19 Septembre 2025
Ick // De Joseph Kahn. Avec Mena Suvari, Brandon Routh et Malina Pauli Weissman.
Joseph Kahn n’est pas un inconnu. Réalisateur de Torque et Detention, mais surtout faiseur de clips XXL pour Taylor Swift ou DJ Khaled, il revient au cinéma avec un projet étrange : Ick. Rien qu’avec ce titre, on devine la volonté de jouer avec le dégoût et le bizarre. L’idée de départ avait de quoi séduire : une matière extraterrestre, sorte de moisissure vivante, se répand partout sur Terre. Au début, tout le monde s’en accommode, comme d’un désagrément du quotidien. Puis cette “chose” évolue, se transforme, et menace d’engloutir tout ce qui respire. Dit comme ça, ça ressemble au pitch idéal pour un film de genre culte, entre horreur et satire sociale.
Un professeur de lycée combat un parasite extraterrestre qui dévore sa ville et ses habitants.
En réalité, Ick oscille entre fulgurances et maladresses, entre humour potache et critique de société, sans jamais choisir franchement son camp. Ce qui frappe dans Ick, c’est la manière dont l’humanité réagit à l’arrivée de cette entité gluante. Plutôt que de paniquer, les habitants s’habituent. Le “Ick” devient un décor, une gêne dont on finit par ne plus parler, jusqu’au jour où il passe à l’offensive. Derrière ce parti-pris, il y a une métaphore assez évidente : la capacité qu’a l’être humain à normaliser le danger tant qu’il ne frappe pas directement. Le film aurait pu creuser ce filon et en faire un commentaire puissant sur notre époque, mais il préfère rester dans la légèreté.
Résultat : une ambiance qui hésite entre série B assumée et parodie trop sage. Le personnage central, Hank, est incarné par Brandon Routh. L’ex-Superman, que j’avais surtout en mémoire pour ses seconds rôles comiques (Zack and Miri Make a Porno), joue ici un ancien sportif devenu prof de sciences. Fatigué, cynique, un peu largué, il se retrouve malgré lui en première ligne pour affronter le parasite extraterrestre. À ses côtés, Malina Weissman (vue dans The Umbrella Academy) campe Grace, son étudiante vive et sarcastique, qui apporte l’énergie que son mentor a perdue. Ce duo improbable fonctionne bien, même si le script leur donne rarement de quoi briller en profondeur.
Joseph Kahn a toujours aimé mélanger les genres et saturer ses images de références pop. Ick ne déroge pas à la règle : bande-son nostalgique des années 2000, clins d’œil à The Faculty, The Blob ou Invasion of the Body Snatchers, humour qui tape parfois sur la génération Z et gags visuels qui flirtent avec le cartoon. Il y a une vraie générosité dans la mise en scène. Les idées fusent, les situations absurdes s’enchaînent, et le spectateur finit par se demander s’il regarde un film d’horreur, une comédie potache ou une parodie de teen movie américain. Ce chaos a un charme certain, mais il rend l’ensemble inégal.
Difficile de ne pas parler du “Ick” lui-même. À l’écran, c’est une masse végétale et visqueuse, tantôt drôle, tantôt répugnante. Les effets spéciaux oscillent entre convaincants et franchement cheap, mais ça colle à l’esprit du projet. On sent que Kahn assume l’aspect série B, avec des scènes volontairement exagérées, des têtes qui explosent et une dose généreuse de slime numérique. Cela dit, on reste sur sa faim. Le film aurait gagné à aller plus loin dans l’horreur ou dans le grotesque. À force de vouloir être tout à la fois – dégoûtant mais drôle, critique mais léger – il finit par rester en surface. Le reproche principal que j’adresse à Ick, c’est son manque de profondeur.
Le rythme effréné empêche tout développement solide des personnages. Les idées de commentaire social – sur la passivité face au danger, sur la culture du déni, ou encore sur l’obsession des ados pour leurs dramas personnels – sont là, mais survolées. Kahn préfère l’esthétique au récit. Sa réalisation nerveuse, ses cadrages exagérés et ses transitions cartoonesques sont fun à regarder, mais derrière l’énergie visuelle, le scénario reste mince. À qui s’adresse Ick ? Clairement, aux spectateurs jeunes, fans de films de lycée décalés et de comédies horrifiques pas trop sérieuses. Ceux qui veulent frissonner pour de vrai resteront sur leur faim : malgré son monstre visqueux et ses explosions de chair, Ick ne fait jamais vraiment peur.
Il y a cependant des moments efficaces, quelques blagues qui fonctionnent, et une dynamique qui rappelle les soirées films de l’adolescence, entre Chair de poule version gore et Scary Movie version sci-fi. En sortant de Ick, j’étais partagé. J’ai aimé certaines idées, l’énergie de Brandon Routh, et le côté “bordel assumé” du projet. Mais j’ai aussi trouvé que ça tournait vite en rond, et que le film manquait de mordant. Pour une histoire qui parle d’une menace apocalyptique, le sentiment d’urgence est étonnamment absent. Au final, Ick est une curiosité. Pas un ratage total, pas non plus une révélation. Une sorte d’expérience pop gluante, parfois drôle, parfois fatigante, qui amuse sans vraiment marquer.
Joseph Kahn livre avec Ick une comédie horrifique inclassable, entre satire sociale, pastiche de film de lycée et hommage aux séries B des années 80 et 2000. L’idée du parasite normalisé par une société indifférente est brillante sur le papier, mais le résultat reste brouillon. C’est un film qui amuse par son énergie et son esthétique pop, mais qui ne creuse pas assez ses thèmes ni ses personnages pour laisser une trace durable. Un objet cinématographique étrange, qui plaira surtout à ceux qui aiment les films de genre décomplexés, prêts à plonger dans une mare de slime numérique pour le plaisir du spectacle.
Note : 6.5/10. En bref, Joseph Kahn livre avec Ick une comédie horrifique inclassable, entre satire sociale, pastiche de film de lycée et hommage aux séries B des années 80 et 2000. L’idée du parasite normalisé par une société indifférente est brillante sur le papier, mais le résultat reste brouillon (mais fun).
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