26 Septembre 2025
Pubertat // Mini-series. Episode 1. I.
Parler de l’adolescence sans tomber dans la caricature est un défi que peu de fictions relèvent avec sincérité. Avec Pubertat, mini-série espagnole lancée sur HBO Max, Leticia Dolera tente d’ouvrir une fenêtre sur cette période trouble où les identités se cherchent et où les certitudes vacillent. J’ai abordé ce premier épisode avec curiosité, mais le résultat laisse un goût mitigé : une entrée en matière qui se veut fine et réaliste, mais qui finit par apparaître fragile et, par moments, maladroite. Dès le départ, le projet se donne un cadre ambitieux : interroger les zones d’ombre de l’adolescence contemporaine. Consentement, sexualité, secrets de famille et poids des réseaux sociaux sont placés au cœur du récit.
Une prétendue agression sexuelle parmi des adolescents, qui met en lumière les tabous sexuels des adultes responsables d'eux.
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Autant de thèmes brûlants qui appellent une écriture nuancée, sous peine de sombrer dans le sensationnel ou, au contraire, dans un discours trop lissé. Ce premier épisode cherche visiblement à trouver un équilibre entre gravité et retenue. La série s’ouvre sur un univers local, celui des castells catalans – ces tours humaines où des dizaines de corps s’empilent dans une confiance mutuelle aussi fragile que spectaculaire. Le choix est intéressant : il offre un symbole évident de solidarité et de tension permanente, mais aussi un décor rarement exploité à l’écran. Pourtant, malgré cette idée prometteuse, la mise en place narrative peine à tenir ses promesses. L’intention est là, mais l’exécution manque de consistance.
La vie de groupe est d’abord présentée sous un jour presque apaisé. On assiste aux répétitions des adolescents, aux interactions des familles, à la force collective qui soude cette petite communauté fictive appelée les Menuts de Santa Vènia. Mais très vite, l’équilibre se brise lorsqu’une accusation surgit : trois garçons du groupe sont pointés du doigt sur les réseaux sociaux, accusés d’agression sexuelle. Ce déclencheur devrait créer un électrochoc. Pourtant, l’impact dramatique se dilue. Le scénario choisit la retenue, évitant les images explicites ou les confrontations directes. Ce parti pris aurait pu donner de la profondeur, mais il installe surtout un malaise sans véritable intensité dramatique.
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L’épisode prend un ton presque clinique, comme s’il refusait d’entrer dans le vif du sujet. Résultat : au lieu d’immerger, le récit laisse une distance. Côté personnages, le mélange entre adultes et adolescents aurait pu donner une vision riche du conflit générationnel. Leticia Dolera s’attribue le rôle d’une mère dont le fils se retrouve impliqué dans l’affaire. Elle incarne une femme prise entre deux élans contradictoires : protéger son enfant coûte que coûte ou reconnaître la gravité des accusations. Ce tiraillement est intéressant, mais l’interprétation manque parfois de relief, comme si l’actrice-réalisatrice cherchait à retenir ses émotions au lieu de les explorer pleinement.
Le père, interprété par Xavi Sáez, apporte une dimension plus fragile, presque effacée, qui contraste avec la posture défensive de la mère. Le duo fonctionne, mais il reste trop en surface, prisonnier d’une écriture qui privilégie les silences aux confrontations franches. Chez les adolescents, quelques visages se détachent. Carla Quílez et Ot Serra, par exemple, donnent un minimum de crédibilité à leurs personnages, oscillant entre insouciance et maladresse. Mais globalement, les jeunes sont plus esquissés qu’approfondis. Ils incarnent l’âge des premières fois, des erreurs irréparables, mais leur traitement demeure limité. J’aurais aimé sentir davantage leurs contradictions intérieures au lieu de simples postures.
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Visuellement, l’épisode cherche à traduire la dualité entre collectif et intimité. Les scènes de groupe baignent dans des couleurs chaudes, presque protectrices, alors que les confrontations privées se teintent de froideur et de distance. Ce contraste fonctionne, mais il finit par paraître systématique, comme une recette répétée sans surprise. La caméra s’attarde beaucoup sur les corps qui s’empilent lors des castells. Le symbole est clair : l’équilibre humain repose sur une confiance fragile. Mais cette métaphore, martelée dès le début, devient un peu trop appuyée. À force de souligner le parallèle entre les tours humaines et les relations interpersonnelles, la mise en scène perd en subtilité.
Ce premier épisode souffre surtout d’un problème de rythme. Les trente premières minutes prennent le temps d’installer chaque personnage secondaire, de montrer la vie de la communauté, de laisser planer l’ombre des tabous. Mais cette lenteur finit par alourdir l’expérience. L’intrigue peine à décoller, et l’on attend longtemps que les enjeux prennent une forme claire. La seconde moitié est plus tendue, avec une révélation qui relance l’intérêt. Pourtant, même ce moment clé arrive sans véritable montée dramatique. La série semble vouloir garder ses cartes pour plus tard, mais au prix d’un pilote qui, au lieu d’accrocher, donne l’impression de repousser l’essentiel.
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Il serait injuste d’ignorer la volonté de la série d’aborder des questions rarement mises au premier plan. La sexualité adolescente, la circulation des rumeurs en ligne, le rôle ambigu des parents dans l’éducation intime de leurs enfants : tout cela est mis sur la table. Mais la manière reste hésitante. Au lieu de donner une voix claire à ces problématiques, le scénario les effleure. La honte, le silence, la peur de la confrontation dominent. C’est réaliste, sans doute, mais cela rend l’ensemble frustrant. L’épisode refuse de trancher, refuse même de se positionner, ce qui donne une impression d’inachevé. Ce choix peut être lu comme une volonté d’ouvrir un débat, de laisser au spectateur la responsabilité de juger.
Mais dans un pilote, cette neutralité crée surtout une distance. Plutôt qu’un espace de réflexion, j’ai ressenti une forme de flottement, comme si la série hésitait entre dénonciation et observation. L’un des enjeux intéressants de Pubertat aurait pu être la transmission intergénérationnelle. Les adolescents découvrent la sexualité dans un monde où tout circule en ligne, où les images ne disparaissent jamais. Les adultes, eux, sont encore marqués par leurs propres tabous, incapables d’aborder ces questions frontalement. Le potentiel dramatique est énorme : montrer comment ces silences d’hier produisent les incompréhensions d’aujourd’hui. Les adultes sont montrés comme maladroits, mais jamais vraiment mis face à leurs responsabilités.
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Les jeunes, eux, subissent sans réellement s’exprimer. Résultat : le dialogue entre générations, qui aurait pu être le cœur de la série, reste esquissé au lieu d’être exploré. Au final, ce premier épisode ressemble à une tour humaine vacillante. La base est posée, mais elle tremble dès qu’on tente d’y ajouter un étage. Les thématiques sont pertinentes, la mise en scène est appliquée, mais l’émotion n’arrive jamais à s’imposer pleinement. L’épisode laisse un malaise, certes, mais pas celui qui provoque la réflexion : plutôt une sensation de promesse inaboutie. J’attendais de ce pilote une entrée en matière plus affirmée, capable de capter l’attention et de donner envie d’aller plus loin.
Au lieu de cela, j’ai eu l’impression de regarder une introduction interminable, où les enjeux se dessinent sans jamais se concrétiser. Pour une série qui ambitionne de parler de l’adolescence, cette hésitation est regrettable. L’adolescence, justement, est un âge de débordement, d’excès, d’élans bruts. Ici, tout est contenu, bridé, presque aseptisé. Pubertat démarre sur une note fragile, oscillant entre pertinence thématique et manque d’élan narratif. L’épisode 1 installe un décor original et aborde des sujets nécessaires, mais il échoue à transformer cette matière en récit engageant. Je ressors de cette première vision partagé : intéressé par ce que la série pourrait devenir, mais déçu par ce qu’elle propose pour l’instant.
Un pilote doit donner envie de poursuivre, et celui-ci laisse plutôt planer le doute. La suite montrera si cette fragilité était une étape volontaire ou si elle traduit les limites d’un projet qui peine à assumer ses ambitions. Pour l’instant, le premier épisode reste un essai fragile, parfois raté, qui ne parvient pas à tenir l’équilibre qu’il prétend incarner.
Note : 5/10. En bref, l’épisode 1 installe un décor original et aborde des sujets nécessaires, mais il échoue à transformer cette matière en récit engageant. Je ressors de cette première vision partagé : intéressé par ce que la série pourrait devenir, mais déçu par ce qu’elle propose pour l’instant.
Disponible sur HBO max
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