24 Septembre 2025
Lorsque j’ai lancé la première saison de The Ba*ds of Bollywood sur Netflix, je savais que le projet ferait parler. D’abord parce qu’il s’agit du tout premier travail d’Aryan Khan derrière la caméra, et ensuite parce que le titre lui-même annonce une approche provocatrice. Sept épisodes plus tard, je me retrouve avec un avis partagé, oscillant entre fascination et frustration. La série s’attaque à un sujet qui ne laisse jamais indifférent : l’industrie du cinéma indien, souvent désignée par le mot « Bollywood ». Entre glamour et scandales, rêves brisés et carrières fulgurantes, ce monde intrigue autant qu’il agace.
Un outsider ambitieux et ses amis naviguent dans le monde plus grand que nature mais incertain de Bollywood.
Aryan Khan a choisi d’en faire un miroir déformé, entre satire, drame et parodie assumée. Le résultat ? Une fiction qui divertit par moments, mais qui a aussi du mal à garder une ligne claire. Dès le premier épisode, le ton est donné : l’histoire se déroule dans les coulisses d’un milieu où les paillettes masquent mal les manipulations. Le personnage principal, Aasmaan Singh, est un jeune acteur qui rêve de percer. Sa trajectoire s’annonce classique : des débuts prometteurs, un film remarqué, puis les premières offres qui ouvrent la voie vers le succès. Mais la série choisit de détourner cette base en y ajoutant une couche de folie volontaire.
Aasmaan est confronté à des figures hautes en couleur, des producteurs excentriques, des actrices héritières de dynasties, et des personnages secondaires qui semblent sortis d’un carnaval satirique. Ce mélange crée une ambiance particulière : d’un côté, on rit des situations absurdes, de l’autre, on ressent parfois un malaise face au cynisme. Sur sept épisodes, certains filent à toute allure. L’humour noir et les dialogues incisifs rendent la progression fluide, presque addictive. Pourtant, d’autres chapitres s’étirent inutilement. Il m’est arrivé d’avoir envie d’avancer plus vite, comme si le récit s’attardait sur des détails secondaires.
Cette irrégularité est l’un des points faibles de la saison. On sent que l’écriture hésite entre la parodie totale et la volonté de construire un récit dramatique plus profond. Parfois, ces deux directions coexistent harmonieusement, mais à d’autres moments, elles se parasitent l’une l’autre. Le langage est brut, sans filtre. Loin d’être gratuit, cet aspect reflète bien l’ambiance décrite. Le monde représenté n’a rien d’aseptisé, et la vulgarité des personnages contribue à l’authenticité du tableau. Néanmoins, un passage en particulier – notamment dans l’épisode 6 – risque de déranger certains spectateurs plus sensibles. La série assume ce choix, mais cela peut réduire son accessibilité.
Impossible de parler de The Ba*ds of Bollywood sans évoquer les nombreuses apparitions de stars. Salman Khan, Ranveer Singh, et bien d’autres défilent devant la caméra. Ces présences créent un effet immédiat : elles font sourire, elles génèrent du buzz, elles entretiennent le jeu méta que la série met en place. Mais il faut être honnête : elles n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Leur rôle reste décoratif, comme si la simple présence de visages célèbres suffisait. À la longue, cet effet perd de son impact et finit presque par agacer. En matière de production, je m’attendais à plus. Red Chillies Entertainment, la société de Shah Rukh Khan, a habitué le public à des standards élevés. Ici, certains effets spéciaux font tâche, surtout lors des scènes d’action de l’épisode final.
Les courses-poursuites auraient gagné à être mieux soignées. Cela dit, les décors et la photographie restent globalement corrects. L’ambiance des soirées mondaines, les plateaux de tournage ou encore les ruelles bruyantes de Mumbai sont rendus de façon crédible. Difficile de juger un premier projet sans tenir compte du contexte. Aryan Khan, fils d’une légende vivante du cinéma, était attendu au tournant. La série prouve qu’il a des idées et un sens de l’autodérision. Son choix d’aborder de front le sujet du népotisme – à travers des dialogues qui renvoient aux débats actuels dans l’industrie – témoigne d’une certaine lucidité. Cependant, la mise en scène reste prudente.
On sent qu’il n’a pas encore osé aller au bout de sa vision. Résultat : le projet donne parfois l’impression de vouloir tout faire, sans vraiment trancher entre satire mordante et drame classique. Le personnage central, incarné par Lakshya, constitue l’un des points forts de la série. Son parcours mélange naïveté, ambition et révolte. On s’attache à lui, même quand ses réactions paraissent excessives. Ses interactions avec Parvaiz, interprété par Raghav Juyal, offrent des moments particulièrement savoureux. Leur complicité apporte une légèreté bienvenue. En revanche, la romance entre Aasmaan et Karishma, la fille de star jouée par Sahher Bambba, ne fonctionne pas.
L’alchimie est quasi inexistante, et chaque scène censée développer leur relation tombe à plat. Plusieurs acteurs de l’ombre méritent une mention. Rajat Bedi, par exemple, réussit à provoquer le rire presque à chaque apparition. Manoj Pahwa et Mona Singh, dans les rôles des parents d’Aasmaan, ajoutent une chaleur qui équilibre la satire. Bobby Deol, quant à lui, incarne un père autoritaire prêt à tout pour protéger sa fille, et son interprétation oscille entre caricature et vraie intensité dramatique. Ce qui rend la série intéressante, c’est sa manière de caricaturer les travers de Bollywood : les soirées démesurées, les scandales de drogue, les rivalités absurdes, le rôle omniprésent des médias. Ces éléments sont traités avec humour et cynisme, parfois de manière efficace.
Mais au fil des épisodes, le récit retombe dans des schémas déjà vus. L’opposition entre le « fils de personne » et la « princesse héritière » rappelle trop d’anciens films. En voulant dénoncer les clichés, la série finit par les reproduire. L’épisode 7 devait conclure avec force cette première saison. Malheureusement, les scènes d’action paraissent bâclées. Le manque de réalisme des effets visuels brise l’intensité attendue. La confrontation finale, censée porter une dimension dramatique, tombe un peu à plat. Cela dit, quelques dialogues bien placés réussissent à arracher un sourire, preuve que la série garde sa dimension comique jusqu’au bout.
Après avoir visionné les sept épisodes, je retiens surtout l’audace d’avoir tenté un tel projet. La série n’est pas parfaite, loin de là. Elle souffre d’un rythme inégal, de caméos surutilisés et d’une romance inutile. Mais elle parvient malgré tout à divertir, grâce à ses dialogues acérés, à ses personnages secondaires hauts en couleur et à son humour absurde. Je ne conseillerais pas cette série à quelqu’un qui cherche une histoire parfaitement écrite ou une réalisation impeccable. En revanche, pour ceux qui aiment les récits délirants, les clins d’œil méta et l’énergie du cinéma populaire indien, elle vaut le détour.
La saison 1 de The Ba*ds of Bollywood est une œuvre qui divise. Elle amuse, surprend, irrite parfois, mais ne laisse pas indifférent. Aryan Khan y montre un potentiel indéniable, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Ce n’est ni une révélation, ni un ratage complet. C’est un premier pas, avec ses forces et ses faiblesses, qui ouvre la porte à des projets plus aboutis à l’avenir. Et pour ma part, je préfère retenir cette tentative d’oser aborder de front les contradictions d’un univers qui, derrière ses paillettes, cache bien des zones d’ombre.
Note : 5/10. En bref, la saison 1 de The Ba*ds of Bollywood est une œuvre qui divise. Elle amuse, surprend, irrite parfois, mais ne laisse pas indifférent. Aryan Khan y montre un potentiel indéniable, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Disponible sur Netflix
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