Critique Ciné : Abattoir (2025, Amazon Prime Video)

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Abattoir (Meat Kills / Vleesdag) // De Martijn Smits. Avec Caro Derkx, Sem Ben Yakar et Sweder de Sitter.

 

Sorti sous le titre original Vleesdag, Meat Kills du réalisateur néerlandais Martijn Smits s’annonce comme le film d’horreur le plus sanglant jamais produit aux Pays-Bas. Et il faut reconnaître que cette promesse n’est pas totalement mensongère. Le film s’inscrit dans la lignée des gore fests européens des années 2000, avec des références évidentes à Hostel, Train ou Midnight Meat Train. Sauf qu’ici, ce n’est pas une auberge ou un métro new-yorkais qui sert de théâtre au carnage, mais une ferme porcine quelque part dans la campagne néerlandaise. 

 

Pour rejoindre un groupe d'activistes, Mirthe filme la cruauté d'une ferme porcine. Lorsqu'ils reviennent pour libérer les porcs, ceux-ci sont déjà morts. Le leader cherche à se venger sur les enfants de l'éleveur, forçant Mirthe à choisir son camp alors que la violence éclate.

 

L’intrigue de Meat Kills démarre de façon assez directe : une jeune femme nommée Mirthe, incarnée par Caro Derkx, infiltre une exploitation agricole afin de filmer les conditions d’élevage des cochons. Son but n’est pas de gagner de l’argent, mais d’impressionner un groupe d’activistes radicaux baptisé Animal Army. Sous la houlette de leur cheffe charismatique et un peu dérangée Nasha (Emma Josten), ces militants décident de frapper fort : s’introduire de nuit dans la ferme pour libérer les animaux. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Les porcs ont déjà disparu, et leur frustration se tourne contre les deux fils du fermier. Ce qui devait être une opération symbolique devient vite un jeu dangereux. 

 

Quand le patriarche (Bart Oomen) découvre la scène, la vengeance prend le dessus. Les rôles s’inversent brutalement : les “sauveurs” deviennent les proies, et la ferme se transforme en abattoir humain. Ce qui frappe le plus dans Meat Kills, c’est le manque total de personnages attachants. Tout le monde a quelque chose de détestable : les activistes sont aussi fanatiques que violents, le fermier est un sadique refoulé, et même Mirthe, censée représenter la voix de la raison, reste trop passive pour susciter de l’empathie. Ce choix narratif pourrait être intéressant s’il servait un propos fort sur la radicalisation ou la frontière floue entre victime et bourreau. Mais ici, tout semble survolé. 

 

Le scénario de Paul de Vrijer coche les cases du survival classique sans jamais creuser ses thèmes. Les dialogues sont plats, les motivations floues, et les rebondissements prévisibles. Au final, le film finit par ressembler à une série B un peu confuse, qui cherche à choquer plus qu’à raconter. Le décor de la ferme et du petit abattoir fonctionne bien visuellement. Les couloirs métalliques, la boue, le sang et le froid composent une atmosphère étouffante. Mais quelque chose cloche dans la cohérence du lieu : on a du mal à croire qu’une petite exploitation familiale puisse aussi être un site industriel complet de mise à mort. 

 

L’ensemble paraît monté pour le besoin du film, et ce manque de crédibilité nuit à l’immersion. En revanche, les effets pratiques signés Stephan Vos sont indéniablement réussis. Smits mise sur du vrai sang, des prothèses bien dégueulasses et une mise en scène sans filtre. Certaines scènes sont franchement difficiles à regarder, notamment une séquence de désossage particulièrement crue. Ce n’est pas du CGI aseptisé : c’est du vrai sang qui tâche à l’ancienne, et là-dessus, Meat Kills remplit son contrat. Ce qui surprend, c’est le ton du film. On aurait pu s’attendre à une satire mordante ou à une approche plus fun du gore, mais Smits joue la carte du réalisme sinistre : couleurs froides, caméra tremblée, lumière blafarde. 

 

Le résultat est cohérent, mais aussi un peu monotone. À force de vouloir être sérieux, Meat Kills perd l’énergie viscérale qui rend ce type de film excitant. Le rythme ne laisse pourtant aucun répit. Au bout d’un quart d’heure, les activistes sont déjà sur place, et le film bascule dans la violence sans transition. Cette efficacité a du bon, mais elle se fait au détriment de la tension dramatique. Quand tout explose trop vite, il ne reste plus rien à attendre du reste du récit, sinon une succession de morts. Caro Derkx s’en sort honorablement dans un rôle physiquement exigeant. Elle porte le film sur ses épaules, même si le scénario ne lui donne pas grand-chose à jouer d’autre que la peur. 

 

Emma Josten, avec son look punk et son attitude de chef de secte, est sans doute la plus marquante. Le reste du casting, notamment les fermiers et les seconds rôles, peine à convaincre. Les accents forcés et les dialogues bancals font parfois décrocher. Le problème principal de Meat Kills, c’est qu’il ne va pas au bout de ses idées. Le film flirte avec des sujets passionnants — l’activisme radical, la souffrance animale, la vengeance sociale — mais ne les aborde qu’en surface. Smits et de Vrijer semblent plus préoccupés par la quantité de sang que par la cohérence du propos. Résultat : on se retrouve avec un film qui frappe fort, mais qui ne touche jamais juste. 

 

Ce n’est ni un pamphlet contre l’élevage industriel, ni une véritable réflexion sur la violence humaine. Juste une suite de séquences brutales qui finissent par se ressembler. Malgré ses défauts, Meat Kills reste un jalon important pour le cinéma d’horreur néerlandais. Il prouve qu’un réalisateur local peut oser un film radical, techniquement solide et suffisamment sanglant pour attirer l’attention à l’international. Mais pour franchir un cap, il faudra que la prochaine génération de “Nederhorror” ose autant sur le fond que sur la forme. Meat Kills est brutal, viscéral, parfois impressionnant, mais rarement captivant.

 

Le film se regarde sans ennui, surtout si on le prend pour ce qu’il est : un exercice de style gore, sans grande ambition émotionnelle. Les amateurs de chair et de cris y trouveront leur compte, les autres risquent de décrocher rapidement. En résumé, Meat Kills offre une belle vitrine pour les effets pratiques et les ambitions du genre aux Pays-Bas, mais peine à exister au-delà de son carnage. Le sang coule à flots, mais l’émotion reste au point mort.

 

Note : 5/10. En bref, Meat Kills est brutal, viscéral, parfois impressionnant, mais rarement captivant. Le film se regarde sans ennui, surtout si on le prend pour ce qu’il est : un exercice de style gore, sans grande ambition émotionnelle. 

Prochainement sur Amazon Prime Video en France.

Disponible sur Amazon Prime Video aux Pays-Bas, accessible via un VPN.

 

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