3 Octobre 2025
L’aéronaute // De Tim Oliehoek. Avec Sallie Harmsen, Pieter Embrechts et Beau Minnaert.
Avec L’Aéronaute, Disney+ propose un film en langue néerlandaise qui s’éloigne radicalement de son image habituelle. Pas de princesses ni de chansons entraînantes : ici, l’histoire s’ancre dans une réalité rude, marquée par le deuil, les secrets de famille et la difficulté à se reconstruire. Sur le papier, le projet semblait prometteur. À l’écran, le résultat se révèle pourtant bien moins convaincant. Dès les premières minutes, le spectateur comprend à quoi il a affaire : Gaby (Sallie Harmsen) se prend un coup de pied en plein visage… donné par son fils. Le ton est sec, abrupt, mais aussi symptomatique d’un film qui confond intensité et lourdeur.
Gaby, une éleveuse de poules, voit sa vie bouleversée lorsqu’un pilote de montgolfière arrogant s’écrase sur son poulailler. L’accident révèle les racines d’un conflit familial et oblige Gaby à affronter à la fois le pilote et son passé.
Le personnage principal, Gaby, vit dans une ferme isolée avec son fils Kuif et sa mère, qui ne parle plus depuis un accident tragique. Cette maison, censée incarner un refuge, devient surtout le théâtre d’un enfermement psychologique. La vie de Gaby est une succession de sacrifices : elle élève seule son fils, s’occupe de sa mère, multiplie les petits boulots pour payer les factures. Cette trajectoire, qui aurait pu émouvoir, finit par s’essouffler. Le film martèle sans cesse son malheur, au point de rendre le personnage presque inaccessible. Plutôt que de susciter l’empathie, cette accumulation d’épreuves crée une distance. L’intrigue bascule avec l’arrivée d’Arnaud (Pieter Embrechts), aventurier fantasque qui débarque en ballon, littéralement.
Sa rencontre avec Gaby aurait pu insuffler une énergie nouvelle, ouvrir le récit à une bouffée d’air. Mais la romance qui s’installe reste fragile et, surtout, peu crédible. Le duo peine à convaincre. La mise en scène force l’idée d’un rapprochement entre deux âmes cabossées, sans jamais donner l’impression que ce lien pourrait exister naturellement. Résultat : ce qui devrait être le cœur du film s’apparente davantage à un artifice scénaristique. Kuif (Beau Minnaert), le fils de Gaby, occupe une place centrale. Insolent, violent, instable, il incarne à la fois le poids du passé et l’impossibilité pour sa mère d’avancer. Mais le personnage finit par devenir une caricature.
À force de le montrer comme un obstacle permanent, le film passe à côté d’un vrai portrait d’enfant en souffrance. Son rôle, censé refléter la complexité d’une adolescence perturbée, se limite à des colères et des affrontements. Là encore, la subtilité manque cruellement. La grand-mère (Frieda Pittoors) est sans doute le personnage secondaire le plus marquant. Depuis la mort de son mari, elle s’est murée dans le silence, ne parlant ni ne marchant plus. Sa présence silencieuse exprime à elle seule une douleur plus authentique que bien des dialogues. Le principal défaut de L’Aéronaute réside dans sa mise en scène. Le réalisateur accumule les effets pour souligner la gravité : disputes interminables, regards pesants, piano omniprésent, flashbacks au ralenti… Tout est exagéré.
À force de marteler l’émotion, le film la vide de sa substance. Il y a des œuvres qui bouleversent par leur retenue. Ici, c’est l’inverse : le drame est tellement surligné qu’il finit par devenir mécanique. Au lieu d’être touché, je me suis retrouvé en retrait, presque insensible. Autour de Gaby, le film tente de dessiner une galerie de personnages secondaires : voisins, collègues, amis de passage. Mais ces figures manquent de consistance. Elles auraient pu apporter un souffle de légèreté, un contraste bienvenu face à la noirceur du quotidien de Gaby. Malheureusement, elles restent en arrière-plan, à peine esquissées.
Le dénouement se veut optimiste, comme une promesse de renaissance. Mais cette conclusion paraît forcée, presque artificielle. Après avoir imposé tant de noirceur, le film choisit une résolution trop facile, qui ne convainc pas. Tout semble écrit à l’avance, comme si le scénario suivait un chemin balisé, sans jamais surprendre. Il serait injuste de nier les qualités techniques de L’Aéronaute. La photographie est travaillée, les décors et costumes sont soignés, et certaines scènes visuellement marquent les esprits. Sallie Harmsen, malgré les limites du scénario, reste solide dans son rôle. Elle parvient à donner à Gaby une certaine densité, même si l’écriture ne l’aide pas toujours.
L’Aéronaute avait tout pour proposer une belle histoire de reconstruction, mais il s’enlise dans une lourdeur dramatique qui empêche toute véritable émotion. Le spectateur n’est jamais totalement emporté. Les intentions sont là, les moyens techniques aussi, mais le résultat reste figé, trop appuyé, parfois même agaçant. Je ressors de ce film partagé : un film ni totalement raté ni réellement réussi. Mais une chose est sûre, il manque de souffle. À force de vouloir en faire trop, il passe à côté de ce qui fait la force d’un drame intime : la simplicité et la sincérité.
Note : 4.5/10. En bref, un film qui, malgré quelques qualités visuelles et une actrice investie, ne parvient jamais à s’élever.
Sorti le 3 octobre 2025 directement sur Disney+
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