manière précipitée. Il y a une envie évidente d’élargir l’univers, d’introduire de nouveaux enjeux, de secouer la structure en place. Pourtant, la dispersion menace la cohérence. L’accumulation de mystères pourrait nuire à leur résolution, si chaque intrigue n’est pas développée avec soin. Reste à voir si les épisodes suivants permettront d’éclaircir certains points et de donner à chaque personnage, nouveau comme ancien, une place véritablement construite. Pour l’instant, le retour à Nevermore n’a rien d’un redémarrage apaisé. C’est un champ de tension où tout semble pouvoir basculer à tout moment.

 

Note : 6/10. En bref, ce premier épisode de la saison 2 de Mercredi ouvre plusieurs portes, parfois de manière précipitée. Il y a une envie évidente d’élargir l’univers, d’introduire de nouveaux enjeux, de secouer la structure en place. Pourtant, l’accumulation de mystères pourrait nuire à leur résolution, si chaque intrigue n’est pas développée avec soin.

Disponible sur Netflix

 

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