25 Janvier 2026
Dans l’ombre de Marlow // De Aurélien Harzoune, Bertrand Mineur. Avec Margaux Pecharman, Bruno Salomone et Thierry Desroses.
Il y a quelque chose de toujours respectable dans les films faits en dehors des circuits habituels. Dans l’ombre de Marlow, réalisé par Aurélien Harzoune et Bertrand Mineur, s’inscrit clairement dans cette démarche artisanale. Petit budget, équipe réduite, ambitions affichées : le projet a tout du film de passionnés, bricolé avec les moyens du bord et une envie sincère de cinéma de genre. Sur le papier, l’idée intrigue. À l’écran, l’expérience laisse surtout un sentiment de confusion et de frustration. Présenté comme un drame fantastique aux accents de western, Dans l’ombre de Marlowcherche à brouiller les pistes.
À la suite d’un drame, Marlow est plongée dans le coma et doit affronter les zones les plus obscures de son père.
Le film suit une jeune femme prénommée Marlow, qui traverse un désert écrasé de soleil pour déposer un manuscrit dans une mystérieuse “Boîte”. Le trajet ressemble davantage à une errance qu’à une quête clairement définie. Des personnages surgissent, disparaissent, parlent par énigmes. Des images semblent chargées de symboles, sans que leur sens ne s’éclaire réellement. Cette volonté de faire un film hors normes donne naissance à un OFNI typiquement français, comme il en sort parfois dans le cinéma indépendant. Le problème n’est pas l’étrangeté en soi, mais l’incapacité du récit à créer un minimum de repères. Très vite, le spectateur se retrouve à chercher un fil conducteur qui n’arrive jamais.
Le scénario de Dans l’ombre de Marlow repose sur une succession de situations énigmatiques : une animatrice radio tyrannique surnommée “Le King”, un bar improbable perdu au milieu de nulle part, une boîte aux lettres jaune plantée dans le désert espagnol, un tueur masqué qui semble tout droit sorti d’un western spaghetti. Tous ces éléments pourraient former un univers fort, à condition d’être portés par une écriture solide. Or, c’est précisément là que le film échoue. Les dialogues sont souvent maladroits, parfois involontairement absurdes. Les scènes s’enchaînent sans vraie progression dramatique.
Le film donne l’impression de vouloir dire beaucoup de choses — sur la création artistique, le traumatisme, la mémoire, la critique — sans jamais choisir un angle clair. Résultat : le récit devient brouillon, presque opaque. Le film évoque, de loin, certains délires sensoriels à la Cattet et Forzani, période Laissez bronzer les cadavres, mais sans la rigueur visuelle ni la maîtrise du cadre. Le cinéma onirique demande une précision extrême. Chaque plan doit raconter quelque chose, même dans le flou. Ici, le flou semble surtout masquer des faiblesses d’écriture et de mise en scène. L’étrangeté devient vite un refuge, plutôt qu’un choix artistique assumé.
Le faible budget de Dans l’ombre de Marlow n’est pas un problème en soi. Beaucoup de films réussis sont nés avec peu de moyens. Le souci vient plutôt de la manière dont ces contraintes sont gérées. La réalisation peine à créer une vraie atmosphère. Les plans s’étirent, sans tension ni rythme. Certaines scènes semblent interminables, notamment dans le désert ou dans le bar, sans apporter de nouvelles informations. La poursuite par le personnage masqué, censée apporter une dimension de western ou de thriller, reste elle aussi très plate. Le danger est évoqué, mais jamais ressenti. Là encore, l’idée est plus intéressante que son exécution.
Le casting de Dans l’ombre de Marlow peine à convaincre. L’interprétation de l’héroïne manque de nuances, ce qui rend difficile l’empathie avec son personnage. Les figures secondaires, souvent volontairement caricaturales, donnent parfois l’impression de jouer dans un autre film. Même la présence furtive de Bruno Salomone, censée marquer les esprits, reste anecdotique. Cette direction d’acteurs approximative renforce le sentiment général d’un film inabouti. Les intentions sont là, mais elles ne prennent jamais réellement forme à l’écran. Il est tentant de lire Dans l’ombre de Marlow comme une métaphore de la difficulté à faire exister une œuvre artistique.
Le manuscrit rejeté, les auteurs dévorés symboliquement, les humiliations publiques, tout semble pointer vers une critique du milieu culturel et de ses filtres. L’idée n’est pas mauvaise. Elle est simplement trop appuyée, trop confuse, et surtout mal intégrée au récit. À force de vouloir tout symboliser, le film oublie de raconter une histoire. L’expérience devient alors plus fatigante qu’intrigante. À la fin de Dans l’ombre de Marlow, il reste surtout des questions sans réponses. Pas des questions stimulantes, mais une impression de désordre. L’envie de revoir le film pour “comprendre” peut exister, mais davantage par curiosité que par réel plaisir. Ce long-métrage illustre parfaitement une limite fréquente du cinéma indépendant : l’audace ne remplace pas l’écriture. Sortir des normes est une qualité, encore faut-il savoir où aller.
Dans l’ombre de Marlow est un film sincère, bricolé avec énergie, mais plombé par un scénario confus, une mise en scène peu inspirée et des interprétations fragiles. L’objet intrigue quelques minutes, puis perd progressivement tout intérêt. Une tentative courageuse, mais largement ratée, qui montre que l’envie de cinéma ne suffit pas toujours à faire un film qui tient debout.
Note : 2.5/10. En bref, Dans l’ombre de Marlow est un film sincère, bricolé avec énergie, mais plombé par un scénario confus, une mise en scène peu inspirée et des interprétations fragiles.
Sorti le 3 septembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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