13 Décembre 2025
The Carpenter’s Son // De Lotfy Nathan. Avec Nicolas Cage, FKA Twigs et Noah Jupe.
The Carpenter’s Son se présente comme une relecture des jeunes années de Jésus, un terrain rarement exploré au cinéma, mais il s’y engage avec une telle confusion que je suis ressorti avec plus de questions que d’émotions. L’idée d’aborder la figure du Christ à travers un mélange de fantastique, d’horreur et de drame aurait pu donner quelque chose de singulier. À l’arrivée, j’ai surtout vu un projet écartelé entre ses intentions. Dès les premières minutes, le film affiche une volonté de choquer. La scène d’ouverture, brutale et anxiogène, sert théoriquement à annoncer le ton. Pourtant, cette entrée en matière n’ouvre aucune piste solide pour la suite.
La sombre histoire d’une famille cachée dans l’Égypte romaine. Connu seulement sous le nom de « l’Enfant », le fils est poussé au doute par un autre enfant mystérieux et se rebelle contre son gardien, le Charpentier, révélant des pouvoirs innés et un destin qui le dépasse. Alors qu’il exerce sa propre puissance, l’Enfant et sa famille deviennent la cible d’horreurs à la fois naturelles et divines.
Elle donne surtout l’impression que le réalisateur, Lotfy Nathan, a voulu frapper fort pour masquer un récit qui manque d’idées. Rapidement, la famille s’installe dans un village isolé d’Égypte, et le film se focalise sur un Jésus adolescent qui devine qu’il n’est pas tout à fait comme les autres. Une idée intéressante sur le papier, mais traitée de manière assez floue. Le film essaie d’embrasser plusieurs genres à la fois : un récit d’apprentissage mystique, un drame familial tendu, une sorte d’horror-fantasy autour d’apparitions maléfiques… mais rien ne se mélange vraiment. Chaque piste semble lancée puis abandonnée, comme si le montage avait été raccourci à la dernière minute.
Résultat : je me suis retrouvé devant un objet bancal, où les scènes s’enchaînent sans véritable progression narrative. Ce qui frappe le plus, c’est l’absence de rythme. Le film dure à peine plus d’une heure et demie, et pourtant j’ai eu l’impression d’être coincé beaucoup plus longtemps. Les dialogues sont rares, et même lorsque les personnages parlent, ils semblent éviter le cœur du sujet. Cette retenue pourrait fonctionner dans une œuvre contemplative, mais ici elle étouffe toute tension dramatique. L’histoire avance au ralenti, comme si elle avait peur de trop en dire. La présence de Nicolas Cage dans le rôle de Joseph était l’un des points qui m’intriguaient le plus. Le voir incarner une figure biblique austère avait quelque chose de surprenant.
Pourtant, son interprétation ne m’a jamais paru trouver sa cohérence. Cage oscille entre une sobriété forcée et quelques éclats étranges qui semblent venir d’un autre film. Il reste figé dans une posture sévère, sans vraiment apporter de nuance à son personnage. Le scénario ne l’aide pas : Joseph passe son temps à contrôler son fils, à prier ou à fixer le vide, sans que l’on comprenne ce qu’il ressent réellement. FKA Twigs, de son côté, occupe le rôle de Marie dans une position très secondaire. Elle incarne une mère aimante, mais son personnage n’a presque aucune prise sur le récit. Elle observe, s’inquiète, disparaît, revient, sans jamais peser sur les événements. J’ai eu l’impression qu’elle était là pour remplir un décor plutôt que pour jouer un rôle moteur dans le destin de son fils.
Le seul qui tire un peu son épingle du jeu, c’est Noah Jupe dans le rôle du jeune Jésus. Son interprétation reste honnête, même si le film ne lui offre pas suffisamment de matière pour aller plus loin. Il incarne un adolescent qui pressent qu’on lui cache des choses, tiraillé entre un père autoritaire et un monde extérieur qui lui échappe. Le problème, c’est que ses états d’âme restent à peine esquissés. On devine ce qu’il traverse plutôt qu’on ne le ressent. Le film introduit aussi une mystérieuse jeune fille qui apparaît autour du village et attire l’adolescent. Il devient vite évident qu’elle n’est pas humaine, mais la manière dont elle est intégrée au récit ne crée ni suspense ni véritable tension.
Sa présence aurait pu symboliser la tentation, la peur ou l’inconnu. Ici, elle reste une figure étrange qui surgit sans que le film tire parti de sa symbolique. Quand l’intrigue révèle enfin sa nature, le moment tombe à plat. Visuellement, The Carpenter’s Son profite pourtant de paysages impressionnants. Les décors ruraux tournés en Grèce donnent une vraie atmosphère. L’image, parfois très travaillée, laisse croire que le film va s’appuyer sur son cadre pour raconter quelque chose. Mais chaque effort est rapidement étouffé par une mise en scène hésitante. Les effets horrifiques, eux, manquent d’impact. Quelques visions, quelques apparitions, un peu de sang… rien ne décolle vraiment.
Surtout, tout se répète sans aller crescendo, comme si la dimension fantastique avait été pensée à la dernière minute. En tant que récit biblique détourné, le film ne s’assume jamais totalement. Il ne va ni assez loin dans la réécriture pour offrir une véritable proposition, ni assez loin dans la réflexion spirituelle pour toucher à quelque chose de profond. À force de rester entre deux eaux, il finit par ne rien raconter de solide. Même les thématiques pourtant centrales — l'identité, le destin, la peur de ce que l’on ne comprend pas — restent traitées sans conviction. Le final, censé donner du sens à tout ce qui précède, manque d’ampleur. La montée dramatique n’a pas de souffle, et le film conclut son récit de manière assez fade, sans émotion réelle.
Je m’attendais à quelque chose qui justifie au moins la démarche. À la place, j’ai eu la sensation que le film se terminait faute de mieux, sans avoir assumé ses choix. Au fond, The Carpenter’s Son n’est pas un film scandaleux ou dangereux, malgré ce que son sujet aurait pu laisser penser. Il n’a simplement pas l’énergie, ni la cohérence, ni la conviction pour aller au bout de ses idées. Il laisse une impression d’inachevé. J’aurais aimé que cette relecture audacieuse prenne des risques clairs, qu’elle explore vraiment ce que signifie grandir en portant un destin hors du commun. J’aurais aimé aussi qu’elle assume son côté horrifique au lieu de s’y noyer timidement. À défaut, je me retrouve avec un film qui ne trouve jamais sa voie. Une proposition intrigante sur le papier, mais qui manque d’élan pour devenir une œuvre marquante.
Note : 3/10. En bref, The Carpenter’s Son n’a pas l’énergie, ni la cohérence, ni la conviction pour aller au bout de ses idées. Il laisse une impression d’inachevé. J’aurais aimé que cette relecture audacieuse prenne des risques clairs et qu’elle assume son côté horrifique au lieu de s’y noyer timidement.
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