30 Décembre 2025
Anniversary // De Jan Komasa. Avec Diane Lane, Kyle Chandler et Madeline Brewer.
Anniversary est le genre de film qui s’annonce comme un thriller politique, mais qui fonctionne surtout comme un drame familial sous tension. Derrière son point de départ très simple — une fête d’anniversaire de mariage — le film de Jan Komasa explore une Amérique qui glisse doucement vers un régime autoritaire. Le tout sans slogans clairs, sans étiquettes gauche ou droite, et avec une approche qui préfère le malaise progressif aux grands discours. Une proposition intrigante, parfois maladroite, mais rarement anodine. L’histoire débute dans un cadre presque trop parfait. Paul et Ellen Taylor forment un couple aisé installé en Virginie. Lui est restaurateur, elle professeure à Georgetown.
Lorsque le fils d’Ellen et Paul présente sa nouvelle petite amie un bel après-midi, lors de la fête de leur 25ᵉ anniversaire de mariage, personne ne se doute que c’est le début de la fin pour cette famille heureuse. La nouvelle petite amie, Liz, est une ancienne étudiante d’Ellen, renvoyée de l’université quelques années plus tôt à cause de ses opinions radicales.
Leurs enfants incarnent différentes réussites sociales et intellectuelles, chacun ayant suivi sa propre voie. Cette image de famille modèle sert de point d’ancrage avant que tout ne commence à se fissurer. Lors de leur vingt-cinquième anniversaire de mariage, leur fils Josh arrive avec Liz, sa nouvelle compagne. Une jeune femme brillante, ancienne étudiante d’Ellen, mais surtout autrice d’un texte radical appelant à la fin de la démocratie telle qu’elle existe. Ce moment marque un basculement. Ce qui aurait pu rester un simple malaise familial devient le point de départ d’une fracture bien plus large. Le film avance ensuite par ellipses, sur plusieurs années, montrant comment le livre de Liz, The Change, devient un phénomène national, puis un mouvement politique structurant.
Cette progression est volontairement troublante, car elle se fait sans véritable explication détaillée. Le spectateur découvre les conséquences avant de comprendre les mécanismes, ce qui renforce l’inconfort. L’un des choix forts de Anniversary est de ne jamais vraiment définir l’idéologie du mouvement. The Change se présente comme une réponse au chaos, une promesse d’unité et de stabilité. Ce flou peut frustrer, mais il semble assumé. Le film ne cherche pas à expliquer comment une telle doctrine s’impose, mais plutôt à observer ses effets sur les relations humaines. Ce n’est pas un film sur la politique institutionnelle, mais sur la manière dont le pouvoir infiltre les foyers, les couples et les liens familiaux.
La maison des Taylor devient rapidement un lieu central. Presque un huis clos déguisé. Les repas de famille, notamment les fêtes comme Thanksgiving, prennent une dimension anxiogène. Chaque discussion devient un terrain miné, chaque regard un jugement potentiel. Le malaise s’installe lentement, sans explosions spectaculaires, mais avec une tension constante. Le film réussit particulièrement bien à montrer comment des désaccords idéologiques peuvent se transformer en soupçons, puis en peur réelle. Diane Lane porte largement le film sur ses épaules. Son personnage d’Ellen, intellectuelle engagée et mère dépassée par ce qui lui échappe, est le cœur émotionnel du récit.
Elle incarne une forme de résistance morale, parfois rigide, parfois vulnérable. Face à elle, Phoebe Dynevor compose une Liz dérangeante, lisse en apparence, mais clairement animée par une soif de reconnaissance et de pouvoir. Le rapport entre ces deux femmes est l’un des aspects les plus intéressants du film, même si leur confrontation aurait mérité plus de scènes communes. Le reste du casting est solide, même si tous les arcs narratifs ne sont pas exploités avec la même finesse. Josh, interprété par Dylan O’Brien, illustre bien cette transformation progressive d’un personnage en quête de validation. Son évolution est crédible dans l’idée, mais parfois trop rapide dans son exécution.
Les autres enfants représentent différentes réactions face au régime qui s’installe : rejet frontal, compromission, repli sur soi. Ces trajectoires parallèles enrichissent le tableau, même si certaines basculent par moments dans un registre un peu appuyé. Visuellement, Anniversary reste assez sobre. La mise en scène privilégie les intérieurs, les plans serrés, les silences. Il n’y a rien de spectaculaire, mais cette retenue sert plutôt bien le propos. Le film cherche à montrer un monde qui change sans bruit, où la normalité se déforme petit à petit. Quelques choix symboliques, comme l’évolution des costumes ou des couleurs associées aux personnages, viennent souligner les déplacements de pouvoir au sein de la famille.
Le rythme peut cependant poser problème. Le premier acte prend son temps, parfois trop, pour installer les personnages et les enjeux. À l’inverse, certaines transitions temporelles manquent de liant. Des événements majeurs surviennent hors champ, ce qui peut donner l’impression que le film survole des étapes importantes. Cette approche fragmentée renforce le sentiment de perte de contrôle, mais elle limite aussi l’impact émotionnel de certains retournements. Sur le fond, Anniversary dérange plus qu’il ne convainc totalement. Le film ne cherche pas à rassurer ni à offrir de réponses claires.
Il montre comment des idéologies autoritaires peuvent s’imposer en promettant la sécurité, comment la peur et le confort matériel peuvent justifier des compromis moraux, et comment la vérité devient secondaire quand le récit dominant s’impose. Ce qui frappe, c’est à quel point cette fiction semble proche de réalités déjà observables. Malgré ses qualités, Anniversary laisse un goût d’inachevé. Le film aborde beaucoup de thèmes — autoritarisme, désinformation, loyauté familiale, responsabilité individuelle — sans toujours aller au bout de chacun. Certaines idées auraient gagné à être développées sur un format plus long, peut-être sous forme de mini-série.
En l’état, le film fonctionne surtout comme une expérience tendue, parfois inconfortable, mais stimulante. Anniversary ne plaira pas à tout le monde. Son refus de simplifier le débat politique, son ambiance pesante et son regard pessimiste peuvent rebuter. Pourtant, il propose une réflexion intéressante sur la manière dont une société peut basculer sans fracas, à travers des choix ordinaires. Un thriller politique imparfait, mais suffisamment troublant pour rester en tête bien après le générique de fin.
Note : 6/10. En bref, le film fonctionne surtout comme une expérience tendue, parfois inconfortable, mais stimulante. Anniversary ne plaira pas à tout le monde. Son refus de simplifier le débat politique, son ambiance pesante et son regard pessimiste peuvent rebuter. Pourtant, il propose une réflexion intéressante sur la manière dont une société peut basculer sans fracas, à travers des choix ordinaires.
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