Critique Ciné : TKT (2025)

Critique Ciné : TKT (2025)

TKT // De Solange Cicurel. Avec Lanna de Palmaert, Emilie Dequenne et Stéphane De Groodt.

 

Parler du harcèlement scolaire à travers un film de fiction est une démarche essentielle. Solange Cicurel a choisi de s’y attaquer avec TKT, adaptation du court roman jeunesse Tout ira bien d’Elena Tenace. Sur le papier, le projet avait tout pour séduire : un sujet grave, une volonté de sensibiliser, un procédé narratif original en suivant l’histoire à travers le “fantôme” d’Emma, une lycéenne poussée au suicide. Mais à l’écran, l’intention se heurte à une mise en scène trop didactique, qui donne l’impression d’assister à un long clip éducatif plutôt qu’à un vrai film de cinéma.

 

Alors qu'Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les "T'inquiète" de leur fille, ils auraient dû s'inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d'Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale.

 

L’histoire s’ouvre brutalement : Emma, 16 ans, fille unique choyée par ses parents (Émilie Dequenne et Stéphane De Groodt), est hospitalisée après une tentative de suicide. Plongée dans le coma, elle observe sa vie passée sous forme de spectre. Ce procédé rappelle Ghost, mais au service d’un récit adolescent où l’on suit ses soirées, ses potes, son premier amour et surtout, cette spirale insidieuse de petites moqueries qui finissent par devenir des agressions psychologiques. L’idée d’un narrateur fantomatique est intéressante : Emma découvre des vérités qu’elle n’avait pas perçues. Notamment que son harcèlement se cachait parfois derrière de simples “blagues” entre amis. 

 

Malheureusement, la finesse promise par ce dispositif se perd vite dans des dialogues trop explicatifs et des situations forcées. TKT assume son statut de film à message. Le problème, c’est qu’il n’arrive pas à dépasser ce cadre. Chaque scène semble construite pour illustrer une leçon : les signaux faibles du harcèlement, le rôle des témoins, les dégâts psychologiques, les responsabilités juridiques… Comme un manuel de prévention mis en images. À force de vouloir cocher toutes les cases, le film sacrifie la spontanéité. Les personnages paraissent écrits pour représenter des archétypes plus que pour exister réellement. Même les moments censés être légers (soirées, discussions entre copines) sonnent faux. 

 

On a parfois l’impression d’assister à un téléfilm pédagogique diffusé en seconde partie de soirée plutôt qu’à une œuvre pensée pour le grand écran. Visuellement, TKT manque de relief. La caméra se contente d’un style plat, sans identité forte. Le ton hésite en permanence : à la fois dramatique et scolaire, jamais pleinement cinématographique. Résultat : les scènes qui devraient bouleverser tombent à plat, étouffées par leur propre lourdeur. Le parallèle avec LOL de Lisa Azuelos, notamment à cause du titre “TKT” qui cherche à coller aux codes adolescents. 

 

Mais là où LOL captait un quotidien avec légèreté, Cicurel s’enferme dans une gravité constante, sans jamais trouver le juste équilibre entre authenticité et pédagogie. Côté casting, le constat est amer. Emilie Dequenne, habituellement lumineuse, n’arrive pas à sauver un rôle écrit comme un cliché de mère éplorée. Stéphane De Groodt, lui, reste cantonné au registre du père dépassé. Quant aux jeunes comédiens, ils souffrent de dialogues peu naturels qui les empêchent d’apporter de la vérité à leurs personnages. Lanna de Palmaert, qui incarne Emma, peine à convaincre. Est-ce la faute d’un texte trop artificiel ? Probablement. 

 

Sa présence aurait pu donner chair à l’histoire, mais son jeu reste limité, renforçant l’impression d’assister à une reconstitution scolaire. Le sujet central – le harcèlement scolaire qui mène au suicide – aurait pu bouleverser. Mais la manière dont il est traité écrase l’émotion. Chaque élément du scénario semble pensé pour démontrer, expliquer, marteler. La pédagogie prend le dessus sur le cinéma, réduisant les personnages à de simples supports de discours. C’est dommage, car certains choix narratifs, comme le point de vue d’Emma depuis son coma, avaient de quoi apporter une dimension originale. 

 

Mal exploité, ce ressort dramatique devient un artifice qui finit par alourdir encore plus l’ensemble. D’autres films récents ont mieux réussi à aborder des thématiques difficiles liées à l’adolescence et au consentement, comme À genoux les gars. Ces œuvres, imparfaites elles aussi, avaient au moins le mérite d’assumer un ton singulier et de donner de l’authenticité à leurs personnages. TKT, lui, préfère multiplier les messages clairs et nets, comme si le spectateur n’était pas capable de comprendre sans qu’on lui mâche tout.

 

TKT avait tout pour être un film nécessaire. Le sujet est brûlant d’actualité, le public visé est clairement concerné, et la démarche de Solange Cicurel part d’une volonté sincère. Mais un film, ce n’est pas une brochure de prévention mise en images. Le résultat ressemble plus à un téléfilm scolaire qu’à une œuvre de cinéma. Trop démonstratif, trop écrit, trop artificiel. Quelques idées – notamment le fantôme d’Emma – auraient pu sauver l’ensemble, mais elles sont noyées dans une approche trop scolaire. En sortant de la salle, le sentiment est clair : l’intention est louable, mais le cinéma mérite mieux que d’être réduit à un outil didactique.

 

Note : 3/10. En bref, un film à montrer dans les classes, peut-être. Mais certainement pas une expérience marquante en salle de cinéma.

Sorti le 24 septembre 2025 au cinéma

 

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