4 Octobre 2025
Spermageddon // De Tommy Wirkola, Rasmus A. Sivertsen. Avec la voix de Christian Mikkelsen, Nasrin Khusrawi et Aksel Hennie.
Spermageddon, film d’animation norvégien destiné aux adultes, promettait une aventure décalée autour de la puberté et de la sexualité. Sur le papier, l’idée est originale : suivre à la fois les péripéties d’adolescents découvrant le sexe et celles de spermatozoïdes en compétition dans la fameuse « Sperm City ». Mais à l’arrivée, le film peine à convaincre. Dès les premières minutes, le ton est donné. Jens, un adolescent nerd en pleine puberté, se retrouve embarqué malgré lui dans un camp de vacances. Sur place, il espère séduire Lisa, une camarade de son âge.
Chaque jour, des millions de spermatozoïdes sont voués à finir… dans un mouchoir. Parmi eux, Simonce et ses camarades, vivent dans le corps de Jens, un adolescent maladroit qui s’apprête à faire sa première fois. Bien décidés à atteindre l’objectif de leur vie, l’ovule, ils se lancent dans une course effrénée qui s’avère plus compliquée que prévue. A la fin, il n’en restera qu’un.
Pendant ce temps, dans son corps, les spermatozoïdes Simen et Cumilla vivent leur propre course vers l’ovule, ponctuée de leçons à l’Université de Fcking, de rivalités et de situations absurdes. L’idée pouvait prêter à rire et surprendre. Pourtant, ce double récit peine à trouver un rythme et tombe souvent dans l’excès. Le film s’appuie sur un humour très cru, qui mêle références pornographiques, slang et métaphores sexuelles à répétition. Le problème, c’est que ce ton constant finit par lasser. Ce qui devait être drôle devient répétitif, et la narration donne l’impression de forcer le comique à tout prix.
Certaines scènes flirtent avec l’absurde, mais elles ne suffisent pas à créer une vraie cohérence ou à faire naître un humour véritablement travaillé. Pour un spectateur adulte, le décalage est parfois gênant : certaines blagues tombent à plat, et d’autres passent trop loin dans le mauvais goût pour être vraiment amusantes. Au final, l’effet recherché – provoquer un rire intelligent ou au moins un sourire – se transforme en malaise ponctuel. Sur le plan technique, Spermageddon tient plutôt la route. La CGI est correcte, les couleurs sont vives et l’univers de Sperm City est inventif. Les personnages, malgré leur côté caricatural, sont bien modélisés et certaines séquences visuelles sont franchement originales.
Mais l’animation seule ne suffit pas à sauver le film. L’esthétique colorée et dynamique contraste avec un scénario qui manque de profondeur et d’émotion. Les personnages humains, notamment Jens et Lisa, restent plats et peu attachants. Quant aux spermatozoïdes, leur course frénétique est amusante au début, mais perd rapidement de son intérêt faute de réelle progression narrative. Le film tente également un aspect éducatif, expliquant le fonctionnement du corps et de la reproduction. Pour un public jeune-adolescent, cela peut avoir un certain intérêt. Mais pour des spectateurs censés déjà connaître ces bases, ces passages sonnent creux et répétitifs.
Le film s’embourbe dans des informations que l’on trouve aisément sur Internet, ce qui donne une impression d’inutilité et de longueur. L’intention est louable, mais la manière de l’intégrer à l’intrigue, combinée à l’humour lourd, rend le message confus. Le ton passe constamment du comique au pédagogique, sans jamais trouver un équilibre naturel. Spermageddon inclut quelques séquences musicales, avec un thème principal qui revient tout au long du film. Mais ces moments, censés apporter légèreté et rythme, paraissent artificiels. Le choix de ponctuer l’histoire avec des chansons et des gags visuels ne parvient pas à compenser les lacunes du scénario.
Certains personnages secondaires, comme Jizzmo, le spermatozoïde antagoniste, ou les « pré-cum monks », sont amusants sur le papier mais deviennent rapidement anecdotiques. Les clins d’œil à la culture norvégienne, comme les références à « Olsen Banden », ajoutent un côté local sympathique, mais restent peu accessibles à un public international. Le dernier acte du film propose un message sur la sexualité responsable et la contraception, sous forme de chanson finale. Le ton, presque cavalier, risque de laisser une impression mitigée. Si l’idée est de rappeler qu’il faut être prêt avant de s’engager, la manière dont cela est présenté, avec humour et légèreté, peut paraître simpliste et peu convaincante.
Le récit se termine sur une note qui n’apporte pas de vraie satisfaction narrative. Les deux histoires parallèles – celle des adolescents et celle des spermatozoïdes – se rejoignent de façon trop artificielle, sans créer de véritable tension dramatique ou émotionnelle. En résumé, Spermageddon est une curiosité qui tente de combiner comédie adulte et film d’animation. Mais l’humour forcé, l’intrigue décousue et le manque de vrais personnages attachants empêchent le film de fonctionner pleinement. L’animation et l’univers inventif apportent quelques moments de plaisir visuel, mais cela reste insuffisant pour emporter le spectateur.
Le film a quelques passages amusants et quelques idées originales, mais elles se perdent dans un flot de blagues répétitives et de situations trop explicites. La tentative d’équilibrer humour, pédagogie et aventure ne fonctionne pas vraiment, et laisse un sentiment de frustration.
Note : 4.5/10. En bref, ni vraiment drôle, ni vraiment instructif, le film se regarde sans réelle émotion, et son ton excessif le rend difficile à recommander. Ceux qui cherchent un vrai film d’animation adulte, avec un humour travaillé à la Sausage Party ou un scénario cohérent, risquent d’être déçus.
Sorti le 3 octobre 2025 directement sur Paramount+
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