Critique Ciné : Popeye The Slayer Man (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Popeye The Slayer Man (2025, direct to SVOD)

Popeye The Slayer Man // De Robert Michael Ryan. Avec Jason Stephens, Sarah Nicklin et Angela Relucio.

 

Transformer Popeye, marin culte des dessins animés, en tueur masqué dans un slasher horrifique a quelque chose d’intriguant. Après Winnie l’Ourson, Bambi ou Peter Pan, voici donc Popeye The Slayer Man, dernier né d’une tendance qui consiste à défigurer les icônes enfantines pour les plonger dans un bain de sang. Le résultat ? Une curiosité qui oscille entre la parodie involontaire et le nanar assumé, mais qui ne parvient jamais à devenir le plaisir coupable espéré. Le point de départ de Popeye The Slayer Man est d’une simplicité désarmante. Un groupe de jeunes décide de tourner un documentaire dans une conserverie abandonnée, où flotterait la légende d’un marin fantomatique. 

 

Un groupe d'amis se faufile dans une usine de conserves d'épinards abandonnée pour tourner un documentaire sur la légende du " marin Popeye ", qui hanterait l'usine et les docks.

 

Bien entendu, la rumeur se révèle exacte et Popeye, silhouette massive affublée d’un masque en silicone, surgit des ténèbres pour transformer la visite en massacre. Dans l’idée, le film aurait pu jouer la carte du second degré et embrasser son côté absurde. Un Popeye meurtrier armé d’une ancre, ça prête au moins à sourire. Malheureusement, le scénario prend tout au sérieux. Résultat : au lieu d’un délire sanglant et inventif, le film enchaîne les poncifs du slasher bas de gamme. Visuellement, Popeye n’impressionne pas. Le masque en caoutchouc est figé, ses traits sont indistincts et chaque réplique est étouffée. Jason Robert Stephens, l’acteur derrière la silhouette, fait ce qu’il peut, mais difficile d’incarner une menace crédible avec un accessoire aussi peu inspiré.

 

Le choix de montrer Popeye surtout dans l’ombre aurait pu fonctionner si la mise en scène savait jouer de la suggestion. Or, les scènes sont trop sombres pour qu’on distingue grand-chose, et l’effet tombe à plat. À défaut de frissonner, j’ai souvent eu envie de rire devant la maladresse de certaines apparitions. Dans ce genre de production, le spectateur attend au moins des mises à mort inventives. Le film en propose quelques-unes : décapitation à l’ancre, écrasements, os brisés. Rien de révolutionnaire, mais l’effort d’utiliser des effets pratiques plutôt que du numérique mérite d’être noté. Le problème, c’est la répétition. Passés les deux premiers meurtres, tout commence à se ressembler. 

 

Même la scène qui aurait pu devenir culte – un bras arraché à la manière d’un dessin animé tordu – finit par tomber à plat faute de mise en scène dynamique. On se surprend à attendre le prochain kill comme dans une vidéo YouTube de compilation, ce qui n’est jamais bon signe pour un film entier. Les victimes sont des adolescents stéréotypés, sans personnalité ni profondeur. Leurs dialogues semblent écrits en vitesse, leurs réactions face à la mort sont inexistantes ou ridicules, et certaines décisions sont tellement absurdes qu’elles donnent presque envie de se lever pour leur tendre une carte routière vers la sortie. Une scène m’a particulièrement marqué : un personnage tombe sur un cadavre et ne réagit absolument pas, comme s’il venait de croiser un arbre sur la route.

 

La conserverie abandonnée aurait pu servir de décor inquiétant, mais l’exploitation est paresseuse. Quelques plans de couloirs sombres, un peu de fumée, et c’est tout. Pas de véritable tension, pas de mise en valeur des lieux, juste un sentiment de décor sous-utilisé. La photographie, trop sombre, donne parfois l’impression de regarder un film à travers un rideau. Et quand la lumière s’allume enfin, le résultat est encore pire : le masque de Popeye perd toute crédibilité et ressemble à un accessoire de fête foraine. Difficile de ne pas penser au précédent film dérivé, Popeye’s Revenge. Celui-ci n’était pas un chef-d’œuvre non plus, mais il avait au moins tenté de donner une origine au marin meurtrier et d’instaurer une ambiance plus sérieuse. 

 

Popeye The Slayer Man, lui, ne développe aucune mythologie. L’histoire se contente de recycler les codes du slasher sans jamais proposer de twist marquant. La lenteur du personnage aurait pu être utilisée pour renforcer son côté menaçant, mais elle vire ici à la maladresse. Popeye marche, grogne un peu, frappe, et recommence. Le spectateur finit par connaître la partition par cœur. Le véritable problème, c’est que Popeye The Slayer Man n’a pas le charme d’une bonne série B. Le film n’assume jamais complètement son concept délirant et ne parvient pas à devenir un nanar jouissif. À force de se prendre au sérieux, il finit par n’être ni effrayant ni drôle. J’aurais aimé m’amuser de ses excès, rire de ses maladresses et savourer son mauvais goût. 

 

Mais tout est trop plat pour provoquer autre chose que de l’ennui. Même les rares instants tellement mauvais que ça devient sympa ne suffisent pas à sauver l’ensemble. Popeye The Slayer Man n’est ni le pire film d’horreur que j’ai vu, ni un divertissement coupable que j’aurais plaisir à revoir. C’est juste une tentative fade, qui recycle sans talent une idée qui aurait pu être délirante. Popeye aurait mérité un traitement plus inventif, quitte à sombrer dans le grotesque assumé. Au lieu de ça, le film traîne en longueur, aligne des personnages inconsistants et s’éteint dans une conclusion sans impact. Pas de frisson, pas de tension, pas de second degré. Rien qu’un tueur masqué englué dans un récit sans relief.

 

Note : 1/10. En bref, je ne conseille pas Popeye The Slayer Man, même par curiosité. Ceux qui veulent vraiment rire devant une réinvention horrifique d’un héros de l’enfance trouveront mieux ailleurs. Ici, il ne reste que l’impression d’avoir perdu une heure et demie dans une conserverie mal éclairée.

Prochainement en France en SVOD

 

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