Critique Ciné : Rebuilding (2025)

Critique Ciné : Rebuilding (2025)

Rebuilding // De Max Walker-Silverman. Avec Josh O'Connor, Meghann Fahy et Kali Reis.

 

Avec Rebuilding, le réalisateur Max Walker-Silverman propose un film discret, presque effacé, qui avance à contre-courant de beaucoup de productions américaines actuelles. Ici, pas de grands effets, pas de discours appuyé, pas de volonté de démonstration. Le film suit un homme qui a tout perdu dans un incendie et qui tente, lentement, de remettre de l’ordre dans sa vie. Un point de départ simple, presque banal, mais qui ouvre la porte à un récit sensible sur la reconstruction, au sens le plus concret du terme. L’histoire se déroule dans une Amérique rurale marquée par les flammes et le vide. Dusty, rancher du Colorado, voit son ranch partir en fumée. 

 

Dans l’Ouest américain, dévasté par des incendies ravageurs, Dusty voit son ranch anéanti par les flammes. Il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement à redonner du sens à sa vie. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire.

 

Avec lui disparaissent ses terres, son bétail, et une partie de ce qui faisait tenir sa vie debout. Relogé provisoirement dans un mobil-home au sein d’un camp de sinistrés géré par la FEMA, il erre un peu, comme anesthésié. Le film prend le temps de s’installer dans cet état-là : celui d’un homme sonné, qui avance sans trop savoir où il va. La mise en scène adopte un rythme lent, parfois très lent. Max Walker-Silverman filme les paysages avec beaucoup de retenue, laissant respirer les grands espaces, les silences, les visages. Les humains paraissent petits face à ces terres vastes et belles, mais aussi dures et indifférentes. 

 

Rebuilding ressemble par moments à un western contemplatif, débarrassé de ses codes classiques, où l’action est remplacée par l’attente et l’observation. Difficile de ne pas penser à Nomadland. Le parallèle est évident, notamment dans la manière de filmer des Américains laissés sur le bord de la route, vivant dans des habitats précaires, cherchant un nouvel équilibre. Rebuilding reste toutefois plus sage, plus doux, peut-être aussi moins audacieux. Le film préfère la bienveillance au conflit, l’apaisement à la colère. Ce choix pourra toucher certains spectateurs, en laisser d’autres un peu à distance. Le cœur du récit repose sur Dusty et sur ce qu’il tente de reconstruire, autant matériellement qu’émotionnellement. 

 

Sa relation avec sa fille Callie-Rose, encore fragile, devient un fil conducteur important. À travers elle, le film parle de paternité, de transmission, et de ce lien familial qui peut servir d’ancrage quand tout le reste s’effondre. Le rapprochement avec son ex-compagne Ruby se fait lui aussi par petites touches, sans grandes scènes explicatives, dans une forme de quotidien retrouvé. Josh O’Connor incarne Dusty avec beaucoup de retenue. Le jeu est intériorisé, parfois presque mutique. Il traîne une mélancolie constante, un poids visible dans sa posture et son regard. Ce n’est pas un rôle spectaculaire, mais l’acteur trouve une justesse qui rend son personnage crédible. 

 

Dusty n’est ni un héros, ni une victime mise en avant, juste un homme qui essaie de tenir debout. À ses côtés, la jeune Lily LaTorre impressionne par son naturel. Sans jamais forcer l’émotion, elle apporte une lumière réelle au film, et donne corps à cette relation père-fille qui reste l’un des points forts du récit. Le scénario avance par accumulation de petits moments ordinaires. Une discussion autour d’un café, une soirée dans le camp, un geste anodin qui prend soudain de l’importance. Rebuilding évite volontairement les grands rebondissements. Tout semble écrit pour rester à hauteur d’homme, dans une forme de modestie assumée. Cette délicatesse fonctionne souvent, mais elle atteint aussi ses limites. 

 

À force de refuser le conflit et la surprise, le film donne parfois l’impression de tourner un peu en rond. La solidarité entre les sinistrés est montrée sans grands discours. Le camp devient un lieu de passage, de rencontres, presque une communauté provisoire. Le film suggère que l’espoir peut renaître là, dans ces liens simples, sans chercher à en faire une démonstration politique ou sociale appuyée. Ce choix de gommer en grande partie le contexte plus large — climatique, économique ou politique — pourra frustrer. L’incendie reste un fait, jamais vraiment interrogé. Le film ne dit rien du système qui laisse ces personnes se débrouiller presque seules après la catastrophe.

 

C’est sans doute là que Rebuilding divise le plus. En choisissant de se concentrer sur l’intime, le film évite toute lecture collective ou critique plus large. La reconstruction est avant tout personnelle, familiale, presque intérieure. Certains y verront une forme de pudeur bienvenue, d’autres un manque d’audace. Le récit semble parfois se contenter d’un message rassurant : à défaut de tout réparer, il reste l’amour, l’amitié, les liens humains. Une morale douce, mais aussi très consensuelle. La musique occupe une place importante. Très présente, elle accompagne les émotions sans jamais devenir agressive. Les morceaux folk et country renforcent l’atmosphère du film et collent bien à cet univers rural. 

 

Le choix de certaines chansons, notamment en fin de film, apporte une vraie charge émotionnelle. Là encore, le film joue sur la simplicité et la sincérité plutôt que sur l’effet. Le principal reproche reste le rythme. Le montage manque parfois de nerf, et certaines scènes semblent s’étirer inutilement. Le film dure pourtant moins d’une heure quarante, mais cette durée se fait parfois sentir. L’histoire avance lentement, et le dénouement, volontairement ouvert, peut laisser un sentiment d’inachevé. Il manque peut-être un pas de côté, un moment de tension plus marqué, pour donner davantage de relief à l’ensemble. Malgré ces réserves, Rebuilding reste un film honnête, porté par une écriture délicate et des interprètes investis. 

 

Il ne cherche jamais à impressionner, ni à choquer. Il observe, accompagne, et laisse le spectateur entrer à son rythme dans cette histoire de perte et de reconstruction. Un film d’atmosphère, humain, parfois trop sage, mais qui trouve sa force dans sa simplicité. Un regard posé sur une Amérique blessée, qui tente, tant bien que mal, de se relever.

 

Note : 6/10. En bref, Rebuilding reste un film honnête, porté par une écriture délicate et des interprètes investis. Un film d’atmosphère, humain, parfois trop sage, mais qui trouve sa force dans sa simplicité et qui laisse le spectateur entrer à son rythme dans cette histoire de perte et de reconstruction. 

Sorti le 17 décembre 2025 au cinéma

 

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