1 Décembre 2025
Devil’s Play // De Ben Charles Edwards. Avec Mickey Rourke, Gary Stretch et Dessy Tenekedjieva.
Il faut parfois saluer la franchise d’un film qui ne cherche même pas à cacher ses faiblesses. Devil’s Play a au moins ce mérite : il affiche dès les premières minutes l’étendue de son chaos narratif. Pas besoin d’attendre la moitié de la séance pour comprendre que quelque chose cloche ; la débâcle est évidente dès l’ouverture. Le film avance comme un exercice improvisé, du genre de ceux que des étudiants de première année en école de cinéma réalisent un dimanche après-midi parce que le prof exige un projet « conceptuel ». À ce niveau-là, Devil’s Play a presque une forme de cohérence : il ne sait pas où il va… mais il y va avec une constance admirable.
Iva rencontre un charmant garçon plus âgé. Ce dernier prétend être l'ange déchu, Lucifer, envoyé pour guider Iva dans sa destinée et sauver la race humaine.
L’histoire — si ce mot peut encore être utilisé ici — ressemble à un saladier rempli d’idées jetées sans logique. Chaque scène donne l’impression d’avoir été ajoutée par quelqu’un qui découvrait le scénario cinq minutes avant de tourner. Le résultat, c’est un film où les personnages apparaissent, disparaissent, parlent sans raison, se contredisent et enchaînent des actions qui n’ont qu’un rapport très lointain avec l’intrigue. L’expérience rappelle ces courts-métrages que les étudiants présentent en amphi, où tout le monde applaudit poliment pour éviter le malaise. Le rythme, lui, mérite un chapitre entier. Devil’s Play n’a pas de rythme. Il alterne entre passages interminables, ruptures soudaines et scènes qui semblent surgir d’un univers parallèle.
Il suffirait presque de regarder les transitions pour comprendre qu’il n’existe pas de véritable montage, juste un enchaînement d’images vaguement connectées. Cette instabilité constante donne l’impression d’un film monté en appuyant sur shuffle. La question de la langue n’aide pas. La plupart des acteurs bulgares doivent s’exprimer en anglais, un choix qui ajoute une couche de malaise supplémentaire. Le jeu devient mécanique, forcé, parfois même involontairement comique. L’ironie, c’est qu’une courte scène en bulgare — la seule qui semble respirer — prouve à quel point ce choix linguistique dessert tout le projet. Comme quoi, même dans un désastre, il reste des traces d’humanité.
Le marketing avait promis Mickey Rourke. Le film, lui, livre Mickey Rourke filmé ailleurs, probablement dans une pièce louée à l’heure. Ses interventions sont collées dans l’histoire avec la subtilité d’un patch sur une vieille chambre à air. Le fameux télévangéliste qu’il incarne surgit de façon totalement aléatoire, comme un pop-up publicitaire que personne n’a demandé. Une scène post-générique tente de justifier son existence, mais la tentative fait sourire davantage qu’elle n’éclaire quoi que ce soit. Et puisqu’il faut parler du traitement religieux, disons-le franchement : c’est un festival. Symboles détournés, images sacrées retournées, allusions pseudo-mystiques…
Devil’s Play empile les références comme un élève qui veut absolument prouver qu’il a « quelque chose à dire ». Le film s’imagine profond, mais donne davantage l’impression d’un projet brouillon où chacun a voulu glisser sa propre vision du mal, du diable et du sens de la vie. Résultat : un magma de signes sans interprétation, comme si toutes ces idées avaient été cuisinées dans le même blender. La violence, omniprésente, fait partie des éléments les plus mal gérés. Elle semble utilisée comme un décor, un bruit de fond, une excuse esthétique. Rien n’est posé, rien n’est réfléchi ; les scènes s’accumulent sans offrir la moindre émotion. Elles ne choquent même pas, tellement elles sont gratuites.
À ce stade, ce n’est plus de la mise en scène, mais du remplissage. Le tableau de la Bulgarie méritait mieux aussi. Le film se vante de tourner en décors réels mais montre le pays sous un angle que plusieurs guides touristiques qualifieraient de sabotage culturel. Entre clichés poussiéreux, misère mise en scène et raccourcis douteux, tout laisse penser que les lieux n’ont été utilisés que pour amplifier une noirceur déjà artificielle. Côté jeu, l’écart entre absence d’émotion et surjeu incontrôlé est impressionnant. Quand la mère élimine le beau-père dans une scène censée être dramatique, le décalage entre la gravité attendue et la performance réelle finit par déclencher un rire nerveux.
Aucun personnage ne semble écrit pour ressembler à un être humain ; chacun avance en mode automatique, comme si le scénario avait été composé de phrases générées à la dernière minute. Malgré tout, il existe quelques plans visuellement bien composés, comme des éclairs de lucidité dans un brouillard narratif complet. La photographie tente clairement de donner une âme à ce qui n’en a pas. Les décors naturels bulgares auraient pu servir de base solide si l’histoire avait été structurée autour d’eux. La musique, correcte, fait partie des rares éléments qui ne prêtent pas à sourire. Au fond, Devil’s Play veut parler du bien, du mal, du diable, des tentations, des fractures morales. Ces thèmes auraient pu porter un film dense, mais ils sont traités de manière tellement désordonnée qu’ils perdent toute force.
Ici, la profondeur se dissout dans des intentions mal formulées, dans une narration qui ne prend jamais le temps d’exister. Ce qui reste à la fin, c’est la sensation d’avoir assisté à un projet ambitieux mal maîtrisé, ou même à un exercice d’école présenté trop tôt, avant la réécriture indispensable. Un brouillon visuel, rempli d’idées abandonnées en route. Devil’s Play aurait pu être une exploration sombre et intense des démons humains ; il devient une démonstration frustrante de tout ce qui arrive quand un film fonce tête baissée sans structure. Un film qui parle du diable mais qui aurait surtout eu besoin d’un peu de rigueur… et d’un plan de travail.
Note : 2/10. En bref, un film qui ferait passer un projet d’étudiants pour une œuvre ambitieuse. Un brouillon visuel, rempli d’idées abandonnées en route qui cassent tout le rythme et le récit.
Prochainement en France en SVOD
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