Critique Ciné : Libre échange (2025)

Critique Ciné : Libre échange (2025)

Libre échange // De Michael Angelo Covino. Avec Michael Angelo Covino, Dakota Johnson et Adria Arjona.

 

Michael Angelo Covino avait laissé une bonne impression avec The Climb en 2019, une chronique d’amitié masculine surprenante, drôle et acide. Six ans plus tard, il revient avec Libre échange, une comédie qui s’attaque cette fois au couple, au désir et à la tentation du polyamour. Sur le papier, difficile de ne pas être intrigué : deux couples d’amis, une envie d’expérimenter l’amour libre, et toutes les contradictions que cela entraîne. De quoi promettre un film irrévérencieux et un peu subversif. Mais à l’écran, l’expérience est loin d’être aussi piquante. Le pitch est simple : deux couples s’observent, se séduisent, se trahissent et se testent, dans une sorte de vaudeville moderne. 

 

Alors que sa femme vient de demander le divorce, Carey court chercher du soutien auprès de ses amis, Julie et Paul. Il découvre alors que le secret de leur bonheur est qu'ils sont en couple libre.

 

Le terrain de jeu est idéal pour explorer la fragilité des relations amoureuses et l’hypocrisie des grands discours sur la liberté sexuelle. Covino, qui s’offre aussi le rôle principal, met en place des situations volontairement excessives, où les corps et les mots s’entrechoquent. L’idée est bonne : décortiquer avec humour les contradictions d’adultes qui croient pouvoir contrôler jalousie et désir comme on gère un budget familial. Le film joue aussi sur un certain effet miroir. Chacun des personnages se débat entre son envie de plaire, son besoin de sécurité et son incapacité à assumer pleinement le « libre échange » qu’il revendique. 

 

Sur le papier, ça sent la satire grinçante et la comédie de mœurs contemporaine. Dans les faits, c’est plus compliqué. Michael Angelo Covino n’est pas seulement derrière la caméra : il est de tous les plans, au cœur de l’intrigue, comme s’il voulait prouver que son film repose sur son charisme et ses idées. Le problème, c’est que cette omniprésence finit par agacer. On sent la fierté de l’auteur-acteur, fier de ses dialogues, fier de ses gags, fier de sa mise en scène. À force, cette autosatisfaction plombe le récit. Le premier quart d’heure fait croire à un film audacieux, presque transgressif, mais très vite, le scénario se replie sur des effets comiques convenus et des scènes qui flirtent avec le surjeu. 

 

Le thème du couple libre reste finalement en surface, jamais exploré en profondeur. Ce qui aurait pu être une réflexion moderne sur la liberté et les contradictions amoureuses se transforme en enchaînement de gags inégaux. Il faut reconnaître à Covino un vrai sens du rythme et une certaine habileté dans les plans-séquences. Certaines séquences, volontairement absurdes, déclenchent un rire franc. La grande bagarre, chorégraphiée comme un mélange de catch, de baseball et de cartoon, a ce côté burlesque qu’on aimerait retrouver plus souvent. On pense aussi à une scène aquatique complètement improbable, qui assume son délire visuel. Mais ces moments sont trop rares. Souvent, l’excès prend le dessus, et l’humour devient forcé. 

 

Les dialogues, censés être incisifs, tombent à plat. À force de vouloir surprendre, le film fatigue. Plutôt qu’une vraie montée en puissance, Libre échange accumule les situations absurdes jusqu’à l’overdose. Si le film tient debout, c’est en grande partie grâce à ses interprètes féminines. Dakota Johnson, qu’on a trop souvent cantonnée à des rôles tièdes après 50 nuances de Grey, trouve ici un rôle plus espiègle. Elle apporte une décontraction bienvenue, avec ce mélange de charme et d’ironie qui fait mouche. Adria Arjona n’est pas en reste : son naturel et sa fraîcheur compensent les limites de l’écriture. Face à elles, Kyle Marvin et Michael Angelo Covino semblent plus effacés, presque dépassés par leurs propres personnages. 

 

Leurs rôles de « benêts » assumés finissent par manquer de nuance. Et l’alchimie globale du quatuor, censée être le moteur du film, reste trop fragile. On croit aux situations, mais pas vraiment aux couples. Libre échange oscille en permanence entre la comédie de mœurs et la farce burlesque. Par moments, il atteint une lucidité amusante sur les contradictions du couple moderne, sur la peur de l’engagement et la tentation de tout vouloir : la stabilité et l’aventure, la fidélité et la liberté. Mais au lieu de creuser ces dilemmes, le film se réfugie trop souvent dans des excès cartoonesques.

 

Le résultat, c’est une comédie qui veut être anticonformiste mais qui reste au fond très sage. Derrière les cris, les bagarres et les gags outrés, on devine une morale un peu bourgeoise : tout ça pour rappeler que l’amour libre, c’est compliqué, et qu’il vaut peut-être mieux rester dans le couple traditionnel. Pas vraiment la subversion promise. Au final, Libre échange ressemble à ces soirées où l’on rit fort au début, avant que l’ambiance ne retombe et que chacun se demande pourquoi il est resté si tard. Le film démarre fort, avec des idées de mise en scène et des situations improbables, mais s’essouffle vite. Il reste quelques scènes réjouissantes, quelques répliques bien senties, et surtout le charme des deux actrices principales. 

 

Mais l’ensemble manque d’équilibre, trop hésitant entre la comédie romantique, la satire sociale et la farce absurde. Le film est agréable à regarder, mais laisse une impression d’inachevé. À force d’en faire trop, Covino en oublie de donner du fond à son sujet. Libre échange reste donc une curiosité : pas désagréable, parfois drôle, mais loin du coup d’éclat espéré.

 

Note : 5/10. En bref, une comédie de couple qui perd un peu trop son équilibre.

Sorti le 10 septembre 2025 au cinéma

 

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