Critique Ciné : Tin Soldier (2025, Amazon Prime Video)

Critique Ciné : Tin Soldier (2025, Amazon Prime Video)

Tin Soldier // De Brad Furman. Avec Scott Eastwood, Jamie Foxx et Robert De Niro.

 

Un casting avec Jamie Foxx, Robert De Niro, John Leguizamo et Scott Eastwood ? Forcément, ça interpelle. On s’attend à un thriller musclé, à un drame militaire qui prend aux tripes ou, au minimum, à un divertissement solide. Et puis arrive Tin Soldier, réalisé par Brad Furman. Ce qui aurait pu être un film nerveux et intense se transforme en un objet filmique si confus qu’il ressemble davantage à une pub de parfum filmée sous acide. Le pitch paraît simple : Nash (Scott Eastwood), ancien soldat, a tourné le dos à une secte militarisée menée par The Bokushi (Jamie Foxx), gourou extravagant aux airs de cosplay raté. Rongé par son passé, Nash décide d’affronter son ancien mentor.

 

Entouré de vétérans de l'armée, Bokushi a construit une forteresse impénétrable et a amassé un arsenal d'armes. Après plusieurs tentatives d'infiltration infructueuses, le gouvernement, par l'intermédiaire de l'agent militaire Emmanuel Ashburn, recrute Nash Cavanaugh, un ancien membre des forces spéciales qui fut autrefois un disciple du Bokushi.

 

En théorie, cela pourrait donner un drame psychologique doublé d’un film d’action. En pratique, c’est une soupe de flashbacks mal collés, de voix off soporifiques et de scènes hallucinées où l’on ne sait jamais si l’on regarde un souvenir, un rêve, ou juste l’éditeur qui s’amuse avec les filtres d’After Effects. Les personnages, eux, ne dépassent jamais la taille d’un post-it. Nash est censé être le héros torturé, mais il dégage autant d’émotion qu’une statue de cire fondue. The Bokushi, qui devrait être glaçant, ressemble plutôt à un mélange improbable de gourou télévangéliste et de figurant de convention cosplay. Quant au couple censé apporter un peu d’émotion à l’histoire, il est aussi inspirant qu’une publicité pour un crédit immobilier.

 

La mise en scène mérite une mention spéciale. Caméra tremblante, images floues, ralentis interminables… Tout semble pensé pour provoquer le mal de mer. Tin Soldier dure à peine 1h30, mais il en paraît trois fois plus, comme si chaque séquence avait été gonflée à coup de ralentis inutiles. Le réalisateur semble avoir confondu style avec effets de montage sous LSD. Les scènes de bataille ? Illisibles. Les décors ? Un camp de secte qui ressemble plus à un terrain de paintball bulgare qu’à une forteresse mystérieuse. Même les jeux de lumière donnent l’impression qu’un stagiaire s’est lâché sur les boutons d’une table de mixage. Parlons du casting. On retrouve Jamie Foxx, méconnaissable sous une barbe et une perruque ridicules. 

 

Son Bokushi, censé être un leader charismatique et dangereux, finit par ressembler à une parodie involontaire. Ses grands monologues pseudo-philosophiques donnent surtout envie de zapper ou de rire nerveusement. Scott Eastwood, lui, confirme qu’avoir un nom célèbre ne suffit pas à incarner un rôle principal. À chaque tentative d’émotion, il ressemble à un mannequin de vitrine essayant d’avoir l’air concerné. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il est incapable d’incarner quoi que ce soit. Difficile de croire qu’il porte un traumatisme ou une colère intérieure quand tout ce qu’il transmet, c’est l’envie qu’on lui offre un contrat publicitaire pour du gel coiffant. Et Robert De Niro dans tout ça ? Eh bien, si vous clignez des yeux, vous pourriez rater sa prestation. 

 

Quelques minutes à l’écran, un rôle anecdotique, et c’est tout. Autant dire que sa présence tient plus du coup marketing que d’un vrai apport au récit. Tin Soldier prétend aborder le syndrome de stress post-traumatique. En réalité, le sujet est survolé comme une note de bas de page. Quelques dialogues évoquent le trauma des anciens combattants, mais rien n’est creusé. Le TSPT sert simplement de prétexte à des ralentis dramatiques et à des tirades grandiloquentes. Résultat : un thème sérieux est instrumentalisé pour alimenter un scénario bancal, ce qui laisse un goût amer.  Visuellement, Tin Soldier alterne entre séquences sombres illisibles et passages saturés de filtres psychédéliques. 

 

Le tout ressemble à une vidéo expérimentale d’école de cinéma, mais avec un budget de blockbuster. Le contraste entre l’argent dépensé et le résultat final donne presque le vertige. Quand on apprend que le film a coûté près de 40 millions, la seule explication logique, c’est que l’argent a surtout servi à payer les cachets des stars. À la fin, difficile de tirer autre chose de Tin Soldier qu’un grand soupir de lassitude. Ce film avait tout pour devenir un drame militaire tendu, mais il se noie dans des effets tape-à-l’œil, des dialogues creux et une direction d’acteurs inexistante. C’est le genre d’expérience qui donne envie de vérifier sa montre toutes les dix minutes.

 

Il reste peut-être une attraction pour les amateurs de nanars : voir Jamie Foxx dans son pire look, observer Scott Eastwood lutter pour être expressif, ou constater à quel point De Niro peut s’impliquer peu. Mais pour tous les autres, c’est une perte de temps. Tin Soldier est l’exemple parfait de ce qu’un film ne doit pas être : un concept prometteur gâché par une exécution calamiteuse. C’est un mélange indigeste de secte, TSPT traité comme un décor et ralentis hallucinés, le tout servi par des acteurs qui semblent déjà ailleurs. Bref, un nanar mystico-militaire involontairement comique qui se regarde comme on observe un accident au ralenti : avec incrédulité, puis avec ennui. Par ailleurs, la présence de Saïd Taghmaoui aurait dû me mettre la puce à l’oreille quant à la qualité douteuse du produit…

 

Note : 1/10. En bref, Jamie Foxx, Robert De Niro et Scott Eastwood se perdent dans un nanar mystico-militaire involontairement comique qui se regarde comme on observe un accident au ralenti : avec incrédulité, puis avec ennui.

Sorti le 4 décembre 2025 directement sur Amazon Prime Video

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