Critique Ciné : Messy (2025)

Critique Ciné : Messy (2025)

Messy // De Alexi Wasser. Avec Alexi Wasser, Thomas Middleditch et Ruby McCollister.

 

Difficile de trouver un mot plus juste que Messy (“désordonné”) pour décrire le premier film écrit, réalisé et interprété par Alexi Wasser. Ce projet indépendant, censé être une comédie sur la vie sentimentale d’une femme de 44 ans à New York, finit surtout par ressembler à un vlog de luxe, long, bancal et égocentrique. Sous couvert d’autodérision, Messy expose une héroïne qui se filme sans relâche, parle sans écouter, et transforme chaque échec en scène de confession artificielle. Résultat : un film aussi fatiguant qu’un feed Instagram mal trié. Le scénario, s’il en existe vraiment un, suit Stella Fox, une ancienne groupie de rock devenue “créatrice de contenu” ratée. 

 

La vie sentimentale compliquée de Stella Fox, qui s'installe à New York après sa rupture.

 

Après avoir échoué dans tout ce qu’elle entreprend à Los Angeles — podcasts, relations, petits boulots d’actrice — elle décide de tout quitter pour New York. Là, surprise : elle échoue de nouveau. Le film enchaîne alors les mêmes scènes sur un ton faussement désinvolte : rendez-vous ratés, jobs absurdes, soirées sans but, conversations creuses. Rien n’avance, et surtout rien ne change. À la fin, Stella est exactement la même qu’au début, simplement plus bruyante. On sent que Wasser voulait faire un portrait lucide d’une femme perdue, mais le résultat ressemble davantage à un journal filmé où la réalisatrice cherche désespérément à attirer l’attention — quitte à s’inventer un chaos pour paraître intéressante.

 

Ce qui frappe le plus dans Messy, c’est la place qu’occupe Alexi Wasser dans son propre film. Elle est littéralement dans chaque plan, chaque scène, chaque tirade. Les autres personnages n’existent que pour lui donner la réplique, souvent pour la flatter ou lui servir de miroir. Ce n’est pas qu’une question de mise en scène : c’est une posture. On a l’impression que Wasser se regarde vivre plus qu’elle ne joue. Chaque moment semble calculé sans que rien ne sonne vrai. Certains critiques la comparent à une version féminine de Kevin Smith, mais c’est généreux. Là où Smith avait un sens du rythme et une vraie culture de la dérision, Wasser semble se contenter d’appuyer sur “record” et d’espérer que sa sincérité fera le reste.

 

Difficile de ne pas penser à Sex and the City en regardant Messy. Même ville, même obsession pour les relations, même besoin de parler sans arrêt de soi. Mais ici, tout sonne faux : le glamour a disparu, remplacé par une maladresse constante. Les dialogues manquent de naturel, la caméra tremble, la lumière change d’un plan à l’autre, et le montage donne parfois l’impression d’avoir été fait à la va-vite sur un vieux logiciel. Le résultat évoque plus une web-série amateur qu’un vrai film de cinéma. Certains passages semblent même improvisés. On sent Wasser perdue dans sa propre mise en scène, essayant de donner du sens à un récit qui n’en a pas. Ce n’est pas audacieux, c’est juste mal dirigé.

 

Messy se veut une comédie “honnête” sur les échecs amoureux et la solitude féminine. Le problème, c’est qu’il n’y a rien de vraiment drôle. Les gags sont forcés, les situations déjà vues, et le ton hésite constamment entre satire et pathétique. Les rares moments censés faire rire se résument à Stella en train de monologuer, de boire ou de raconter une histoire de rendez-vous raté. Les dialogues s’étirent, les punchlines ne tombent jamais, et on finit par se demander si l’humour n’était pas resté coincé au montage. Au lieu de rire, on assiste à une succession de maladresses embarrassantes. On ne rit pas avec Stella, on rit d’elle. Et au bout d’un moment, même ce rire-là s’éteint.

 

La plus grande faiblesse de Messy, c’est son incapacité à faire vivre ses idées à l’écran. La mise en scène reste figée, sans rythme, sans regard cinématographique. La caméra semble posée au hasard, comme si le simple fait de filmer suffisait à donner du sens. Aucune émotion ne circule, aucune tension ne s’installe. On regarde une succession de scènes plates, ponctuées de silences gênants et de dialogues interminables. L’impression générale est celle d’un brouillon laissé trop longtemps à l’écran. Le film aurait pu fonctionner comme une chronique intime si Wasser avait accepté de se confronter à autre chose qu’à elle-même. Mais elle ne le fait jamais. Tout tourne autour de son visage, de sa voix, de ses déboires. 

 

À force de se mettre en scène, elle finit par effacer tout ce qui pourrait ressembler à du cinéma. Sur le plan technique, Messy peine à atteindre le niveau d’un projet professionnel. L’image est inégale, la lumière souvent trop crue, le son approximatif. Certains plans donnent l’impression d’avoir été filmés à la volée, sans préparation. Même les scènes censées représenter New York manquent de relief. La ville n’a aucune présence. Elle devient un simple décor, interchangeable, là où elle aurait pu incarner quelque chose : la solitude, la fuite, le mythe du recommencement. Tout paraît improvisé, bricolé, presque jeté là pour remplir les 90 minutes de film. 

 

On comprend pourquoi Messy n’a pas encore trouvé de distributeur : il a le ton d’un projet personnel, mais pas la rigueur d’un vrai film indépendant. Le problème de Messy, c’est qu’il confond intimité et exhibition. Alexi Wasser croit livrer une confession sincère sur sa vie amoureuse, mais ne fait que recycler les clichés de la crise existentielle version L.A./NYC. Le film ne raconte rien de neuf sur la solitude, le désir ou le vieillissement. Il recycle les mêmes codes : la femme perdue qui cherche l’amour, les soirées pleines de coke et d’ego, les discours creux sur la liberté. C’est une imitation du chaos, sans en avoir la vérité. Au lieu d’émouvoir, Messy fatigue. On n’en retient qu’une impression : celle d’avoir assisté à une thérapie filmée, sans que la réalisatrice ne trouve jamais la clé de sa propre histoire.

 

Messy avait tout pour être une comédie acide sur le narcissisme moderne. Mais à force de se contempler, Alexi Wasser oublie le spectateur. Ce film n’est ni drôle, ni touchant, ni même intéressant. Il est juste ce qu’il annonce : désordonné, confus et autocentré. Certains projets personnels gagnent à rester personnels. Celui-ci aurait peut-être dû rester un podcast, ou une série YouTube — car à l’écran, il ne reste qu’un long miroir, et derrière, rien.

 

Note : 2/10. En bref, Messy avait tout pour être une comédie acide sur le narcissisme moderne. Mais à force de se contempler, Alexi Wasser oublie le spectateur. Ce film n’est ni drôle, ni touchant, ni même intéressant. Il est juste ce qu’il annonce : désordonné, confus et autocentré.

Prochainement en France en SVOD

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