Critique Ciné : Deviant (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : Deviant (2025, direct to SVOD)

Deviant // De Daniel M. Caniero. Avec Alain Hernández, Fernando Albizu et Itziar Aizpuru.

 

J’ai vu Deviant, et depuis, je réfléchis sérieusement à instaurer un contrôle qualité obligatoire avant d’autoriser certains projets à voir le jour. Techniquement, c’est propre. Visuellement, c’est même étonnamment soigné. Mais dès que l’histoire s’en mêle, il ne reste plus qu’un joli emballage autour d’une idée qui se débat pour exister. Un peu comme recevoir un paquet cadeau magnifique, pour découvrir qu’à l’intérieur il y a… un mug moche. Eh bien voilà : Deviant, c’est ça. Le film démarre avec un type frustré, englué dans un mariage qui ne lui va plus du tout, qui décide que la veille de Noël est le moment idéal pour tromper sa femme. L’idée brillante. Son esprit logique semble avoir fait une sieste ce soir-là. 

 

Javier fait l'impasse sur le dîner de réveillon en famille pour un rendez-vous trouvé sur une application de dating fétichiste. Au lieu d'une partie de jambes en l'air avec une jeune femme bien gaulée, il se retrouve séquestré par un homme d'âge mûr dépravé et sa mère acariâtre complètement accro aux biscuits de Noël.

 

Il ouvre donc une application appelée Deviant – le nom annonce déjà la couleur – et part pour un rendez-vous douteux. Évidemment, ça tourne mal. Très mal. Et le film s’attend ensuite à ce que je ressente de la compassion pour lui. Il faut croire que Deviant aime les défis impossibles. Ce qui frappe, c’est le culot de vouloir que j’oublie ses choix de départ pour le suivre dans une quête de rédemption. Rédemption, vraiment ? Difficile de s’émouvoir devant un personnage qui fabrique sa catastrophe avec autant d’application. Alors oui, le piège qui l’attend est sordide. Oui, le père qui l’attire dans ce guet-apens a des projets très créatifs, mais tout ça ne change rien : j’ai suivi sa survie comme on regarde un stagiaire essayer de réparer une machine qu’il a lui-même cassée. 

 

Avec un mélange de gêne et de curiosité malsaine. Le film se veut être un thriller sombre qui glisse vers la comédie noire. En réalité, il ressemble surtout à un exercice d’école où les élèves se disent : Et si on mélangeait un drame, une farce et un film de Noël, pour voir ce que ça donne ? Ce que ça donne, c’est Deviant : un objet étrange qui veut faire réfléchir, mais qui finit surtout par faire hausser les épaules. Deviant ne traumatise pas, il surprend juste par ses choix de tons. Ça rit, ça panique, ça hurle, ça glisse sur sa propre incohérence, et au final, ça trouve son rythme, mais trop tard pour me convaincre. Et voilà le paradoxe qui fait grincer : visuellement, c’est réussi. Le directeur de la photographie, a fait un travail nettement au-dessus de ce que le scénario mérite. 

 

Une lumière bien pensée, des cadres précis, une ambiance nocturne maîtrisée… On sent le talent derrière la caméra. Dommage que le script, lui, semble avoir été écrit pendant une pause café. Le résultat est un film qui a la gueule de quelque chose d’ambitieux, mais le cœur d’un projet qui ne sait pas exactement ce qu’il veut dire. C’est filmé avec sérieux, joué avec application, et porté par un humour noir qui aurait pu marcher si la base de l’histoire avait été moins bancale. Là où Deviant pense faire très fort, c’est dans son humour. Le film se moque de Noël, de la morale, des décisions stupides, et des apparences. Le problème, c’est que parfois la satire tombe à côté. Certaines scènes cherchent clairement à provoquer le rire nerveux, mais la plupart du temps, c’est le décalage involontaire qui amuse. 

 

Comme si le film essayait d’être subversif, mais qu’il glissait sur une peau de banane conceptuelle à chaque virage. Le protagoniste, lui, s’enfonce scène après scène, avec des décisions dont même un enfant devinerait les conséquences. Et pourtant, son malheur devient presque divertissant, malgré lui. Sa lutte pour s’échapper finit par ressembler à un sketch particulièrement long où chaque solution aggrave la situation. À défaut d’être profond, c’est un spectacle. Ce qui est presque ironique, c’est le message final. Sous son cynisme apparent, Deviant tente quand même de raconter une histoire d’importance familiale. Oui, oui. Entre deux moments de cauchemar, le film se souvient qu’il se déroule à Noël, et tente de recoller les morceaux avec un thème réconfortant. 

 

Mais la tentative ressemble plus à un clin d’œil désabusé qu’à une morale sincère. On dirait qu’il se moque autant de son héros que du public. Deviant n’est pas un film raté techniquement. C’est même l’inverse : filmé avec style, rythmé correctement, mis en scène avec sérieux. Mais son histoire vacille entre malaise, humour involontaire et ambitions mal définies. Si cinéma rime pour vous avec chaos contrôlé, vous y trouverez peut-être quelque chose. Sinon, vous risquez de regarder l’écran avec ce regard qu’on a quand un ami raconte une blague qui dure trop longtemps. En bref : un drôle de cadeau de Noël. Celui que vous posez discrètement sous le sapin… chez quelqu’un d’autre.

 

Note : 3.5/10. En bref, Deviant n’est pas un film raté techniquement. C’est même l’inverse : filmé avec style, rythmé correctement, mis en scène avec sérieux. Mais son histoire vacille entre malaise, humour involontaire et ambitions mal définies. 

Sorti le 26 novembre 2025 directement en VOD

 

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