26 Septembre 2025
The A-Frame // De Calvin Reeder. Avec Johnny Whitworth, Dana Namerode et Nik Dodani.
Découvrir un film totalement par hasard réserve parfois de belles surprises. Avec The A-Frame, réalisé et écrit par Calvin Lee Reeder, l’expérience s’est révélée plus ambiguë : une proposition originale, portée par une idée intrigante, mais dont l’exécution reste en demi-teinte. Présenté comme une rencontre entre la science-fiction, le drame existentiel et le body horror, le film oscille sans cesse entre profondeur et maladresse. Le film s’ouvre sur deux séquences marquantes. La première, volontairement confuse et saturée de rouge, met en avant une étrange machine triangulaire, l’« A-Frame », créée par un scientifique indépendant.
Un physicien quantique met au point une machine qui crée un tunnel vers un univers subatomique. Par inadvertance, il découvre un traitement radical contre le cancer.
La seconde nous présente Donna, pianiste au bord du gouffre, qui s’apprête à perdre l’usage de sa main à cause d’un cancer. C’est à l’hôpital que Donna croise la route de Sam (Johnny Whitworth), un chercheur charismatique mais manipulateur, qui prétend détenir une solution miracle. Derrière son discours rassurant se cache une démarche douteuse : il a piraté les dossiers médicaux de la jeune femme et ment sur sa propre condition. Pourtant, sa promesse est irrésistible : grâce à son invention, la maladie pourrait disparaître. L’A-Frame n’a rien d’un traitement médical conventionnel. Il s’agit d’un dispositif de téléportation censé ouvrir des passerelles vers d’autres dimensions.
Lors de ses essais, Sam a découvert que les rats atteints de cancer revenaient « guéris » après leur passage dans la machine. De quoi convaincre des malades désespérés d’accepter de devenir ses cobayes humains. Donna est la première à se prêter au jeu, suivie de Rishi (Nik Dodani) et Linda (Laketa Caston), deux patients en phase terminale. Si la guérison semble réelle, les conséquences de ces expériences se révèlent de plus en plus effrayantes. Les corps se transforment, se déforment, parfois jusqu’à l’irreconnaissable, dans une série de séquences qui rappellent directement l’univers de David Cronenberg et son incontournable The Fly. Ce qui distingue The A-Frame est la volonté de combiner deux registres presque opposés.
D’un côté, on suit un drame intimiste sur la maladie et la fin de vie, avec des personnages qui cherchent à retrouver un peu de sens dans un quotidien marqué par la souffrance. De l’autre, on assiste à un récit de science-fiction teinté d’horreur, où l’ambition démesurée d’un scientifique entraîne des conséquences monstrueuses. Cette dualité est à la fois la force et la faiblesse du film. Certains passages dégagent une vraie émotion, notamment autour de Donna et Linda, confrontées à leurs choix et à leur dignité face à la maladie. Mais ces instants sont souvent noyés dans des séquences où la logique scientifique et la cohérence du récit se perdent, laissant place à des images spectaculaires mais parfois absurdes.
Côté casting, le film s’appuie sur un mélange d’acteurs connus et de visages plus discrets. Johnny Whitworth incarne un Sam à la fois séduisant et inquiétant, parfaitement ambigu. Nik Dodani et Phillip Andre Botello apportent une énergie différente, tandis que Laketa Caston donne une profondeur touchante à Linda. L’ensemble est solide, mais la construction narrative ne leur permet pas toujours d’exploiter pleinement leur potentiel. Le problème vient surtout du rythme. Le film prend beaucoup de temps à installer son univers et ses personnages, au point de sembler presque figé durant la première heure. Quand l’action démarre enfin, les événements s’enchaînent de manière précipitée, avec des rebondissements parfois incohérents.
Certaines scènes de transformation, bien que marquantes visuellement, posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses, donnant un sentiment d’inachevé. L’un des points positifs de The A-Frame réside dans ses effets spéciaux. Les séquences de mutations corporelles sont efficaces et renforcent l’atmosphère inquiétante. On retrouve un côté artisanal qui colle bien au style de Calvin Lee Reeder, avec des images dérangeantes mais évocatrices. Malheureusement, ces effets se heurtent à une écriture parfois maladroite. Certaines incohérences frappent, notamment dans la façon dont les expériences sont menées ou dans la logique des transformations.
À plusieurs reprises, l’invraisemblance l’emporte sur la tension dramatique, et l’on finit par décrocher face à un scénario qui se contredit lui-même. En sortant de The A-Frame, difficile de trancher. D’un côté, le film tente quelque chose d’audacieux, en mariant la réflexion sur la maladie avec un récit de science-fiction décalé. Cette hybridation, rare dans le cinéma indépendant, mérite d’être saluée. Mais de l’autre, le résultat donne un objet filmique inégal, parfois frustrant, qui manque de cohérence et de rigueur. J’ai trouvé le film intéressant dans ses intentions, mais trop lent à se mettre en place et trop confus dans sa seconde partie. Le mélange des genres aurait pu être fascinant, mais il laisse souvent une impression de maladresse, comme si Reeder avait eu plusieurs idées fortes sans réussir à les harmoniser.
The A-Frame est un film singulier qui ne ressemble pas vraiment aux productions actuelles. Calvin Lee Reeder propose une expérience qui mélange drame intime, science-fiction et body horror. L’atmosphère est intrigante, certaines scènes frappent, et le film réussit parfois à émouvoir. Mais l’ensemble reste fragile, plombé par des incohérences et un rythme déséquilibré. Ce n’est pas un mauvais film, mais ce n’est pas non plus une réussite. Pour ceux qui aiment les expériences cinématographiques hybrides, il y a sans doute de quoi y trouver de l’intérêt. Pour d’autres, la lenteur et les failles du récit risquent surtout d’apporter frustration et incompréhension.
Note : 5/10. En bref, un projet qui avait du potentiel, mais qui reste au milieu du gué, entre idée forte et exécution imparfaite.
Prochainement en France en SVOD
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