Critique Ciné : Modi - Three Days on the Wing of Madness (2025)

Critique Ciné : Modi - Three Days on the Wing of Madness (2025)

Modi - Three Days on the Wing of Madness // De Johnny Depp. Avec Riccardo Scamarcio, Al Pacino et Luisa Ranieri.

 

Johnny Depp signe son retour derrière la caméra avec Modi – Three Days on the Wing of Madness, plus de vingt ans après son premier essai de réalisateur. Le projet, ambitieux sur le papier, promettait un portrait intime du peintre Amedeo Modigliani. Trois jours seulement, condensés à l’écran, pour raconter les tourments d’un artiste au bord de l’abandon, déchiré entre sa vocation et son envie de fuir Paris. Sur le fond, le film avait de quoi intriguer : un sujet fort, une figure artistique fascinante et un casting solide avec Riccardo Scamarcio dans le rôle-titre et Al Pacino en collectionneur d’art. Pourtant, le résultat laisse un goût amer. 

 

Un tourbillon de soixante-douze heures dans la vie de l'artiste bohème Amedeo Modigliani, connu sous le nom de Modi par ses amis, suit une série chaotique d'événements dans les rues du Paris déchiré par la guerre en 1916. En fuite pour échapper à la police, son désir de mettre fin à sa carrière et de quitter la ville est rejeté par ses amis artistes Maurice Utrillo, Chaim Soutine et la muse de Modi, Béatrice Hastings. Modi demande conseil à son marchand d'art et ami, Leopold Zborowski. Cependant, après une nuit d'hallucinations, le chaos dans l'esprit de Modi va crescendo lorsqu'il se retrouve face à un collectionneur américain, Maurice Gangnat, qui a le pouvoir de changer sa vie.

 

Ce qui aurait pu être une plongée dans la psyché d’un créateur s’enlise trop souvent dans une mise en scène qui se veut profonde mais ressemble davantage à une caricature du drame d’artiste. Le récit ne cherche pas à retracer toute la vie de Modigliani. Depp resserre la focale sur un moment charnière : trois jours où le peintre doute de tout, envisage d’arrêter, et rêve d’un départ loin de Paris. L’idée est intéressante, car elle permet d’éviter le piège du biopic scolaire qui enchaîne les dates et les anecdotes. Ici, ce sont les émotions qui guident la narration. Modigliani est présenté comme un homme épuisé, assoiffé de reconnaissance, perdu entre sa passion créative et une société qui ne semble pas comprendre sa valeur. 

 

Riccardo Scamarcio traduit cette tension avec une énergie brute : gestes nerveux, regard inquiet, voix cassée. Sa performance est le cœur battant du film. Mais elle est desservie par une écriture qui recycle les clichés habituels de « l’artiste maudit », sans offrir une vraie profondeur psychologique. Face à Scamarcio, Al Pacino incarne Maurice Gangnat, un collectionneur qui rappelle que l’art n’échappe jamais aux logiques financières. Son rôle souligne l’opposition entre la quête désespérée de l’artiste et la froide réalité du marché. Pacino apporte une présence forte, comme toujours, mais son personnage reste trop schématique. Il n’apparaît finalement que pour illustrer une idée : l’art comme produit, loin de l’idéal romantique.

 

Cet aspect aurait pu donner une vraie dimension critique au film. Malheureusement, la réflexion reste en surface. La confrontation entre Modigliani et Gangnat ne dépasse jamais le stade du symbole, ce qui réduit son impact dramatique. Visuellement, Modi ne manque pas d’atouts. Le film a été tourné à Budapest, et les décors restituent avec soin le Paris du début du XXe siècle. Les directeurs de la photographie, Dariusz Wolski et Nicola Pecorini, proposent une palette visuelle marquée : des tons bleus délavés pour exprimer les tourments du peintre, des séquences en noir et blanc comme un hommage au cinéma muet. 

 

L’image est belle, parfois même hypnotique, et certaines compositions frappent par leur intensité. Mais cette sophistication visuelle ne parvient pas à masquer la faiblesse du récit. On a l’impression que la caméra s’attarde sur les visages pour donner une illusion de profondeur, sans que le scénario ne suive. À force de privilégier l’esthétique et les effets de style, le film se vide de sa substance. Le spectateur se retrouve face à une succession de tableaux léchés mais figés, qui peinent à émouvoir. Le choix de Depp est clair : il ne veut pas raconter la technique ou le processus créatif de Modigliani, mais son état d’esprit. L’intention est louable. 

 

Beaucoup de films sur les artistes tombent dans le piège de la reconstitution académique, alors que Depp cherche l’abstraction. Pourtant, le pari ne fonctionne pas. Le film s’installe dans un registre introspectif mais finit par sombrer dans une lourdeur pesante. Chaque scène martèle les mêmes thèmes : l’artiste incompris, le génie en marge, l’homme consumé par ses doutes. Ce martèlement finit par affaiblir le propos, car il ne fait qu’empiler les stéréotypes sans offrir de regard neuf. Le résultat est paradoxal : un film qui veut sonder les profondeurs de l’âme d’un artiste, mais qui reste en surface, enfermé dans une vision datée du « bohème torturé ».

 

Derrière la volonté de Johnny Depp de signer un film personnel et habité, ce qui transparaît surtout, c’est une accumulation de clichés. L’artiste ivre, l’homme en colère contre le monde, les confrontations avec des marchands cyniques : tout est attendu, presque mécanique. Le film donne l’impression de répéter un schéma usé, déjà vu dans de nombreux drames artistiques. Certains moments parviennent à surprendre, comme une scène plus électrique qui tranche avec le reste. Mais ces éclairs sont trop rares pour sauver l’ensemble. À force de vouloir être poétique, le film devient pompeux, et la sincérité du projet se perd dans une mise en scène trop appuyée.

 

En voyant Modi – Three Days on the Wing of Madness, la frustration domine. Le sujet est passionnant, le casting solide, la photographie travaillée. Mais l’écriture échoue à transformer ces ingrédients en un récit captivant. À la place, le spectateur se retrouve face à une succession de scènes théâtralisées, où tout semble surligné. Ce qui devait être une plongée dans l’esprit d’un artiste ressemble trop à une dissertation visuelle qui se prend au sérieux. Le film aurait gagné à plus de simplicité, à plus de vérité dans les dialogues, et à un regard moins romantisé sur l’artiste.

 

Modi – Three Days on the Wing of Madness est un retour de Johnny Depp réalisateur qui intrigue par son ambition, mais déçoit dans son exécution. Le portrait de Modigliani est beau à regarder, parfois porté par l’intensité de Scamarcio, mais il reste prisonnier de clichés usés. Le film se veut introspectif et profond, mais il finit par paraître daté et artificiel. Pour qui s’intéresse à Modigliani ou à l’univers des biopics artistiques, le film peut valoir le détour, ne serait-ce que pour ses partis pris visuels. Mais comme expérience de spectateur, il laisse une impression de lourdeur et de manque de sincérité.

 

Note : 4.5/10. En bref, un projet ambitieux qui avait tout pour captiver mais qui, à force de se perdre dans la pose et le cliché, passe à côté de son sujet.

Prochainement en France en SVOD

 

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