Critique Ciné : June and John (2025, Ciné+ OCS)

Critique Ciné : June and John (2025, Ciné+ OCS)

June and John // De Luc Besson. Avec Luke Stanton Eddy, Matilda Price et Ryan Shoos.

 

Luc Besson a décidément du mal à lâcher prise. Après des années à courir derrière ses propres fantômes, il est revenu en 2025 avec June and John, tourné à l’iPhone pendant le confinement, comme un étudiant en cinéma qui rendrait un projet bancal pour valider son semestre. Le film se veut libre, expérimental, presque intime. Dans les faits, c’est un road trip puéril, mal ficelé, et aussi séduisant qu’un vieux spot de pub pour céréales. Sur le papier, l’idée avait de quoi intriguer : John, prisonnier d’une vie terne, rencontre June, une électron libre qui l’entraîne dans une cavale amoureuse et illégale. 

 

La rencontre entre John, un jeune homme coincé et June, une femme dynamique et intrépide.

 

Une sorte de Bonnie & Clyde revisité, où la passion brûle plus fort que la raison. Malheureusement, Besson a confondu réinvention et copie bâclée. La romance s’installe en deux scènes, sans le moindre effort pour la rendre crédible. John tombe amoureux comme on tombe dans un piège de cartoon : sans réfléchir. Quant à June, censée être une figure magnétique, elle se résume à une caricature d’héroïne bessonienne, sans mystère ni profondeur. Résultat : impossible d’y croire une seconde. Tourner avec un iPhone, pourquoi pas. Steven Soderbergh l’a déjà fait avec talent. Mais chez Besson, le dispositif se transforme en fardeau. 

 

Les images manquent de relief, les cadrages hésitent entre amateurisme et prétention, et l’ensemble ressemble plus à une story Instagram qui s’étire qu’à un vrai film. Chaque séquence donne l’impression d’être pensée comme un clip publicitaire : ralentis forcés, filtres dignes de Snapchat, musiques calées au hasard (mention spéciale à Osez Joséphine qui surgit de nulle part). On attend presque le logo contenu sponsorisé à la fin de chaque plan. Le road trip, c’est normalement le genre idéal pour raconter une transformation, pour faire évoluer ses personnages au fil du voyage. Ici, rien de tout ça. Le couple roule, boit, rit, danse, recommence. 

 

Sur une heure et demie, la moitié est consacrée à regarder deux inconnus s’amuser sans que l’intrigue avance. C’est un peu comme être coincé devant un vlog de YouTubeurs en vacances : au début, ça peut amuser, mais très vite, l’ennui s’installe. Même les rares tentatives d’action tombent à plat. La police retrouve les fugitifs par miracle, puis les perd par magie, en fonction des besoins du scénario. L’incohérence est telle qu’on finit par décrocher complètement. Luc Besson a bâti sa réputation sur des héroïnes fortes et inoubliables : Nikita, Leeloo, Mathilda. Avec June, il semble avoir voulu recréer cette figure féminine libre et indomptable. Sauf qu’ici, la magie ne prend pas.

 

Le personnage n’a ni passé clair, ni cohérence. Son charisme repose uniquement sur des postures superficielles : un sourire un peu trop appuyé, une réplique pseudo-profonde, une attitude rebelle de pacotille. L’actrice fait ce qu’elle peut, mais sans matière, difficile d’incarner autre chose qu’une coquille vide. Il y a des films où chaque phrase devient culte. Et il y a June and John, où chaque ligne de dialogue donne l’impression d’avoir été générée par une IA bas de gamme. Les personnages parlent en aphorismes creux, en pseudo-préceptes écologiques et en déclarations d’amour dignes d’une carte postale de supermarché. Au lieu de créer de l’émotion, ces dialogues soulignent la pauvreté du scénario. 

 

À force, on se surprend à anticiper la prochaine tirade maladroite, comme un spectateur qui attend le prochain sketch raté d’une émission en roue libre. L’intention de Besson était sans doute sincère : revenir à une forme plus simple, se délester du poids des superproductions, filmer une histoire intime avec les moyens du bord. Mais la sincérité ne suffit pas. Ce qui devait ressembler à une bouffée d’air se transforme en un projet étouffant, prisonnier de ses maladresses. Au lieu d’assumer une vraie radicalité, le film reste coincé entre deux envies : être un road trip poétique et être une comédie romantique accessible. Résultat : il n’est ni l’un, ni l’autre. Juste une coquille vide, pleine de clichés recyclés.

 

Ce film laisse une impression étrange : celle d’un cinéaste autrefois inspiré qui joue à l’étudiant fauché. Les références à Bonnie & Clyde ou à Truffaut sonnent comme des clins d’œil mal digérés, les scènes lyriques ressemblent à des pubs pour parfum, et l’ensemble finit par ressembler à un long clip TikTok sans âme. Les deux acteurs principaux ne déméritent pas, mais ils sont abandonnés par une écriture inconsistante et une mise en scène hésitante. Au lieu de vivre une histoire d’amour tragique et intense, ils pataugent dans un récit qui s’étire et s’égare. En définitive, June and John n’est pas un film, c’est une tentative ratée d’expérimentation, un projet qui donne l’impression que Besson s’ennuie et tente de tuer le temps. 

 

Mais pour le spectateur, c’est surtout une heure et demie de vide, où même l’énergie de départ finit par se dissoudre dans l’ennui. June and John voulait célébrer la liberté, l’amour et la folie d’une cavale amoureuse. Ce qu’il offre, c’est un spectacle puéril, esthétiquement pauvre et narrativement creux. Luc Besson, autrefois maître dans l’art de créer des univers fascinants, signe ici une œuvre qui ressemble plus à un exercice raté qu’à un film abouti. Un Bonnie & Clyde de pacotille, filmé comme une publicité Instagram, avec des dialogues qui feraient passer un manuel de développement personnel pour un chef-d’œuvre littéraire. Bref : un road trip sans destination.

 

Note : 1/10. En bref, un Bonnie & Clyde de pacotille, filmé comme une publicité Instagram, avec des dialogues qui feraient passer un manuel de développement personnel pour un chef-d’œuvre littéraire.

Sorti le 23 avril 2025 directement sur Ciné+ OCS

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