24 Janvier 2026
L’art du faux // De Stefano Lodovichi. Avec Pietro Castellitto, Giulia Michelini et Andrea Arcangeli.
Avec L’art du faux, Netflix propose un nouveau thriller italien ancré dans les années 1970, période décidément surexploitée par le cinéma transalpin récent. Le film s’appuie sur une figure réelle, celle de Toni Chichiarelli, faussaire de talent dont la trajectoire croise, de loin comme de près, l’un des événements les plus filmés de l’histoire italienne : l’enlèvement et la mort d’Aldo Moro. Sur le papier, le mélange entre récit criminel, fresque historique et film d’arnaque peut intriguer. À l’écran, l’ensemble donne surtout une impression de déjà-vu, soigné mais creux. Le récit suit Toni, interprété par Pietro Castellitto, un jeune homme doué pour la peinture, capable d’imiter les grands maîtres avec une facilité déconcertante.
À Rome, dans les années 70, un artiste en herbe devient un maître de la contrefaçon pour le compte de bandes criminelles. Un film dramatique inspiré de faits réels.
Très vite, son talent devient une monnaie d’échange. Il rencontre une galeriste, Donata, qui écoule ses toiles sans trop se poser de questions. L’argent arrive, les relations se nouent, et comme souvent dans ce type d’histoire, Toni se retrouve entraîné dans un engrenage qui le dépasse. Le film annonce d’emblée son issue par une scène de fusillade et une voix off qui promet un récit rétrospectif. Une mécanique classique, efficace sur le papier, mais qui ne réserve aucune vraie surprise. Le principal problème de L’art du faux tient à son manque de finesse. Le scénario aligne les situations attendues sans jamais chercher à les détourner.
Les mafieux sont caricaturaux, les figures du pouvoir à peine esquissées, et les personnages secondaires semblent exister uniquement pour faire avancer l’intrigue. Chaque étape du parcours de Toni est balisée, soulignée, parfois même expliquée par une voix off insistante, comme si le film craignait de perdre le spectateur en route. L’utilisation du contexte historique, pourtant central, reste largement décorative. La mort d’Aldo Moro apparaît moins comme un véritable enjeu dramatique que comme un accessoire narratif prestigieux. Le film s’en sert pour donner du poids à son récit, sans jamais interroger en profondeur ce que cela implique.
Ce lien avec la grande Histoire reste superficiel, presque opportuniste, et finit par donner l’impression d’un événement instrumentalisé plutôt que réellement intégré. Visuellement, L’art du faux coche toutes les cases attendues. La reconstitution des années 1970 est soignée, parfois même trop. Les décors, les costumes, les voitures, la musique de l’époque composent un emballage très travaillé, mais qui écrase souvent le reste. Les morceaux cultes surgissent pour appuyer l’ambiance, parfois de manière lourde, comme si le film comptait davantage sur la nostalgie que sur la mise en scène pour installer une identité. La réalisation de Stefano Lodovichi est propre, appliquée, mais rarement inspirée.
Tout est à sa place, sans aspérité. Le film avance sur des rails bien huilés, sans jamais prendre de risques. Cette impression de produit calibré, pensé pour plaire au plus grand nombre, finit par nuire à l’implication. Le thriller se regarde sans déplaisir, mais sans tension réelle non plus. Pietro Castellitto porte le film sur ses épaules. Il incarne Toni avec un mélange de désinvolture et d’arrogance assumée, jouant sur un charisme un peu bravache qui devient rapidement la seule véritable énergie du récit. Son interprétation est cohérente, parfois amusante, mais elle tourne aussi à vide. Le personnage reste figé dans une posture, sans réelle évolution émotionnelle.
Toni est présenté comme un homme toujours un coup d’avance, ce qui empêche toute forme de suspense ou d’attachement. Giulia Michelini, dans le rôle de Donata, apporte un contrepoint plus posé, mais son personnage reste sous-exploité. Leur relation amoureuse avance par automatismes, sans réelle épaisseur. Les autres membres du casting, pourtant solides sur le papier, semblent enfermés dans des rôles-types qu’ils ont déjà joués ailleurs. Claudio Santamaria et Edoardo Pesce, notamment, campent des figures criminelles attendues, sans surprise. Le film se présente comme un heist movie, mais n’en assume jamais totalement les codes. Les arnaques, les manipulations, les retournements existent, mais restent sages.
Le montage manque de rythme dans la seconde moitié, et l’intrigue devient rapidement prévisible. Une fois les règles posées, le spectateur devine sans mal où le récit va le mener. Même le final, censé relancer l’intérêt, laisse une impression de conclusion expédiée. Le thème du faux, pourtant riche, n’est jamais vraiment creusé. Copier, mentir, manipuler, réécrire la réalité : autant de pistes intéressantes que le film survole sans les exploiter. L’art du faux parle beaucoup de duplicité, mais n’ose jamais brouiller réellement les pistes. Tout est trop lisible, trop explicite, là où le sujet appelait davantage d’ambiguïté.
Au final, L’art du faux ressemble à beaucoup de productions italiennes récentes destinées aux plateformes : une reconstitution léchée, un acteur central charismatique, une histoire inspirée de faits réels, et une exécution sans aspérité. Le film se laisse regarder, surtout dans sa première partie, mais peine à maintenir l’intérêt sur la durée. Il divertit sans marquer, intrigue sans surprendre, et s’oublie assez vite une fois le générique passé. Un thriller correct, mais interchangeable, qui confirme que le faux, même bien emballé, finit toujours par se voir.
Note : 4.5/10. En bref, un thriller italien appliqué qui confond reconstitution et inspiration.
Sorti le 23 janvier 2026 directement sur Netflix
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