Critiques Séries : Tulsa King. Saison 3. Episode 8.

Critiques Séries : Tulsa King. Saison 3. Episode 8.

Tulsa King // Saison 3. Episode 8. Nothing is Over.

 

On le sentait venir. Après un épisode 7 un peu plus solide, Tulsa King devait enfin passer la seconde, livrer cette tension brute et cette émotion que la saison semblait retenir depuis trop longtemps. Et de fait, l’épisode 8, intitulé « Nothing Is Over », démarre comme une promesse explosive : une heure d’adrénaline, de drames, de manipulations politiques et de règlements de compte sanglants. Mais sous la surface de cette réussite spectaculaire, quelque chose sonne creux. Comme si la série, tout en retrouvant un certain panache, confirmait en même temps ce qu’elle a perdu : la profondeur, l’équilibre, et ce ton si singulier qui faisait sa force.

 

Dès les premières minutes, l’atmosphère est lourde. Le décor de la distillerie, devenu théâtre de toutes les tensions, suinte la menace. Dwight Manfredi, toujours campé par un Sylvester Stallone massif et charismatique, reprend les commandes comme au bon vieux temps. Mais le General, désormais plus politicien que gangster, semble naviguer entre deux mondes : celui du pouvoir et celui de la vengeance. Sa partie d’échecs avec Musso, l’agent fédéral qui croit encore au système, donne enfin à la saison un vrai moment de confrontation morale. Dwight n’est plus seulement un caïd de retour aux affaires ; il devient le miroir d’un système corrompu, où la justice n’existe plus que comme illusion. 

Quand il accule Musso en le forçant à affronter ses propres compromissions, on retrouve l’intelligence d’écriture des premières saisons, ce mélange de brutalité et de lucidité qui faisait de Tulsa King une série à part. Mais ces fulgurances restent rares. Car derrière la puissance des dialogues et la tension du face-à-face, le scénario retombe vite dans ses travers : un rythme haché, des intrigues secondaires sans souffle et une mise en scène qui confond intensité et agitation. Le retour du Watchmaker, tueur méthodique et courtois, apporte bien un sursaut d’angoisse, mais la série en fait un monstre trop théâtral pour être crédible. Son duel avec Dwight, pourtant haletant, se clôt sur une scène aussi baroque que symbolique : le tueur enterré vivant dans un mausolée. 

 

C’est visuellement fort, presque cathartique, mais c’est aussi le résumé de ce qu’est devenue Tulsa King : une série fascinée par sa propre imagerie, au risque d’oublier l’émotion qu’elle cherche à provoquer. Et pourtant, l’épisode a de véritables réussites. La séquence du dîner politique, où Margaret manœuvre avec un calme d’acier au milieu d’une bombe littéralement prête à exploser, est l’un des meilleurs moments de la saison. Dana Delany y brille de retenue et de tension contenue ; sa scène avec Dwight, brève mais chargée de sous-entendus, redonne un peu de chair à des personnages que l’on croyait perdus dans la mécanique du récit. 

Cette relation ambiguë, entre respect et tendresse, rappelle ce qu’était Tulsa King : une série où l’humanité perçait encore sous la croûte du crime. Mais la série retombe aussitôt dans ses automatismes. L’explosion, parfaitement filmée, arrive comme un feu d’artifice trop bien chronométré. Tout est spectaculaire, mais tout semble prévu pour cocher la case du “grand moment” de la saison. Aucun personnage majeur ne meurt, personne ne paie vraiment le prix de ses choix, et cette absence de conséquence mine peu à peu la crédibilité du récit. On voudrait croire que tout cela prépare une fin de saison tragique, mais Tulsa King nous a trop souvent promis des chocs sans jamais vraiment les assumer.

 

Ce sentiment de “sécurité” est sans doute ce qui rend la série aujourd’hui frustrante. Dwight reste inébranlable, toujours au-dessus du jeu, toujours gagnant. Ce qui faisait sa force – sa dureté mêlée de fragilité, sa manière de réinventer les codes du mafieux vieillissant – s’est dilué dans une mécanique prévisible. Là où la saison 1 oscillait entre comédie grinçante et drame existentiel, la saison 3 s’est enfermée dans une routine d’actions et de trahisons sans vraie portée. Même la photographie, autrefois soignée, paraît désormais standardisée, presque paresseuse. Et pourtant, malgré ses failles, « Nothing Is Over » reste un épisode difficile à détester. 

Parce qu’il ose, enfin, remettre un peu d’enjeu dans une saison qui manquait d’air. Parce qu’il redonne à Stallone l’occasion de jouer autre chose que le chef infaillible, en lui offrant des moments de doute, de colère vraie. Parce que, malgré tout, la série conserve ce parfum de tragédie moderne, ce mélange d’honneur et de désillusion qui continue de nous retenir. Le plan final, avec Dwight regardant les ruines de l’hôtel, résume parfaitement le personnage : un homme qui enterre les vivants et les morts avec la même philosophie fatiguée. Le roi de Tulsa est toujours debout, mais il semble de plus en plus seul sur son trône. Cette solitude, d’ailleurs, pourrait bien être le vrai sujet de la série. 

 

Ce n’est plus une histoire de gangsters ou de business, mais celle d’un vieil homme qui refuse de disparaître. Tout autour de lui s’effondre : les alliances, les loyautés, les idéaux. Et plus il tente de contrôler le chaos, plus il s’y enfonce. L’épisode 8 réussit au moins cela : faire sentir la fissure derrière l’armure, même brièvement. Mais il faudra plus que ça pour sauver la saison. Il reste deux épisodes, et la série n’a plus le droit à l’erreur. Si Tulsa King veut retrouver sa place parmi les grandes séries criminelles, il faudra du courage : des choix durs, des pertes, des vraies conséquences. Parce qu’à force de repousser les limites sans jamais les franchir, la série se vide peu à peu de son énergie.

 

« Nothing Is Over » prouve que Tulsa King peut encore faire vibrer quand elle le veut, mais elle rappelle aussi combien elle s’est éloignée de ce qu’elle faisait de mieux : raconter la chute d’un homme dans un monde qu’il ne comprend plus. Espérons que la fin de saison ose, enfin, rendre à Dwight ce qu’il mérite : une guerre, pas une promenade de plus dans les ruines.

 

Note : 7/10. En bref, « Nothing Is Over » prouve que Tulsa King peut encore faire vibrer quand elle le veut, mais elle rappelle aussi combien elle s’est éloignée de ce qu’elle faisait de mieux 

Disponible sur Paramount+

 

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