Critiques Séries : Tulsa King. Saison 3. Episode 9.

Critiques Séries : Tulsa King. Saison 3. Episode 9.

Tulsa King // Saison 3. Episode 9. Dead Weight.

 

Arrivé à l’épisode 9 de cette saison 3, on sent que Tulsa King prépare son final avec l’assurance d’une série qui connaît sa force, mais aussi avec les défauts qu’elle traîne depuis le début de la saison. “Dead Weight” est un épisode étrange : dense, chargé, ambitieux dans certaines scènes, et pourtant plombé par ce sentiment persistant que tout aurait pu être plus tendu, plus percutant, plus urgent. On avance, oui. Mais à pas mesurés, comme si le show cherchait encore à comprendre où placer vraiment sa priorité entre le chaos criminel, l’humour mafieux et la construction de ses personnages secondaires. Le plus frustrant, c’est que Tulsa King sait faire mieux. Elle l’a déjà montré. 

 

La saison avait démarré avec de belles promesses, une menace centrale qui semblait enfin prête à challenger Dwight autrement que par des magouilles approximatives, et un univers qui s’élargissait sans se disperser. Puis, comme souvent avec cette série, l’élan s’est émoussé. L’épisode précédent avait déjà accusé un manque de vigueur, et “Dead Weight” est un peu dans la même veine : meilleur par endroits, moins brouillon, mais toujours en deçà de ce que cette montée en puissance aurait dû être. On retrouve pourtant l’un des ingrédients qui donnent vraiment envie d’y croire : l’arrivée de Samuel L. Jackson. Rien que sa présence rappelle tout ce que Tulsa King réussit quand elle se concentre sur l’essentiel : deux légendes, deux vieilles âmes forgées par la violence, face à face dans un monde moderne qui ne fonctionne plus selon leurs vieux codes. 

L'ouverture de l'épisode, avec Russell exécutant un contrat d’un calme presque clinique, donne immédiatement un ton plus tendu et plus brutal que celui que la série a souvent adopté cette saison. Sa rencontre avec Quiet Ray, puis son hésitation à reprendre du service, crée cette ambiguïté morale qui manque souvent ailleurs. Et pourtant, même ici, la série reste dans la retenue. Russell refuse d’abattre Dwight, évidemment, et tout ce qui devrait être un grand pivot dramatique se résout presque trop proprement. Tulsa King adore montrer que Dwight est intouchable, parfois invincible, et cela finit par gommer toute tension réelle. 

 

Depuis plusieurs épisodes, on nous vend Jeremiah comme une menace colossale, Ray comme une ombre venue réclamer un tribut, Musso comme une épée de Damoclès bureaucratique. Mais Dwight balaie tout cela comme si l’univers entier était incapable de l’atteindre. C’est spectaculaire, mais pas très dramatique. “Dead Weight” tente néanmoins de remettre du grain dans les rouages. La scène où Dwight et Russell se retrouvent face à des tueurs, presque comme deux vieux briscards s’amusant à redevenir ce qu’ils étaient, fonctionne terriblement bien. C’est presque irritant : cet épisode, par moments, montre le niveau que la série pourrait atteindre si elle assumait pleinement la noirceur et la gravité de son univers. 

Leur duo est l’un des meilleurs ajouts de la saison, et l’alchimie Stallone/Jackson, immédiate, donne un relief presque rétro qui s’accorde parfaitement à Tulsa King. Là où la série continue de trébucher, c’est sur ses personnages secondaires. Tyson, par exemple, persiste à croire que quelques liasses suffisent à le transformer en caïd. Dès qu’il parle de “potentiel” ou de “niveau supérieur”, on sait exactement où cela va : droit dans le mur. Ses erreurs répétées, son absence totale de recul, tout cela commence à tourner en rond. Tulsa King semble vouloir montrer qu’il n’a rien appris, mais à force de le marteler, le personnage devient une caricature de ce qu’il pourrait être. 

 

Spencer est un peu dans le même cas : son développement est attaché à Tyson au lieu de suivre sa propre trajectoire. Pendant ce temps, les femmes de la série sont toujours traitées comme des parenthèses qu’on ne prend jamais le temps d’explorer vraiment. Joanne a pourtant prouvé qu’elle avait de l’impact, et sa dynamique avec Grace aurait pu devenir un véritable axe narratif. L’épisode tente quelque chose dans ce sens, et les scènes entre elles deux laissent entrevoir une direction qui aurait enrichi la saison si elle avait été lancée plus tôt. Mais Tulsa King reste avare dès qu’il s’agit de laisser ses personnages féminins respirer ailleurs que dans l’ombre de Dwight ou des Dunmire.

Justement, chez les Dunmire, la situation s’effondre enfin, mais là encore de manière inégale. Jeremiah, en plein meltdown face à la débâcle commerciale, explose littéralement en attaquant son propre héritage. C’est une scène puissante, mais encore une fois trop tardive dans la saison. On sent que l’épisode veut amener ce clan au bord du gouffre avant le final, mais ce basculement aurait gagné à être mieux préparé, mieux distillé. La détresse de Jeremiah pourrait être tragique, mais la série n’a jamais pris le temps de vraiment creuser ce personnage au-delà de ses impulsions agressives. Et puis il y a la dernière scène, celle qui propulse le final. Joanne, réveillée en sursaut, se retrouve prise en otage par les hommes de Dunmire. 

 

C’est brutal, sec, efficace. Mais c’est aussi symptomatique d’un problème récurrent : la série n’expose jamais Dwight à la vulnérabilité autrement qu’en s’attaquant aux femmes autour de lui. Cela fonctionne, certes, mais cela finit aussi par devenir mécanique. Cela manque d’audace. Cela manque de tragique véritable. “Dead Weight” est donc un épisode frustrant. Pas mauvais. Mieux ficelé que plusieurs précédents. Porté par un Samuel L. Jackson impeccable et par une énergie qui, par moments, laisse entrevoir tout le potentiel de cette saison. Mais on sent encore le poids mort – justement – de la dispersion narrative, de la menace perpétuellement repoussée, et de cette incapacité à vraiment secouer Dwight autrement que par des attaques périphériques.

Le final a désormais une lourde tâche : remettre de la gravité, du danger, du vrai risque dans une série qui semble parfois trop aimer son héros pour le mettre en difficulté. Si Tulsa King veut conclure cette saison sur une note forte, il va falloir arrêter de dégonfler chaque menace avant même qu’elle n’explose. Il est temps que Dwight Manfredi saigne un peu, au moins symboliquement. Parce que malgré toutes les frustrations, on reste là. On regarde. On attend. On espère. Comme toujours avec Tulsa King.

 

Note : 5.5/10. En bref, si Tulsa King veut conclure cette saison sur une note forte, il va falloir arrêter de dégonfler chaque menace avant même qu’elle n’explose. 

Disponible sur Paramount+

 

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