Critique Ciné : Chasse Gardée 2 (2025)

Critique Ciné : Chasse Gardée 2 (2025)

Chasse Gardée 2 // De Antonin Fourlon et Frédéric Forestier. Avec Didier Bourdon, Camille Lou et Hakim Jemili.

 

Le premier Chasse Gardée n’était pas une révolution de la comédie française, mais il avait ce côté simple, presque naïf, qui donnait envie de s’attacher à ses personnages. Le film naviguait entre humour un peu absurde et satire rurale sans prétention, et réussissait à proposer quelque chose d’agréable. Pas de quoi en faire un classique, mais assez pour justifier une suite, surtout avec un public qui semblait en redemander. Malheureusement, Chasse Gardée 2 illustre parfaitement cette règle non écrite du cinéma : toutes les suites ne sont pas nécessaires. Pire, certaines effacent tout ce que l’original avait su installer. 

 

Deux ans se sont écoulés à Saint Hubert. La vie y est paisible, peut-être trop pour Adélaïde et Simon qui souffrent du manque d’amis de leur âge. C’est sans compter sur l’arrivée de Stanislas, le fils de Bernard (l'ancien président des chasseurs du village), qui revient vivre à la campagne avec sa femme et ses deux enfants. Ils sont beaux, jeunes, et sympas. Leur seul défaut : ils pratiquent la chasse à courre ! La paix du village va être mise à mal : nouveaux voisins, nouveaux problèmes…

 

Cette deuxième tentative ressemble à une comédie qui cherche sa direction, change d’angle sans cohérence et s’enfonce dans un chaos scénaristique qui fatigue plus qu’il ne divertit. Dès les premières minutes, la différence de ton saute aux yeux. Le film semble vouloir donner une allure plus “intellectuelle”, comme si ajouter des couches de discours pouvait masquer un manque d’inspiration. La chasse n’est plus abordée comme un simple décor humoristique, mais comme un sujet presque théorique. Le problème, c’est que cette ambition ne repose sur rien de solide. Le scénario part dans toutes les directions, aligne les pistes sans jamais les traiter vraiment, et se perd dans une sorte de brouillard narratif.

 

Ce désir de complexité n’apporte rien. Là où le premier film avançait droit au but, cette suite multiplie les détours inutiles, quitte à perdre tout rythme. Chaque sous-intrigue ressemble à un prétexte pour amener un gag déjà vu, souvent moins efficace que dans l’opus précédent. Résultat : un film qui s’éparpille et qui donne l’impression de courir après ses propres idées. L’un des aspects les plus décevants de Chasse Gardée 2 réside dans son écriture des personnages. Autant le premier avait su créer une galerie de figures attachantes – un peu râleurs, un peu dépassés, mais vivants –, autant cette suite les transforme en silhouettes passives.

 

La plupart des protagonistes passent leur temps à se plaindre. Ils observent ce qui leur arrive sans jamais réagir, comme s’ils attendaient qu’un miracle scénaristique vienne remettre du mouvement. Pendant plus d’une heure et demie, cette inertie plombe totalement l’énergie du film. Ce n’est que dans les dix dernières minutes que quelque chose se met enfin à bouger… et c’est presque rageant de voir à quel point ce final, enfin plus vif, rappelle l’esprit du premier opus. Mais ce sursaut tardif ne suffit pas à sauver l’ensemble. La spontanéité a disparu, la fraîcheur aussi. Les personnages semblent coincés dans une comédie qui ne sait plus dans quel sens aller. Côté humour, le constat est tout aussi amer. Beaucoup de blagues semblent recyclées. 

 

Certaines scènes donnent l’impression d’avoir été copiées du premier film, mais en version plus lourde. Le rythme, au lieu d’être enlevé comme auparavant, manque de précision et de mordant. Le film essaie de compenser en ajoutant plus de gags, mais cette surenchère ne produit aucun effet. Les blagues tombent souvent à plat, soit trop appuyées, soit déjà entendues. Cet humour forcé finit même par devenir épuisant. La confusion générale du récit accentue cette impression d’un ensemble improvisé, sans vraie direction. La comédie française sait pourtant surprendre lorsqu’elle assume un ton, une identité. Ici, Chasse Gardée 2 hésite entre satire, farce, caricature sociale, humour potache… et se perd dans un mélange qui ne fonctionne jamais vraiment.

 

L’un des choix les plus étonnants du film est son changement de cible. Le premier volet se moquait gentiment de chasseurs ruraux maladroits et un peu bornés, mais tellement humains que leurs défauts finissaient par attendrir. Cette approche créait une satire douce, jamais méchante, et cela participait beaucoup à son charme. La suite préfère s’attaquer à un autre monde : celui des amateurs de chasse à courre, plus bourgeois, plus organisés, entourés d’animaux caricaturaux. Sur le papier, cela aurait pu donner un angle intéressant. Mais le film force tellement le trait qu’il en devient rigide. La satire perd toute finesse et ressemble plus à un pamphlet brouillon qu’à une comédie piquante.

 

Le résultat tombe à plat. Le film affiche un discours, mais n’en fait rien. Le propos devient invisible sous la lourdeur de son humour et la confusion de son scénario. Le casting reste solide sur le papier : Hakim Jemili, Camille Lou, Didier Bourdon, Thierry Lhermitte… tout était réuni pour retrouver l’alchimie du premier volet. Mais cette promesse se heurte à une direction d’acteurs hésitante. Didier Bourdon, pourtant pilier du premier film, se retrouve ici presque secondaire, comme s’il ne savait plus comment exister dans le récit. Thierry Lhermitte, cheveux blanchis, apparaît par moments, mais sans véritable impact. Hakim Jemili et Camille Lou tentent de donner de la vie à leurs personnages, mais les dialogues ne les aident pas.

 

Et puis arrive Élie Semoun. Son personnage surgit tardivement, mais occupe aussitôt tout l’espace. Son jeu part dans tous les sens, comme si personne n’osait lui imposer une ligne claire. Cette prestation épuisante et bruyante (comme souvent avec l’acteur) déséquilibre encore plus un film déjà fragile. Ce qui frappe le plus en sortant de Chasse Gardée 2, c’est cette impression d’avoir assisté à un remix fatigué du premier opus. Tout ressemble à une version affadie : les gags, les situations, la dynamique du groupe, l’ambiance générale. Le film tente d’en faire plus, mais sans jamais trouver sa propre identité. Là où le premier volet avait su surprendre, cette suite semble avancer sans conviction. 

 

Les décors manquent de naturel, l’univers paraît artificiel, et la comédie devient une succession de sketchs décousus. À force d’insister sur les mêmes ressorts, le film finit par s’écrouler sous son propre poids. Ce deuxième opus est une déception. Le premier film avait su créer un équilibre fragile mais sincère entre humour rural et satire légère. Cette suite trahit cet esprit, accumule les maladresses et s’enfonce dans une écriture confuse. Rien ne trouve vraiment sa place : ni l’humour, ni les personnages, ni le propos. Le film semble ne jamais savoir ce qu’il veut raconter. Le résultat est une comédie terne, forcée, qui n’a plus l’énergie ni la simplicité qui faisaient la réussite du premier. Une suite qui aurait pu être plaisante, mais qui, au final, passe totalement à côté de sa cible.

 

Note : 3/10. En bref, ce deuxième opus est une déception. Le premier film avait su créer un équilibre fragile mais sincère entre humour rural et satire légère. Cette suite trahit cet esprit, accumule les maladresses et s’enfonce dans une écriture confuse. Rien ne trouve vraiment sa place : ni l’humour, ni les personnages, ni le propos.

Sorti le 10 décembre 2025 au cinéma

 

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