13 Octobre 2025
Tulsa King // Saison 3. Episode 4. Staring Down the Barrel.
Après trois épisodes haletants, Tulsa King semblait avoir trouvé son rythme : violence maîtrisée, rivalités explosives et humour noir parfaitement dosé. Pourtant, l’épisode 4 de cette troisième saison, intitulé “Staring Down the Barrel”, marque un net ralentissement. Si la tension reste palpable, le récit s’enlise dans une mise en scène plus tiède, où l’énergie brute du début de saison cède la place à un entre-deux maladroit. Un épisode de transition, certes, mais qui manque cruellement d’inspiration. Depuis la perte du fameux bourbon Montague, Dwight Manfredi (Sylvester Stallone) et son équipe s’efforcent de reprendre la main face aux redoutables Dunmire.
Cette guerre pour le pouvoir et l’argent, amorcée de façon explosive dans les épisodes précédents, aurait pu continuer à faire monter la pression. Malheureusement, cette fois, le scénario s’étire et se disperse. Les confrontations s’enchaînent sans réelle intensité : un peu de tension ici, quelques échanges nerveux là, mais jamais cette montée d’adrénaline qu’on attend d’un show aussi viril et corrosif. Là où Tulsa King brillait par son équilibre entre le burlesque et le brutal, cet épisode donne le sentiment que la série s’observe elle-même, comme si elle craignait d’en faire trop. Dwight, d’ordinaire si charismatique, semble presque en retrait.
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On sent la volonté des scénaristes de donner de la place aux seconds rôles, mais le résultat est inégal : à trop vouloir densifier son univers, Tulsa King commence à ressembler à Yellowstone, avec ses intrigues parallèles parfois plus bavardes que percutantes. L’un des problèmes majeurs de cet épisode, c’est la dispersion. On passe d’une scène à l’autre sans véritable fil conducteur. Bodhi, par exemple, passe une grande partie de son temps devant un écran, à bidouiller un système de vol numérique et à lancer une campagne marketing autour d’un influenceur IA. Une idée qui aurait pu être drôle et satirique… si elle n’était pas traitée avec autant de légèreté. Cette intrigue donne l’impression d’un remplissage artificiel, comme si on voulait “moderniser” le crime organisé en ajoutant une touche high-tech à tout prix.
Du côté de Tyson, la dynamique père-fils amorcée ici apporte un peu d’humanité à l’ensemble, mais manque de profondeur. L’idée que Tyson découvre les zones d’ombre du passé de son père aurait pu offrir une vraie tension dramatique. Au lieu de ça, on reste sur des échanges convenus, presque sages. On devine pourtant que cette relation pourrait prendre une tournure plus tragique dans la suite de la saison — et il faut espérer que ce soit le cas. Même constat pour l’inspecteur Musso, dont la présence intrigue autant qu’elle déçoit. Présenté comme un antagoniste ambigu à la fin de la saison 2, il peine désormais à convaincre. Sa relation avec Dwight manque de clarté, et ses motivations deviennent floues.
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On sent que la série cherche à construire une toile complexe entre FBI, mafia et alliances troubles, mais le tout reste trop décousu pour captiver. Visuellement, l’épisode est impeccable. Peut-être trop. On perd cette patine brute et poussiéreuse qui faisait tout le charme des premières saisons. Les décors, l’éclairage, les plans : tout semble millimétré, mais sans âme. Là où Tulsa King se distinguait par un côté old-school et rugueux — entre western moderne et drame mafieux —, cet épisode donne presque l’impression d’un produit formaté. Même les scènes d’action, rares ici, manquent d’impact. Le face-à-face entre Dwight et Jeremiah Dunmire, censé être le point culminant de l’épisode, se résout trop facilement.
Là où l’on attendait une confrontation intense, on assiste à une reddition quasi pacifique. Jeremiah, que l’on pensait être un méchant implacable, se révèle finalement presque raisonnable. Résultat : la tension s’évapore. À ce stade, on se surprend à regretter Chickie Invernizzi et ses excès grotesques — au moins, il mettait du feu dans la baraque. S’il y a un aspect qui sauve partiellement l’épisode, c’est bien la présence féminine. Margaret, notamment, gagne en épaisseur. Son alliance (surprenante) avec Cal Thresher, désormais candidat au poste de gouverneur, apporte une dimension politique intéressante. On sent qu’elle joue sur plusieurs tableaux, cherchant à tirer profit de chaque opportunité — y compris en manipulant Dwight à demi-mot.
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La scène où elle annonce leur accord à Dwight est savoureuse : à la fois tendue, ironique et pleine de sous-entendus. La série retrouve ici un peu de sa verve, celle qui mêle drame et séduction dans un même souffle. Margaret, en somme, devient l’un des personnages les plus fascinants de cette saison : fine, stratégique, et bien plus redoutable qu’elle ne le laisse paraître. De son côté, Grace tente de maintenir la cohésion au sein du groupe. Sa vision plus morale et maternelle contraste avec le cynisme ambiant, et même si son rôle reste secondaire, elle incarne cette humanité vacillante qui empêche Tulsa King de sombrer dans la caricature totale.
Soyons clairs : tout n’est pas à jeter. Cet épisode 4 a le mérite d’offrir une respiration après trois chapitres ultra nerveux. Il prend le temps d’explorer les conséquences des récents événements et de repositionner les alliances. Mais cette pause aurait gagné à être plus inspirée. Le rythme en dents de scie, les sous-intrigues trop dispersées et la mise en retrait de Dwight affaiblissent la tension générale. La série semble se chercher entre deux directions : doit-elle rester un gangster show à l’ancienne centré sur un Stallone charismatique, ou évoluer vers une fresque chorale à la Yellowstone ? Pour l’instant, le curseur est mal placé. On sent toutefois que les scénaristes préparent quelque chose de plus grand.
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Les derniers instants, marqués par la mystérieuse apparition de Quiet Ray et son appel énigmatique à Bill, laissent présager un retour des vieilles alliances new-yorkaises. Si cette piste est exploitée avec audace, elle pourrait bien relancer la machine. Malgré quelques éclairs de justesse, “Staring Down the Barrel” est sans conteste l’épisode le plus faible de la saison 3. Une heure trop sage, trop bavarde, où l’écriture perd de son mordant et où Stallone se retrouve relégué au second plan. On sent le potentiel d’un grand arc narratif à venir, mais cet épisode, lui, sert surtout de transition. C’est le genre de passage qu’on accepte dans une série à long souffle — à condition qu’il débouche sur un véritable électrochoc par la suite.
Espérons que Tulsa King retrouve vite son sens du danger, son humour noir et cette énergie brute qui en ont fait un des shows les plus jouissifs du catalogue Paramount+. En attendant, on garde la foi : Dwight Manfredi n’a pas dit son dernier mot. Mais il serait temps qu’il recharge ses revolvers — métaphoriquement et littéralement.
Note : 5/10. En bref, un coup de mou dans l’empire Manfredi.
Disponible sur Paramount+
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