The Girlfriend (Saison 1, 6 épisodes) : un jeu de miroirs aussi fun qu’empoisonné

The Girlfriend (Saison 1, 6 épisodes) : un jeu de miroirs aussi fun qu’empoisonné

Regarder The Girlfriend, c’est un peu comme accepter une invitation à dîner chez des inconnus riches : on sait que la soirée risque de devenir gênante, on reste par curiosité, et finalement on ne peut plus quitter la table. Cette mini-série en six épisodes n’a rien d’un festin grandiose, mais elle a ce goût particulier qui pousse à se resservir, encore et encore, jusqu’à l’assiette vide. Derrière son apparence de drame familial presque banal — une mère trop protectrice, un fils qui s’émancipe, une petite amie qui débarque — se cache un thriller psychologique bien plus retors. Et c’est précisément ce mélange de confort et de malaise qui rend la saison si agréable à suivre.

 

Laura ne manque de rien. Elle a une belle carrière, un mari aimant, Howard, et un fils qu'elle chérit, Daniel. Cette vie en apparence parfaite s'effondre lorsque Daniel ramène à la maison une copine, Cherry, dont Laura est convaincue qu'elle n'est pas celle qu'elle prétend être. Voulant protéger son enfant, Laura fera tout pour prouver qu'elle a raison. A juste titre ? Cherry est-elle réellement mal intentionnée ? Ou est-ce Laura qui est paranoïaque et possessive ? La vérité est une question de point de vue… 

 

Le point de départ semble sorti tout droit d’un manuel de comédie familiale : un fils modèle, Daniel, étudiant en médecine, nage dans un quotidien de privilèges aux côtés de sa mère Laura, galeriste élégante qui respire le contrôle. Puis surgit Cherry, nouvelle petite amie à l’allure flamboyante, débarquant avec sa robe rouge et son assurance maladroite. Dès le dîner de présentation, tout sonne faux : Laura la jauge avec une froideur polie, Cherry fait des efforts visibles mais gaffe, et Daniel, planté entre elles, semble totalement inconscient du volcan prêt à exploser. On se dit alors : encore une énième histoire de belle-mère et de belle-fille qui se détestent. Sauf qu’ici, le cliché se fissure rapidement.

 

Ce qui aurait pu rester une rivalité caricaturale glisse peu à peu vers quelque chose de plus sombre. Derrière chaque sourire se cache une menace, derrière chaque attention une suspicion. C’est dans ces interstices que la série s’installe. Le vrai coup de génie de The Girlfriend, c’est son dispositif narratif. Chaque épisode propose d’abord le regard de Laura, puis celui de Cherry. Même situation, mêmes dialogues, mais interprétation radicalement différente. Prenons cette fameuse robe rouge : dans la version de Laura, Cherry se pavane avec provocation, comme pour marquer son territoire. 

 

Dans celle de Cherry, la robe est au contraire source d’angoisse : trop chère, encore étiquetée, vite abîmée par un café renversé. Ce qui paraissait arrogance devient vulnérabilité. Résultat : impossible de rester figé dans un jugement. On croit avoir choisi son camp, et la scène suivante nous force à reconsidérer nos certitudes. C’est ce va-et-vient constant qui rend la série aussi addictive qu’un bon roman à suspense. Tout repose sur la confrontation entre Laura et Cherry. D’un côté, une mère qui a perdu une fille et reporte sur son fils une affection étouffante. De l’autre, une jeune femme qui refuse de rester enfermée dans les stigmates de son milieu social.

 

Laura incarne le pouvoir, la culture, la richesse. Cherry incarne l’intrusion, l’ambition, la débrouille. Mais plus la série avance, plus elles se ressemblent. Toutes deux veulent garder Daniel, non pas seulement par amour ou par désir, mais par besoin vital de ne pas perdre ce qu’elles considèrent comme leur territoire.

C’est un duel où personne n’est totalement innocente ni totalement coupable. Et c’est précisément ce flou qui nourrit l’intérêt. Il serait logique que Daniel soit l’axe central de l’histoire. Pourtant, il n’est jamais qu’un prétexte. Son rôle se limite souvent à sourire, séduire, et fermer les yeux sur ce qui se joue autour de lui.

 

Ce manque de relief est frustrant, mais il a aussi une fonction : montrer que ce récit n’est pas celui d’un fils écartelé entre deux femmes, mais celui de deux femmes qui utilisent un homme comme champ de bataille. Daniel devient un trophée, et sa passivité souligne encore davantage l’intensité de la rivalité. Il faut saluer ici le travail des deux actrices. Robin Wright, glaciale et fragile à la fois, incarne une Laura terriblement crédible. Elle donne corps à cette mère déchirée, capable de tendresse comme de manipulation extrême. Olivia Cooke, elle, réussit à faire de Cherry un personnage insaisissable : parfois victime, parfois prédatrice, toujours sur le fil.

 

Leur affrontement est le moteur du récit. Chaque échange est une partie d’échecs où le regard, le ton, le silence deviennent des armes. Sans elles, la série n’aurait pas cette intensité. La réalisation joue sur le contraste. À l’écran, tout est beau : villas modernes, piscines intérieures, voyages ensoleillés, vêtements taillés sur mesure. Mais sous cette perfection esthétique, tout respire la tension et la suspicion. La caméra s’attarde sur les détails, ceux qu’on remarque à peine mais qui font basculer une atmosphère : un geste trop long, une porte laissée entrouverte, un bijou disparu. La musique, parfois excessive, ajoute à cette sensation de malaise permanent. C’est un monde qui brille de l’extérieur mais qui pourrit de l’intérieur.

 

The Girlfriend ne se contente pas d’être un jeu psychologique. Elle raconte aussi un affrontement social. Laura appartient à un univers où tout est luxe, maîtrise et prestige. Cherry, elle, vient d’un monde où rien n’est acquis. Cette fracture sociale nourrit la méfiance. Laura soupçonne Cherry d’arriver avec ses manières et ses mensonges pour “grimper” dans une sphère qui n’est pas la sienne. Cherry, de son côté, perçoit dans chaque sourire de Laura un mépris voilé. La rivalité dépasse donc l’enjeu sentimental. C’est aussi une lutte de classes en huis clos. Autour de ce trio, le reste du casting paraît bien pâle. Le père, par moments touchant, reste trop effacé. 

 

Les amis, collègues ou connaissances servent surtout à faire avancer les fils de l’intrigue. On sent qu’ils auraient pu avoir plus de matière, mais la série choisit clairement de concentrer l’énergie sur le face-à-face féminin. C’est efficace, mais un peu frustrant. Comme si les autres n’existaient que pour mieux éclairer Laura et Cherry. Après six épisodes, on attend logiquement une conclusion forte, un coup de massue qui referme la boucle. Mais le final laisse sur sa faim. Tout ce qui a été construit avec soin semble se dégonfler un peu vite, comme si la série hésitait entre clore définitivement son récit ou garder une ouverture pour un éventuel prolongement. 

 

Ce n’est pas catastrophique, mais c’est frustrant. Après un tel crescendo, j’espérais une dernière note plus tranchée. Malgré ses défauts, j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder The Girlfriend. C’est le genre de série qu’on binge sans effort, enchaînant les épisodes comme des verres de vin qu’on sait un peu trop corsés mais qu’on boit quand même. L’écriture n’évite pas les clichés, les personnages secondaires sont parfois creux, et la fin n’est pas à la hauteur du chemin parcouru. Mais la confrontation entre Robin Wright et Olivia Cooke suffit à rendre le voyage fun, addictif, et finalement mémorable. The Girlfriend n’est pas une série qui réinvente le thriller psychologique. 

 

Elle ne cherche pas à révolutionner le genre, ni à cacher ses zones de confort. Mais elle assume pleinement son terrain de jeu : un face-à-face toxique entre deux femmes que tout oppose et que tout rapproche. C’est cette ambiguïté, ce jeu permanent entre empathie et rejet, qui rend la saison captivante. On se surprend à changer de camp d’un épisode à l’autre, parfois même d’une scène à l’autre. Et c’est là que réside tout le plaisir : dans cette valse des perspectives où rien n’est jamais figé. Alors oui, la fin déçoit un peu, mais le trajet en valait largement la peine. Une série imparfaite, mais intensément divertissante.

 

Note : 7/10. En bref, The Girlfriend n’est pas une série qui réinvente le thriller psychologique mais elle assume pleinement son terrain de jeu : un face-à-face toxique entre deux femmes que tout oppose et que tout rapproche.

Disponible sur Amazon Prime Video 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article
G
coucou toi<br /> trop bien pour cette article<br /> ca donne envie de regarde voir :OP<br /> bonne semaine :O))
Répondre